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Pollution sonore dans le réseau de la SÉPAQ
Mais parfois, des clients de la SÉPAQ, la société qui gère notre réseau de parcs et de réserves fauniques, se plaignent de situations inacceptables comme en font foi les deux témoignages suivants : « Lors de notre dernier voyage, nous avons été hautement surpris et choqués par le bruit des camions qui transportaient du bois! (...) La nuit nous nous faisions réveiller par le fait que les camions en plus d'être bruyants faisaient trembler le sol où le chalet était placé! Nous n'en revenons tout simplement pas! Où irons-nous pour avoir la paix? » « - Les gens ne respectent pas les règlements pour l'utilisation des génératrices, elles fonctionnent toute la nuit. Malheureusement de nos jours, il arrive de plus en plus fréquemment que la pollution sonore nous rattrape même en forêt! La goûte d'eau qui a fait déborder le vase Si vous aimez la pêche pour les mêmes raisons que moi, vous avez naturellement déjà réservé un chalet pour aller décompresser loin des bruits et du rythme fou de la ville. Maintenant, imaginez-vous dans le chalet du gardien de votre secteur de pêche favori. Les ombles de fontaine ont collaboré. La météo aussi était de votre côté. Il est 20 h 55 le dimanche soir, vous avez regardé les statistiques de pêche avant de participer au dernier tirage au sort de votre séjour prévu à 21 h. Certains représentants présents à ce tirage au sort, qui sert à déterminer l'allocation des lacs le lendemain, espèrent avoir la chance d'être tiré premier afin de compléter leurs quotas sur le lac vedette du moment. D'autres souhaitent tout simplement avoir la chance de pêcher sur le lac en face du chalet. La vie est belle, mais il y a bien eu un problème pendant votre séjour. Lorsque vous êtes sortis la veille sur la terrasse du chalet pour prendre une bière ce n'est pas le chant des oiseaux que vous avez remarqué, mais le bruit d'une génératrice qui fonctionnait à proximité.
C'est à ce moment-là que votre superbe week-end de pêche commencera à passer à l'histoire comme une mésaventure. Au début, la discussion était civilisée avec deux des membres de ce groupe sur le party. Vous formulez votre point de vue. La directrice de la réserve vous a confirmé que l'usage des génératrices est interdit. Les deux pêcheurs vous expliquent que personne ne les a avisés. Ils vous montrent la confirmation de leur réservation de séjour. Aucune directive concernant les génératrices n'y apparaît. L'utilisation de moteurs à essence pollue l'environnement, etc. Vous argumentez poliment que le bruit est lui aussi une forme de pollution. Un troisième pêcheur, un utilisateur de génératrice, qui était demeuré discret, un type avec une bière à la main, certainement pas sa première de la journée de toute évidence, se mêle à la conversation. Le changement de ton est abrupt. « Ce genre de discussion devrait se régler avec un fusil et un bâton! » C'est à peu de chose près ce qui m'est arrivé en juin 2006 dans la réserve faunique Mastigouche. Revenons à cette soirée mémorable pour de mauvaises raisons. Je lui réponds que ce n'est pas très intelligent de me menacer ainsi devant témoin. Il riposte que c'était une « joke », que je suis « un frustré ». Finalement en manque d'argument et pour clore la discussion il me lance « Ferme ta gueule ». De toute évidence, ce pêcheur enivré ne demandait pas mieux qu'une invitation à régler notre différend à mains nues devant le chalet du gardien de la SÉPAQ. Ce dernier n'avait pas dit un mot depuis le début de la discussion. Faute d'avoir géré intelligemment ce simple problème de pollution sonore en faisant respecter les règlements de sa réserve, il a eu la bonne idée de lancer le tirage au sort. J'ai pris mon trou et j'ai cessé de défendre mon point de vue, mais j'étais, vous pouvez vous l'imaginer, en beau fusil...
De belles promesses par des employés de la SÉPAQ Le fait que l'exploitation forestière soit interdite dans les parcs est l'une des raisons qui a incité ma famille à visiter le parc national de la Gaspésie en juin 2000. La qualité de l'environnement où je vais pêcher a toujours été une priorité pour moi. Mais nos voisins ont utilisé pendant ce séjour une génératrice pour charger les batteries de leurs moteurs électriques. Le manque de savoir-vivre de certains villégiateurs qui écoutaient aussi de la musique à tue-tête m'a tout autant étonné. La musique crachée par la chaîne stéréo de leur camionnette stationnée devant les chalets du lac Cascapédia brisait la quiétude des lieux à longueur de journée. Les moteurs à essence étaient permis sur ce lac. Les génératrices étaient tolérées à côté des chalets. Peu importe où nous étions, des sources de bruits étaient présents. Après cette mauvaise expérience, j'ai commencé à m’intéresser aux problèmes de pollution sonore dans les parcs et les réserves fauniques du Québec. Quelques années plus tard, en juin 2004, au retour d'une sortie de pêche en chalet dans la réserve faunique Mastigouche qui avait été ternie par le comportement de certains usagers, j'ai enfin décidé d'envoyer une plainte formelle à la direction de cet établissement géré par la SÉPAQ : « (...) Le week-end dernier un client a utilisé son VTT pour se rendre au tirage au sort. J'imagine qu'il a dû voir les panneaux d'interdiction, car le lendemain son VTT est resté au chalet. J'aimerais que l'affichage soit modifié pour inclure l'interdiction de faire du bruit après 23 h. Vos chalets en général sont rapprochés les uns des autres. Un party dans un chalet peut donc être très désagréable pour les voisins. Le week-end dernier, nous avons été victimes de pêcheurs utilisant des moteurs électriques. Ils utilisaient une génératrice pour charger leurs batteries. Cette génératrice a fonctionné toute la soirée et toute la nuit de samedi et jusqu'à dimanche matin 10 h... C'est un manque de savoir-vivre évident, mais un affichage plus précis pourrait régler ce problème en partie. Je me suis plaint à la préposée qui a avisé tous les groupes lors du tirage au sort du dimanche, mais le mal était fait. » La gardienne m'avait expliqué que les villégiateurs étaient tenus de respecter un couvre-feu. Elle avait ajouté que cette situation était exceptionnelle. etc. Lors de l'ouverture de la saison de pêche 2006 dans la réserve faunique Mastigouche, la même situation s'est reproduite. De retour à Montréal, j'ai de nouveau envoyé une plainte par courriel. Mme Violette Lemay, la directrice par intérim de la réserve faunique Mastigouche à l'époque m'a répondu rapidement le 19 mai 2006 : « La situation que vous avez vécue n'est pas monnaie courante. En effet, l'utilisation des génératrices à nos chalets (autres que celles qui assurent le remplissage de nos réservoirs à eau) n'est pas permise. » C'est ce jour-là que j'ai appris que l'usage des génératrices était interdit près des chalets dans la Mastigouche. Quelques semaines plus tard, de retour du fameux séjour pendant lequel j'ai été victime d'intimidation parce que j'ai tenté de faire respecter cette interdiction, j'ai de nouveau communiqué avec Mme Violette Lemay. Je voulais faire en sorte que de tels incidents ne se reproduisent plus. Si des règlements existaient concernant le bruit que ce soit celui des radios, des climatiseurs ou des génératrices et bien qu'on les fasse connaître et qu'on les applique. La directrice de la réserve Mastigouche m'a répondu : « Votre suggestion de mettre une note (NDLR Sur l'interdiction des génératrices) au guide de l'usager est retenue. » C'était en juin 2006. Pourtant, lorsque j'ai reçu ma confirmation de séjour pour la saison de pêche de l'année suivante, j'ai constaté que rien n'avait été fait. Le 30 novembre 2006, j'ai porté ma cause à un niveau supérieur. J'ai écrit à la directrice du Service des ventes et des réservations de la SÉPAQ, Mme Marie-Josée Blanchet : « J'ai vécu une série de mésaventures dans la réserve faunique Mastigouche l'année dernière. La directrice de cette réserve, Mme Violette Lemay, m'avait laissé entendre par courriel qu'une note au sujet de l'usage des génératrices pourrait être incluse dans le guide des usagers en 2007. J'ai lu l'ensemble de la documentation mise à ma disposition dans la confirmation de séjour que j'ai reçue par courriel. J'ai aussi lu toute l'information à ma disposition sur les liens web mentionnés dans ma confirmation de séjour. Malheureusement, aucun renseignement n'apparaît concernant l'usage des génératrices nulle part. » Je n'ai jamais eu de réponse! Quelques mois plus tard, à l'hiver 2007, j'ai relancé la SÉPAQ par téléphone, on m'a finalement dirigé à M. Daniel Leboeuf, le directeur des communications et des relations publiques de la SÉPAQ. Je lui ai laissé un message dans sa boîte vocale. Quelques jours plus tard, le 22 février 2007, j'ai reçu une réponse de M. Leboeuf par courriel : « Suite à votre message téléphonique concernant la réglementation sur les génératrices dans les réserves fauniques, je dois vous spécifier d'emblée qu'elles sont interdites partout. Le règlement est bien clair et sans équivoque. Il sera d'ailleurs inscrit dans tous les guides de séjour que nous faisons parvenir à la clientèle lors d'une réservation. Lorsqu'une personne enfreint le règlement, le gardien de territoire a l'autorisation de régler le problème avec la personne concernée pour assurer la quiétude des usagers. Les clients seront donc avisés dans le futur de ce règlement. Merci de votre intérêt pour la SÉPAQ. » C'était trop beau pour être vrai. Le jour même, je lui ai demandé des détails dans un autre courriel : « (...) L'interdiction des génératrices par les villégiateurs partout dans le réseau des réserves fauniques de la SÉPAQ est une grosse nouvelle. Avant de publier cette primeur, j'aimerais savoir quand ce règlement a été mis en place exactement? (...) J'ai reçu copie de deux confirmations de réservation par courriel en novembre 2006 pour des séjours de pêche en hébergement auxquels je participerai dans la réserve Mastigouche en 2007. Pourquoi aucune information n'était-elle disponible sur la politique de la SÉPAQ concernant les génératrices sur ces confirmations de réservation envoyée à votre clientèle en novembre 2006? (...) Avez-vous l'intention d'informer votre clientèle de ce règlement qui aura un impact majeur pour plusieurs usagers en publiant un communiqué sur le site www.sepaq.com avant longtemps? » Au moment d'écrire ces lignes, plus d'un an plus tard, je n'ai jamais obtenu de réponses de M. Leboeuf! Toutefois, après quelques semaines d'attente, j'avais pris la peine au début mars 2007 de vérifier ses prétentions en communiquant directement avec plusieurs réserves fauniques. Je voulais confirmer au bénéfice des lecteurs de mon blogue la politique concernant l'usage des moteurs, la location de moteur électrique et l'usage des génératrices. J'ai constaté que personne sur le terrain ne connaissait ce règlement interdisant l'usage des génératrices « bien clair et sans équivoque » auquel le directeur des communications et des relations publiques de la SÉPAQ faisait allusion!
« Pour répondre à votre question, les génératrices sont acceptées dans les sites de camping à des heures précises (...) » Le 12 mars 2007 Charles Côté, le directeur de la Réserve faunique du Saint-Maurice me faisait cette précision concernant l'usage des génératrices : « Je ne dis pas que nous l'interdisons, mais nous n'en faisons pas la publicité. Ce n'est pas une pratique qui est très répandue et lorsque cela dérange les clients nous demandons au client d'être un peu plus respectueux envers les autres. (ce ne sont pas toutes les génératrices qui développent le même nombre de décibels) (...) » Le 15 mars 2007 Érik Constant, le responsable des opérations de la Réserve faunique de Papineau-Labelle m'écrivait : « (...) Pour ce qui est de l’utilisation d’une génératrice pour la recharge des batteries, nous le permettons seulement pour les chalets isolés (ou suffisamment éloigné d’un autre chalet ou d’un camping). Leur utilisation, dans les secteurs où sont regroupés deux chalets et plus, n’est pas permise. Comme la majorité de nos chalets est isolée, il est donc possible pour un pêcheur équipé de cet attirail de venir chez nous et de profiter pleinement de son séjour et de son équipement. (...) » À la suite de l'envoi de ces courriels à une dizaine de réserves fauniques, j'ai constaté qu'à l'époque, selon Daniel Leboeuf, le directeur des communications et des relations publiques de la SÉPAQ, l'usage de génératrice était officiellement interdit partout. Mais sur le terrain, l'usage des génératrices était parfois toléré, voire même encadré. De plus, la situation variait selon l'administration de chacune des réserves. Enfin, c'était le cas pour la majorité de celles qui ont pris la peine de répondre à mes courriels! Beau problème pour les usagers pour qui la pollution par le bruit est un facteur important dans le choix de leur destination. Aucune politique claire ne s'applique en cette matière à l'ensemble des établissements gérés par la SÉPAQ quoiqu'en disait M. Leboeuf. Mais il n'y a pas qu'une facette à ce problème. Je comprends que des pêcheurs favorisent les moteurs électriques. Mais en chalet le séjour compte plusieurs nuitées. Les batteries devront être rechargées, d'où l'importance de savoir si les génératrices sont autorisées. Ces gens-là ne désirent pas ramer sur de grands plans d'eau et je les comprends. Il y a aussi des personnes qui ont des problèmes de santé qui exigent l'utilisation d'appareil électrique. Pour eux, amener une génératrice dans un secteur où l'électricité n'est pas disponible est une nécessité. Le manque d'information affecte la capacité de faire des choix de tous les usagers de la SÉPAQ, qu'ils soient préoccupés ou pas par la pollution sonore près des secteurs d'hébergements. C'est aussi évidemment une source de tension sur le terrain. Malgré les belles promesses que j'avais reçues, j'ai constaté le même manque d'informations le 12 décembre 2007. J'ai eu la chance de réserver un séjour dans la réserve faunique Mastigouche pour l'ouverture de la saison de pêche 2008. Au téléphone, le conseiller de la SÉPAQ qui a pris ma réservation n'a pas été en mesure de valider si l'usage d'une génératrice était interdit. J'ai reçu une confirmation de séjour par courriel, et à part les règles concernant l'usage des VTT, rien n'apparaissait au sujet de la pollution par le bruit nulle part. Je n'ai rien trouvé non plus sur le site web de la SÉPAQ en janvier 2008 à ce sujet pour les séjours en hébergement. Rien n'avait changé malgré les belles promesses qu'on m'avait faites. Avec le recul, j'estime que, non seulement j'aurais dû porter plainte, mais qu'en plus j'aurais dû exiger une compensation monétaire. Mais à l'époque, je ne connaissais pas mes droits. C'est choses du passé puisque cette mésaventure m'a amené à me renseigner et j'ai même écrit un reportage intitulé: Quels sont vos recours si un séjour en pourvoirie ou à la SÉPAQ tourne au désastre? Après avoir pris connaissance de mes droits, je sais maintenant que si des sans-génie laissent fonctionner leur génératrice toute la nuit, la SÉPAQ n'aura pas d'autres choix que de m'offrir une compensation financière.
Étape suivante: invoquer la Loi sur l'accès à l'information pour vérifier des faits. Le 21 novembre 2007 je suis passé à un autre phase dans mes recherches pour vérifier les faits et obtenir des précisions sur le fameux règlement auquel le directeur des communications et des relations publiques de la SÉPAQ faisait référence. Faute de recevoir une réponse à mes questions de sa part, alors que la SÉPAQ m'avait dirigé vers lui, j'ai dû utiliser la Loi sur l'accès à l'information du Québec. J'ai profité de l'occasion pour étendre mon champ de recherche non seulement au bruit causé par les génératrices, mais aussi à l'ensemble des sources de pollution sonore. Cette procédure m'a permis de constater que la SÉPAQ n'a pas de véritable politique en matière de pollution sonore. Dans ma demande d'accès à l'information, j'ai tenté de savoir « si la SÉPAQ applique la même politique à l'ensemble de ses composantes en matière de pollution sonore ou si chaque directeur d'établissement décide des règles à mettre en place dans le Parc ou la réserve faunique qu'il administre. » J'ai aussi tenté d'obtenir des documents qui « précisent comment la SÉPAQ compte informer sa clientèle sur les règles qu'elle applique ou qu'elle appliquera dans le futur concernant la pollution sonore. » Et enfin, j'ai essayé d'obtenir des documents qui précisent « comment la SÉPAQ compte faire respecter sa réglementation en matière de pollution sonore sur le terrain. » Voici la réponse officielle de Nelly Rodrigue, secrétaire corporative et directrice des services juridiques de la SÉPAQ à toute ces questions : « La SÉPAQ ne possède aucun document à cet effet. » J'ai toutefois obtenu 23 documents qui contiennent des bribes d'information disparates sur différentes formes de pollution sonore. J'ai pu constater que non seulement les règlements en matière de pollution sonore varient selon les établissements, mais qu'en plus ils diffèrent selon le mode d'hébergement de la clientèle de la SÉPAQ! Le camping Au départ, j'ai pensé que les amateurs de camping étaient avantagés sur le plan de la réglementation et de l'information concernant la pollution par le bruit. On peut lire dans le document intitulé Camping — Modalités de réservation et réglementation 2007-2008 la précision suivante : « Couvre-feu et quiétude des lieux En tout temps, les campeurs doivent éviter de faire du bruit excessif, ce qui inclut l'usage de génératrice, d'air climatisé, etc. À noter que le couvre-feu est en vigueur de 23 h à 8 h et que pendant cette période aucun bruit susceptible d'être entendu de l'emplacement voisin n'est autorisé. En tous lieux et en tout temps, il est demandé d'utiliser des écouteurs personnels lors de l'usage d'une radio, et ce, pour assurer une expérience de grande qualité aux visiteurs. À noter que pour le parc national du Mont-Tremblant, l'utilisation des écouteurs personnels est obligatoire. » On mentionne ce règlement dans plusieurs documents intitulés Journal du parc National d'Aiguebelle, du Mont-Orford, d'Oka, etc. Fait à noter, l'utilisation d'écouteurs personnels serait obligatoire aussi dans le parc de Jacques Cartier selon un autre document que j'ai obtenu de la SÉPAQ... On précise plus loin : « Une personne qui contrevient aux présents règlements peut être expulsée sur-le-champ, et ce, sans remboursement. » Ma demande d'accès à l'information m'a permis de mettre la main sur les commentaires et les plaintes de la clientèle concernant la pollution sonore pour les années 2006 & 2007. Ces témoignages s'avéreront ma meilleure source d'information. Après avoir lu ces documents, j'ai compris bien des choses. En effet un grand nombre des plaintes dont j'ai obtenu copie suite à ma demande d'accès à l'information ont été faites par des campeurs. Prenez note que la SÉPAQ a élagué les renseignements confidentiels de toutes les copies de plaintes que j'ai reçues. En voici des exemples: Le 6 juin 2007, un campeur ayant séjourné au lac Albanel a laissé les commentaires suivants : « Amélioration à apporter Le plus grand nombre de plaintes et de commentaires des campeurs provient de la clientèle de la Réserve faunique La Vérendrye. Un usager du camping de la Rivière des Outaouais a émis le commentaire suivant : « Déçu du manque de respect des règlements Voici un autre commentaire d'un adepte de camping pêche ayant séjourné à la Rivière des Outaouais en juillet 2007 : « Très désagréable à cause des génératrices qui ne respectent pas les heures. Certaines fonctionnent jusqu'à 23 h tous les soirs. »
« J'ai adoré le site de camping du lac Embarras. Cependant, j'ai été surprise et choquée de voir qu'on n'y exerçait aucune surveillance et qu'on ne prenait aucune mesure pour protéger l'environnement. Ne pourrait-on pas limiter la grosseur des moteurs à essence, réserver certains lacs pour le camping sauvage et le canot sans bateau à moteur? On ne distribue même pas les règlements concernant le bruit et l'utilisation des génératrices. J'ai eu droit à tous les bruits de moteur (avec l'odeur), même à la scie mécanique! » Un adepte de "camping pêche" qui a fréquenté le réservoir Cabonga m'a ouvert les yeux sur une réalité que je ne connaissais pas : « Si c'était moins cher, on viendrait plus longtemps et plus souvent. (...) Et on vient dans le Parc parce que c'est un camping “sauvage”. Mais avec toutes les “Fifth Wheel” qui font marcher leur génératrice pendant des heures tous les jours, c'est très désagréable. » Mais la révélation, je l'ai eue en lisant la plainte d'un amateur de véhicule récréatif anglophone qui s’indignait de ne pas pouvoir utiliser sa génératrice à sa guise! La gardien lui a demandé de la fermer à 19 h telle que la réglementation le stipulait dans la réserve faunique La Vérendrye. Traduction de mon cru : « Personne ne m'avait avisé des règles concernant l'usage des génératrices. Mon plat de pommes de terre était à moitié cuit dans le micro-ondes. Mes batteries n'étaient pas suffisamment chargées pour faire fonctionner le chauffage pour la nuit. Devoir fermer sa génératrice aussi tôt signifie que l'on n'a pas d'électricité pour se chauffer, s'éclairer, cuisiner ou charger ses batteries » Eh oui! le bonheur des uns fait le malheur des autres. Certains amateurs de camping n'utilisent pas seulement une génératrice pour charger les batteries de leurs moteurs électriques, mais aussi pour toute une panoplie d'appareils disponibles dans leur « équipement récréatif immatriculé »! Pour moi qui n'ai pratiquement jamais campé autrement qu'en pleine nature le plus loin possible des autres pêcheurs, ce commentaire m'a fait découvrir une réalité que je ne soupçonnais pas du tout. Interdire clairement l'usage des génératrices dans nos parcs et nos réserves fauniques fera fuir une partie de la clientèle de la SÉPAQ. Enfin, à mon avis, c'est le très grand nombre de plaintes des campeurs concernant la pollution par le bruit qui a probablement obligé la SÉPAQ à mettre certaines règles en place pour eux en tout premier lieu.
Les pêcheurs en hébergement, la SÉPAQ et la pollution par le bruit De leur côté, les pêcheurs qui préfèrent plus de commodités d'hébergements ne trouvent presque rien au sujet de la pollution sonore dans le document intitulé : Chalet, camp rustique et yourte — Modalités de réservation et réglementation 2007-2008. On précise uniquement que : « Dans toutes les réserves fauniques et les centres touristiques, l'utilisation de véhicules hors route (VTT, motocyclette, etc.) n'est autorisée qu'à certains endroits désignés à cette fin (sentiers). Leur utilisation est par ailleurs interdite dans tous les parcs nationaux. »
Évidemment, je ne suis pas le seul à me plaindre de la présence des VTT. Voici le commentaire d'un chasseur ayant séjourné dans la Mastigouche en septembre 2006 : « Les VTT devraient être exclus de la réserve. C'est bruyant, polluant et dangereux. Ils dérangent la faune, les chasseurs et les pêcheurs » Un deuxième commentaire sur le même sujet, provenant d'un client ayant séjourné au chalet Lynx de la réserve Portneuf en mai 2007 : « Plusieurs VTT circulent autour du chalet et autour du lac. Nous avons vu des VTT circuler dans les pistes de ski de fond près du chalet et nous entendons souvent des VTT alors que nous sommes à la pêche sur les lacs. Cela rend le séjour désagréable pour des gens qui cherchent la tranquillité. » Les plaintes de pêcheurs au sujet des VTT sont peu nombreuses. La plupart des réserves fauniques affichent clairement sur le terrain les restrictions concernant les VTT. La SÉPAQ informe aussi ses clients dans la documentation qui leur est fournie. Voici un extrait du Guide de séjour de pêche ou de villégiature de la Réserve faunique de Papineau-Labelle de 2007 : « L'usage de VTT est interdit sur toutes les routes destinées à la circulation automobile, généralement numérotées. Il est autorisé dans les sentiers pour les pêcheurs qui doivent se rendre à un lac pour la pêche.» La réserve faunique du Saint-Maurice a mis en place des règles plus restrictives que les amateurs de pêche et de quiétude apprécieront : « Veuillez prendre note que les véhicules tout-terrain V.T.T. sont maintenant interdits dans la réserve faunique du Saint-Maurice pour la saison de pêche. Ils sont permis uniquement sur les sentiers du lac St-Thomas, Suzanne et Laviolette. » Dans la réserve faunique des Chic-Chocs, c'est encore plus simple : « En période de pêche et de villégiatures, l'utilisation de véhicules tout-terrains est défendue sur l'ensemble de la réserve. » Veuillez noter que la réglementation dans chacun de ces exemples de réserves fauniques ne s'applique pas lors de la saison de chasse ni l'hiver. Revenons au cas des VTT, dans les parcs, on aborde cette question aussi dans la Politique sur les parcs — les activités et les services : « Les sports motorisés, tels que le ski nautique, la motomarine, la motoneige et les véhicules tout terrain, occasionnent un degré élevé de pollution et de dégradation de l’environnement. Ces activités entraînent une pollution sonore qui dérange autant la faune que les visiteurs. (...)Pour toutes ces raisons, les sports motorisés sont interdits dans les parcs. » L'affichage en place sur le terrain dans la plupart des secteurs d'hébergements des réserves fauniques et le fait que les VTT soient interdits dans les parcs sont responsables selon moi du faible nombre de plaintes des pêcheurs en matière de pollution sonore causée par les VTT. L'affichage des règles sur l'usage des VTT est très présent dans tous les secteurs d'hébergement que j'ai fréquentés, c'est d'ailleurs un exemple à suivre selon moi pour les autres sources de pollution sonore. Revenons à la documentation de la SÉPAQ concernant les pêcheurs et les villégiateurs séjournant en chalet. Ils sont eux aussi menacés d'expulsion s'ils contreviennent aux règlements. Encore faut-il informer la clientèle de la réglementation existante afin que les gardiens de territoire puissent avoir les coudées franches pour l'appliquer sur le terrain! Pourquoi ne mentionne-t-on pas dans les confirmations de réservation des clients séjournant en chalet qu'il faut s'abstenir de faire du bruit excessif comme on le fait pour les campeurs? Pourquoi ne sont-ils pas informés qu'ils doivent respecter un couvre-feu en matière de pollution sonore? À mon grand étonnement, je suis le seul client de la SÉPAQ ayant loué un chalet qui s'est plaint de l'usage de génératrices par des villégiateurs entre janvier 2006 et décembre 2007 selon les plaintes que j'ai reçues de la SÉPAQ! Je suis convaincu que c'est parce que la grande majorité de la clientèle croit faussement que les génératrices sont permises partout! Une autre cause de pollution sonore : l'exploitation forestière De toutes les plaintes que j'ai reçues suite à ma demande d'accès à l'information, celle qui m'a le plus frappé provient d'un groupe ayant séjourné en chalet du 21 au 24 juin 2006 dans la réserve faunique du Saint-Maurice (secteur Lac Normand): « Nous adorons aller dans une réserve faunique au Québec (pêche, nature, confort du chalet, tranquillité). Lors de notre dernier voyage, nous avons été hautement surpris et choqués par le bruit des camions qui transportaient du bois! Nous sommes conscients que ce sont les compagnies forestières qui font les routes, mais là il y a des limites à la tolérance. Le nombre de camions, la fréquence élevée à laquelle ils circulent et l'heure de la circulation (de nuit +++ et de jour) nous ont vite mis en contact avec la réalité décrite par Richard Desjardins avec son film “Horreur Boréale” (sic)... La nuit nous nous faisions réveiller par le fait que les camions en plus d'être bruyants faisaient trembler le sol où le chalet était placé! Nous n'en revenons tout simplement pas! Où irons-nous pour avoir la paix? Les compagnies forestières mènent et minent nos réserves et vous (gouvernement) endossés cela. Triste! » Qui a envie de se retrouver dans une situation pareille en pleine nature? Pourtant une semaine auparavant un campeur ayant séjourné au même endroit avait envoyé cette plainte à la SÉPAQ : « Les activités de coupe de bois et de camping au lac Normand sont INCOMPATIBLES. Le transport de bois nuit et jour et l'utilisation du frein Jacob font en sorte que bien que j'avais loué le site de camping pour 7 jours, je pars bien avant l'échéance. Soyez assuré que je ne reviendrai pas et en ferai part à toutes mes connaissances et amis pêcheurs et campeurs. » Et voici une autre plainte d'un pêcheur ayant séjourné en 2006 dans un chalet du secteur Violon de la réserve faunique Mastigouche : « (...) Nous sommes allés pêcher au lac Régis. Toute la journée, des camions ont circulé autour du lac. Absolument désagréable. » Comme l'exploitation forestière est autorisée dans les réserves fauniques, je ne vois pas vraiment de solution à ce genre de problème à court terme. La seule chose à faire est de vérifier si le chalet ou le site de camping que vous désirez louer est à proximité d'une route où du transport de bois sera en cours. La SÉPAQ a-t-elle un rapport de force assez grand pour réguler les heures d'opération des transporteurs de bois? A-t-on seulement tenté de le faire? Un campeur ayant séjourné le 26 août 2007 dans la réserve de La Vérendrye s'est plaint lui aussi du transport de bois à des heures impossibles : « Je n'ai presque pas dormi de la nuit, étant donné qu'il y a eu du transport de bois jusqu'à 1 h 30 du matin et ça recommencé à 4 h 30 du matin. (...) Après 4 heures de voiture, je croyais aller dans un endroit paisible! »
« En ce qui concerne les réserves fauniques, la Sépaq accroît ses efforts dans son approche de gestion intégrée des ressources dans les territoires fauniques permettant ainsi un meilleur suivi des plans d’harmonisation faune – forêt – récréation. » Le style corporatif utilisé dans un rapport annuel n'est pas facile à comprendre pour moi. Est-ce que vous croyiez que cela signifie que M. Bilodeau tentera de mettre fin au transport de bois en pleine nuit à proximité des secteurs d'hébergements de la SÉPAQ?
Retour à la case départ — des pistes pour gérer la pollution sonore à la SÉPAQ? Plusieurs années se sont écoulées depuis que j'ai été importuné pour la première fois dans un parc par la pollution sonore générée par mes voisins. J'ai eu beau chercher, je n'ai jamais trouvé de règlement interdisant l'usage des génératrices dans la documentation que j'ai reçue de la SÉPAQ. J'ai bien vu sur le terrain dans plusieurs chalets du secteur Shawinigan de la réserve Mastigouche quelques affiches indiquant clairement que les génératrices y sont interdites. J'ai aussi obtenu de l'information à ce sujet dans plusieurs courriels que j'ai reçus suite à mes plaintes. Mais le manque d'information facilement accessible et le fait que la réglementation diffère en matière de pollution sonore selon les établissements posent un sérieux problème à mon avis. Un exemple : la pile de documentation que la SÉPAQ m'a fait parvenir incluait deux affiches utilisées dans la réserve faunique des Lacs-Albanel-Mistassini-et-Wachonichi sur lesquelles on peut lire : « Merci d'utiliser vos génératrices entre 9 heures et 22 heures seulement. »
À ce sujet, j'ai fini par obtenir de nouvelles informations concernant la réglementation sur l'usage des génératrices de la SÉPAQ. Vous vous rappelez les prétentions du directeur des relations publiques de la SÉPAQ, M. Daniel Leboeuf? « Suite à votre message téléphonique concernant la réglementation sur les génératrices dans les réserves fauniques, je dois vous spécifier d'emblée qu'elles sont interdites partout. Le règlement est bien clair et sans équivoque. » Et bien avant de publier ce reportage j'ai évidemment relancé, M. Leboeuf, à ce sujet le 20 janvier 2008 dernier. J'avais aussi pris soin de copier son supérieur, le vice-président au marketing, M. Claude Beaudoin. Alors que la version « finale » de mon reportage était en révision, j'ai reçu une réponse de sa part le 7 mars 2008. M Beaudoin m’a appris que je n'avais pas reçu de réponse de M.Leboeuf parce qu'il n'est pas au bureau depuis plusieurs semaines pour cause médicale. Je profite donc de l'occasion pour souhaiter un prompt rétablissement à M. Leboeuf. Dans son courriel, M. Claude Beaudoin m'a fait part de faits intéressants : « Cependant, après vérification auprès des autorités concernées, il y a lieu de faire le point concernant les génératrices. La règle générale actuelle à la SÉPAQ est que les génératrices sont tolérées dans les réserves fauniques, sauf aux endroits où elles sont interdites. Actuellement, les génératrices sont interdites dans les réserves fauniques Mastigouche et Port-Cartier-Sept-îles et dans certains terrains de camping. Par ailleurs, il faut préciser que les heures d’utilisation peuvent être restreintes à certains autres endroits. (...) M. Leboeuf aurait dû vous préciser que c’est dans Mastigouche et dans Port-Cartier-Sept-îles que les génératrices sont interdites partout. » Après plus d'un an d'attente, après l'envoi d'une dizaine de courriel à la direction de plusieurs établissements de la SÉPAQ et suite à une demande d'accès à l'information j'ai enfin obtenu des renseignements qui expliquent clairement ce qui se passe à la SÉPAQ concernant une source de pollution sonore majeure : les génératrices. Cet exemple démontre bien les problèmes que vivent les usagers de la SÉPAQ qui fréquentent le réseau des parcs et des réserves fauniques du Québec, non seulement pour pêcher, mais aussi pour laisser loin derrière eux les bruits de la ville. Tous ceux qui désirent passer un séjour paisible en forêt sont incapables de faire des choix éclairés faute d'information pertinente mise à leur disposition. Tant et aussi longtemps qu'une politique sur la pollution par le bruit ne sera pas mise en place pour l'ensemble du réseau de la SÉPAQ, les usagers cherchant la tranquillité continueront de subir toute sorte d'inconvénients. La SÉPAQ afin de régler ces problèmes doit s'attaquer à la rédaction d'une réglementation en matière de pollution sonore, elle doit l'appliquer dans l'ensemble de son réseau et la faire connaître à sa clientèle. Si la direction de cette société d'État estime que la pollution par le bruit doit être gérée localement, elle doit imposer des directives à suivre à chaque établissement de son réseau. Selon moi, des notes portant sur les couvre-feux et la pollution sonore devraient apparaître obligatoirement sur toutes les confirmations de séjour, sur les droits d'accès et les guides de séjour. Ces initiatives seraient déjà un bon début. Ensuite la SÉPAQ, un peu comme la Ligue nationale de hockey, devra laisser ses gardiens de territoire — les arbitres sur le terrain — appliquer la réglementation quitte à expulser sur-le-champ les pires fauteurs de troubles. Mais avant d'en arriver là, afin de faire bouger les choses, je vous invite à exiger que la SÉPAQ vous informe de la réglementation appliquée dans chaque établissement que vous visiterez. Pendant vos séjours dans un parc ou une réserve faunique, n'hésitez jamais à vous plaindre si des usagers polluent votre environnement sonore ou si la réglementation n'est pas satisfaisante. Prenez le temps de rédiger des plaintes écrites sur place. Si la réglementation n'est pas facilement accessible ou si l'affichage est déficient sur le terrain, n'hésitez pas à le mentionner dans vos plaintes ou vos commentaires. Les choses peuvent changer si la clientèle de la SÉPAQ fait entendre son mécontentement. Alors que je rédigeais ce reportage, un regroupement d'écologistes a réussi à faire bouger la Ministre Beauchamp au sujet de l'utilisation des motoneiges dans les Parcs nationaux. En 2009, il semble qu'on mettra enfin en application l'esprit de la politique sur les Parcs et que les motoneiges ne seront plus tolérées dans les Parcs au Québec. De bonnes nouvelles et mes plans pour la saison de pêche 2008 Mon agenda comporte deux séjours de pêche avec hébergement en chalet chez la SÉPAQ au printemps 2008. J'irai ouvrir la saison de pêche dans la Mastigouche et une employée de cette réserve faunique, Mme Jessica Michaud, m'avait elle aussi confirmé par courriel que les génératrices sont toujours interdites là-bas. J'irai ensuite dans le secteur Wessoneau de la réserve faunique du Saint-Maurice. M. Charles Côté, le directeur de cet établissement m'a écrit que les génératrices dans sa réserve : « (...) ne sont pas interdites, par contre nous demandons aux utilisateurs de prendre en considération la proximité des chalets. La SÉPAQ veut se doter d'une politique universelle sur l'utilisation des génératrices dans les réserves fauniques. » D'ailleurs le vice-président au marketing de la SÉPAQ, M. Claude Beaudoin m'écrivait de son côté : « Nous sommes présentement à réviser notre politique concernant les génératrices. Nous vous tiendrons informé des développements. » Patience et longueur de temps dit le dicton. Le cas des motoneiges dans les parcs pourrait se régler en 2009. La SÉPAQ est à réviser sa politique sur l'usage des génératrices. Vous pouvez compter sur moi pour vous tenir informés de la tournure des événements. Il restera à s'attaquer aux VTT et à toutes les autres sources de bruits non seulement dans les parcs, mais aussi dans les réserves fauniques et les centres touristiques. Peut-être qu'avec le temps, nous pourrons enfin avoir droit à un environnement sonore paisible lorsque nous fréquenterons le réseau de la SÉPAQ. Au plaisir de lire vos commentaires david.lefrancois@peche-reportage.com
david.lefrancois@peche-reportage.com David Lefrançois |