La truite mouchetée, cette fine gueule!
Par Claude Lessard

La truite mouchetée est l’espèce qui m'a souvent permis de remettre en question mon amour pour la pêche sportive. Elle m’a rendu frustré, irritable et impatient. Régulièrement, après avoir rêvé tout l'hiver, je me rendais à un lac prometteur où on avait dit tellement de bien dans les magazines de pêche connus. À cette époque, je ne pouvais concevoir que les magazines puissent rendre certains coins de pêche beaucoup plus prometteurs qu'ils ne l’étaient en réalité. Dû à mon manque d'expérience à plusieurs niveaux, je n’arrivais pas  à combler mes attentes et mes passions intérieures. Souvent, je revenais bredouille et je pensais que le tout était une question de chance. Depuis longtemps, je pêche les autres espèces comme le doré, le brochet, l'achigan, le saumon du lac Ontario, etc. Et franchement, je connais habituellement beaucoup de succès. Pourquoi étais-je aussi malchanceux  avec la truite mouchetée ? Aujourd'hui, j’ai des réponses à ces questions. Selon moi, le poisson le plus difficile à déjouer est la truite mouchetée. Quelquefois, j’admets que c’est facile. D'autres fois ça devient un vrai casse-tête! Avec le doré, le brochet ou l'achigan, quand tout se met à bien aller, on s'en donne à cœur joie. Aujourd'hui, quand je me présente sur un lac à la truite mouchetée, j’utilise plusieurs stratégies  avec un certain succès, je dois le dire. Dans cet article, je révélerai quelques astuces de pêche pour cette espèce. Ce sera ensuite à vous d’essayer ces petits trucs qui peuvent faire la différence.

J'ai remarqué que la grande différence entre la mouchetée et les autres espèces se situe au niveau de l'approche. Chez les autres espèces, il faut trouver des endroits propices et une fois cette étape réalisée, les choses deviennent assez simples. Avec les autres poissons, ce n’est pas une question de chance mais la logique est de mise et avec de l’expérience vous pouvez tirer votre épingle du jeu. Par contre, avec la mouchetée, l'approche se situe beaucoup plus au niveau de la présentation et du choix du leurre que du coin de pêche où vous vous trouvez. Bien sûr qu'il faut trouver des bons plans d’eau, mais ce n'est pas comme trouver des fausses à dorés.

Je pêche souvent la réserve faunique Mastigouche via une réservation de pêche à la journée. Comme le système de rotation des lacs est très bien géré, il m'arrive souvent de tomber sur un excellent lac qui a beaucoup de potentiel. Pour  faire de bonnes comparaisons, depuis les trois dernières années, je répète souvent le même stratagème. J'arrive sur le lac et je prends 3-4 truites assez rapidement, si les conditions le permettent évidemment. Par la suite, j'essaie de nouveaux leurres et de nouvelles techniques à savoir si ces changements vont être aussi productifs que les montages qui m’ont permis de prendre les premiers poissons de la journée. Cette façon de faire m’a fait découvrir de nouvelles techniques aussi productives. Comme le lac est facile et que la truite est au rendez-vous, je peux m'assurer que la nouvelle technique ou le nouveau leurre est testé dans des conditions idéales et similaires aux autres techniques. Souvent, nous faisons tous la même erreur. Nous avons entendu parler d'un truc et nous l'essayons quand le poisson ne collabore pas du tout. La technique ne donne souvent pas grand-chose de plus. Avant de tirer des conclusions, il faut soumettre nos leurres aux mêmes conditions que ceux qui ont rapporté du succès!

La plupart des gens vont pêcher la mouchetée avec la bonne vieille technique, soit une cuillère de type Toronto Wobler, un bas de ligne de 18 pouces et un ver. Cette technique est souvent la meilleure. Cependant, il arrive qu’elle ne soit plus aussi efficace. Je me souviens de mon premier voyage de pêche à la réserve faunique Mastigouche au mois de juillet 1984, je n’avais alors que 15 ans. Mon père avait réservé un chalet au lac au Sable pour une semaine. Une journée, nous avons eu la chance de pêcher le lac Doré et nous n’avons rien pris. Comment était-ce possible? Chaque jour, tous revenaient avec leur quota ? Le gardien, Urbain (je l'ai revu cette année en 2007, il y travaille toujours), regarde nos lignes et mentionne que nos vers sont trop petits et que nous devrions avoir d'autres vers plus gros. Il nous vend des vers beaucoup plus gros. Nous avions des vers à fumier. Durant la soirée, nous sommes retournés pêcher et deviner quoi ? Il avait raison ! En peu de temps, nous avons pris notre limite qui était de 10 poissons par pêcheur à cette époque. Vous pourriez bien dire : "le matin ça ne mordait pas et qu'en soirée tout s'est mis à fonctionner". Et vous auriez raison de poser la question. Toutefois, je peux vous dire que les 2 ou 3 jours précédents, nous n’avions pas fait de pêche extraordinaire. C'est la raison qui poussa Urbain à demander de voir nos équipements et notre façon de faire. La grosseur des vers peut avoir de l’importance. C’est un détail bien simple, mais il a changé du tout au tout notre voyage de pêche.

Un peu plus tard, vers l'âge de 18 ans, nous avions fait un petit voyage de pêche entre amis et je me souviens très bien d'avoir pêché avec des cuillères Williams et un bas de ligne d'une longueur de 18 pouces muni d’un vers. Nous étions plusieurs chaloupes sur un lac de la ZEC Tawachiche. Notre groupe ne prenait pas beaucoup de poissons. Je me suis mis alors à discuter avec un pêcheur sur la rive. J'ai constaté qu'il pêchait avec le même style de leurre que nous, mais quelque peu plus petit. J'utilisais une cuillère Williams de grosseur 60, lui le modèle 50.  La taille n'est pas si différente. Pourtant, le résultat était assez étonnant. Une fois que j'ai opté pour cette grandeur, nous avons pris beaucoup plus de truites.

Dix ans plus tard, la même chose s'est reproduite, mais dans une situation contraire. Ma copine de l'époque et moi-même étions dans une chaloupe, mon ami Martin et sa copine dans une autre chaloupe. La pêche était difficile et j'ai tout à coup eu l'idée de mettre une cuillère un peu plus grosse. Au lieu de pêcher avec un modèle Williams 50, j'ai décidé de placer la même cuillère, mais dans le modèle 60.  Rapidement, je me suis mis à sortir quelques mouchetées à la grande stupéfaction de mon partenaire Martin et de nos copines.

Je me souviens lorsque l’échosondeur est arrivé sur le marché; plusieurs pêcheurs disaient que c'était pour ceux qui ne savaient pas pêcher. Les temps ont bien changé! Pour connaître la profondeur de l'eau, c’est un outil dont je ne pourrais plus me passer. Si vous pêchez dans une profondeur de 40 pieds avec des techniques ordinaires comme celle de la cuillère et du vers, vous n'obtiendrez peut-être pas le succès escompté. Idéalement, je pêche toujours dans des profondeurs de l’ordre de 8 à 18 pieds environ et c'est souvent les meilleures profondeurs. Il m'arrive rarement de pêcher dans des profondeurs de 40 pieds. Je me place dans les meilleures zones et c'est habituellement à la limite des 20 pieds. Je ne dis pas que c'est toujours le cas, mais c'est souvent les meilleures zones.  Si vous pêchez un nouveau lac, vous aurez besoin d’un sonar. Il vous donnera avec précision les secteurs les plus prometteurs du lac.

Depuis les dernières années,  les GPS ont fait leur apparition sur le marché. Les prix sont maintenant très abordables, ce qui n’était pas le cas lorsque les premiers modèles  sont arrivés dans les magasins. Il est vrai que sur un petit lac, le gps n’est peut-être pas aussi nécessaire. Par contre, je l'utilise surtout pour m'assurer de la vitesse de traîne. Souvent, durant la journée, on se demande si nous allons à la bonne vitesse. L'avantage du gps et qu'il nous donne précisément la vitesse de notre déplacement. Normalement, j'essaie de me déplacer à une vitesse de 1,8 mille à l'heure. Je me tiens entre 1,2 et 2.0 milles à l'heure. La vitesse ne doit pas toujours être en lien avec l’espèce mais bien avec le leurre que j’utilise. Si par exemple, vous êtes deux pêcheurs dans la même chaloupe et qu’un des deux pêcheurs utilise un poisson nageur et l’autre utilise une cuillère avec un montage traditionnelle, il est possible que ça ne fonctionne pas très bien. Si je pêche avec un rapala, ma vitesse de traîne sera plus près du 2.2 milles à l’heure au lieu de 1,2 mille à l’heure. C’est donc dire que vous devriez vous entendre avec  votre partenaire pour utiliser des leurres qui fonctionnent à la même vitesse.

À l’été 2007, j’ai eu la chance de pêcher avec Roger Vachon, un collaborateur du site. Je parle de chance car nous avons échangé beaucoup et nous avions des expertises différentes. Voici un petit truc tout simple qui lui a donné beaucoup de succès sur un lac à la truite mouchetée. Il utilise une cuillère ondulante avec un  bas de ligne et un ver. Au montage, il ajoute, un peu plus haut, une mouche et un petit bout de ver qui couvre seulement l’hameçon de la mouche. Lors de mon excursion de pêche avec Roger, il a capturé autant de truites sur la mouche qu’avec le ver.

Depuis deux ou trois années, mon ami Robert Hamel idéalise la cuillère suisse EGB. Cette cuillère est quelque peu difficile à trouver puisqu'elle n'est pas vendue partout.  Sans faire de publicité, vous la trouverez chez Le Baron situé sur le boulevard St-Laurent à Montréal. Cette petite merveille est indispensable dans un coffre à pêche.  On l’utilise seule, sans bas de ligne ni ver. Souvent, elle est beaucoup plus efficace que les techniques habituelles. Cette année, en 2007, j'avais la chance de pêcher le lac Sonois dans la réserve Mastigouche. Mon ami utilisait la technique de la cuillère et du ver, moi j'utilisais la bonne Suisse EGB. J'ai eu 4 touches et j'en ai surpris deux belles. De son côté, mon ami n’avait eu aucune touche. Je vous jure que cette cuillère a quelque chose de vraiment particulier. La veille, mon ami Robert donnait une leçon de pêche à son « partner » sur le lac Tremble, toujours  avec une EGB.

Pour la truite grise, régulièrement, j'utilise la cuillère EGB au lac Albanel et elle ne donne pas sa place.

Une fois encore avec Robert Hamel au lac de la Griffe dans la réserve Mastigouche, nous avons eu une journée un peu difficile.  Robert, toujours aussi perspicace, lance sa EGB près d’une souche. Il échappe un belle grosse mouchetée. Je lance ma ligne en direction de la truite perdue. Bang, je lui vole sa mouchetée. Ah oui!  Moi aussi j’avais une EGB comme leurre! Aujourd'hui, il pêche souvent avec une petite EGB. Une dernière anecdote au sujet de la cuillère EGB au lac Albanel. Encore Robert qui lançait vers la rive quand tout d'un coup il a eu la chance de prendre un superbe spécimen de 3,9 livres avec une belle EGB, la plus belle truite que j'ai vue à vie. Cette fois, je n’ai pas pu lui voler sa truite! Ma seule consolation a été de me faire prendre en photo avec ce magnifique poisson.  Les couleurs étaient fantastiques!

Il y a environ 2 ou 3 ans, mon ami Robert et moi avons eu la chance de pêcher le lac Héron dans la réserve Mastigouche, un excellent lac assez difficile à obtenir via la réservation téléphonique 48 heures à l'avance. Hélas, lors de cette journée, la température était exécrable, froide et pluvieuse. La truite ne voulait pas collaborer. Puis, j'ai eu une idée qui changea notre journée de pêche. J'ai placé un streamer au bout de ma ligne, pas de plomb, rien d'autre. J'ai tout de suite attrapé une truite. Je pensais que c'était un coup de chance. Eh non! la pêche était folle à tel point que Robert s'empressa de placer un streamer au bout de sa ligne. Sans cette technique, nous n'aurions pas fait de miracle, c’est certain.  Faire chou blanc au lac Héron aurait été décevant car nous n’avons pas souvent  l’opportunité  de pêcher un aussi bon lac chaque année.

Cette année, sur le lac Tremble au Mastigouche, nous n'avions pas beaucoup de succès. Il y avait encore de la neige sur les bords du lac et il faisait assez froid. Nous avions pêché un bon 3 heures et avions pris seulement deux truites. Je décide donc de changer mon approche. Au lieu de pêcher à la traîne, nous effectuons des lancers vers la berge. Et voilà! Nous venions de trouver la solution. En  moins d'une heure, nous avons pris nos quotas de truites (14). Pourtant, peu de temps auparavant, nous passions aux même endroits, mais en laissant traîner nos leurres. Encore une technique à se rappeler.

Depuis quelques années, j'ai entendu parler des crystal minnow de Yo-zuri et des power grub (style jigger) etc.. J'ai essayé ces deux techniques sur le lac Dickingham (encore au Mastigouche) lorsque la pêche était facile et ces techniques ne m’ont pas convaincu. Le Yo-zuri ne donnait rien, seul un petit rapala gris de 7 cm réussissait à intéresser les ombles de fontaine.

Avec ce texte, je ne prétends pas détenir la vérité. Je voulais surtout vous encourager à changer votre façon de faire  lorsque le poisson semble introuvable ou peu collaborateur. Je pense sincèrement que les petits détails peuvent parfois faire la différence entre une pêche fructueuse et une autre plus ordinaire. La prochaine fois que vous irez pêcher la truite mouchetée, avant de quitter le lac, posez-vous les questions suivantes : ai-je essayé une cuillère EGB ? Ai-je lancé sur les bords à partir de mon embarcation? Avais-je la bonne grosseur de ver? Ai-je essayé un streamer ? Est-ce que mon bas de ligne était de la bonne longueur? Avais-je la bonne vitesse de traîne? Ai-je essayé différentes couleurs de cuillère? Ai-je essayé différentes grosseurs de cuillère? Ai-je pêché dans les bonnes profondeurs ?

 

Bonne saison de pêche!

 




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