La pêche au touladi
Par Pierre Piché

Il existe 2 sortes de touladi, un à chair blanche et un autre à chair saumonée. Il y a aussi la moulac, que certains appellent truite grise, mais qui est en fait un croisement entre le touladi et la truite mouchetée. Si un jour, vous prenez un touladi avec une queue de mouchetée, vous venez de capturer une moulac, le touladi a plutôt la queue en V. Les pêcheurs trouvent très mystérieux le touladi et souvent on entend dire que c’est un poisson qui mord seulement le printemps. C’est faux. Vous pouvez en capturer durant toute la saison estivale, seule la technique changera.

                                
Je ne  me vois pas pêcher la grise sans un sonar. Le sonar utilisé sur le zoom en mode manuel sans fish identité permet de détecter les bancs de poissons appâts ainsi que les grises collées au fond et sur les parois  des pentes abruptes des fosses. Un thermomètre pour la température en profondeur est un atout important pour localiser les poissons. La meilleure zone est entre 40 et 50 degrés Fahrenheit.

Le sonar en mode manuel sans fish identité élimine les parasites sur l’écran, qui sont parfois représentés comme des poissons et je m’explique. Lors d’un voyage au Mistassini à l’ouverture, plusieurs pêcheurs de doré reviennent bredouille. Au camping, j’ai une conversation avec un type et il me dit que c’est plein de dorés à la baie des plongeurs. « Je les vois sur mon sonar, mais ils ne mordent pas. »  Je suis très surpris car je pêche au même endroit que lui et je ne vois pas de poisson dans la baie. Le lendemain, je le vois passer et je regarde où il va pêcher. Je  décide de faire une « run » dans son coin. Le sonar indique beaucoup de poissons et je mentionne aux personnes qui m’accompagnent de  regarder l’écran de mon sonar. C’est plein de poissons ! Elles sont énervées. Je remets mon sonar en mode manuel. Soudain,  on voit autre chose, des joncs  que l’on distingue très bien. Le type a passé la semaine à pêcher en pensant que le poisson était là.  Avec le zoom, on peut voir beaucoup de choses,  les autres options je les laisse aux experts. Personnellement, je divise l’écran en deux et avec un zoom 4X,  je suis en voiture.

Chaque espèce de poisson a une température préférentielle. Moi, je pêche le touladi entre 40 et 50 degrés Fahrenheit. C’est toujours la base pour commencer la pêche. Le sonar me permet d’ajuster ma hauteur finale et ne pas oublier que la température peut varier selon l’endroit où vous vous situez sur le lac. Je m’explique. Si vous pêchez au nord du lac à 50 pieds de profondeur et à une température de 50 degrés F, il se peut fort bien qu’au sud du lac, vous descendiez votre leurre à 60 pieds pour obtenir ces mêmes 50 degrés F. 

Les techniques

Les techniques sont sensiblement les mêmes qu’au doré mais à des profondeurs différentes. La première est la plus connue et je pense la plus utilisée. On prend une cuillère ondulante( on peut ajouter en arrière  un bas de ligne de 6 à 36 pouces avec un streamer ou un poisson nageur flottant ) sans oublier de fixer un rudder flash à quelques pieds de la cuillère pour empêcher le vrillage (torsade) du monofilament. un poisson nageur ou un streamer utilisé avec une canne à moucher est excellent. On laisse traîné en arrière de l’embarcation à une certaine distance (très bon au printemps !). À mesure que les températures se réchauffent, le touladi  descend plus bas dans les fosses. Maintenant, on doit s’adapter à cette condition et on modifie un peu la technique. On peut prendre une cuillère ondulante, mais plus lourde cette fois. Si c’est un poisson-nageur, il faut qu’il descende plus bas ou tout simplement rajouter un plomb pour pêcher plus profond. Lorsqu’on pêchera au streamer avec une canne à moucher, on devra choisir une soie qui cale plus. Lorsque le touladi sera rendu à environ 30 pieds de profondeur, le fun commencera.

Il y a plusieurs façons de le pêcher. Un touladi est un poisson de fond. La meilleure façon est de suivre le fond. Imaginez vous que vous pêchez le printemps en suivant le contour du lac mais avec le sonar en gardant une  profondeur de 30 pieds et en flattant le fond. Oui, des fois vous allez rester pris ! Alors, on recule et on recommence ! Voici les façons dont je m’y prends. Avec un marcheur de fond, plusieurs modèles existent, on ajoute un poisson-nageur flottant pour qu’il n’accroche pas le fond inutilement  lorsqu’on tourne l’embarcation. Pour la même raison, on choisira une cuillère ondulante légère ou un streamer. On se promène en gardant nos 30 pieds de fond que l’on a déterminé avec notre sonar. On descend dans les fosses plus profondes que l’on aperçoit et on revient dans nos 30 pieds. Ceci donne beaucoup d’action au leurre et un touladi suit longtemps le leurre avant de l’attaquer.

 

Vous pouvez fabriquer vos propres marcheurs de fond.  On prend un Émerillon à 3 sens. Sur 1 sens, on pose le monofilament de la canne,  sur un autre sens, on pose un plomb cloche de 1 once minimum en prenant soin de mettre le monofilament un peu plus faible de 4 à 6 pieds  de façon à ce que si l’on reste pris, c’est cette partie qui brisera au lieu de perdre un leurre. L’autre sens, on installe une cuillère très légère ou un poisson-nageur flottant pour qu’il ne cherche pas à aller trop au fond lors des virages.

La fameuse ligne plombée est excellente pour le touladi. On va fixer soit un chapelet, soit une cuillère ondulante. On pratique la même technique. On rase le fond ou bien on va dans les fosses et on essaie de repérer les bancs de poissons appâts.

J’ai une autre technique que j’emploie, mais  que très peu de personne connaisse. Je prends une cuillère ondulante très grosse et assez lourde d’environ 6 pouces, dans le  genre white fish  de couleur argent que je laisse descendre au fond. Soit que je me laisse dériver par le vent, soit que je pêche très lentement tout en « jiggant » avec le leurre. Je le fais dandiner en touchant le fond, ça imite un poisson blessé et ça fonctionne très bien.

 

Le touladi se pêche aussi à la dandinette. On prend une tête de jig d’environ ¾ d’once auquel on ajoute un gros jig de 6 pouces. Chaque plan d’eau a ses préférences, mais j’aime bien le blanc. Habituellement, on jig à la profondeur que l’on a déterminée avec notre sonar et notre thermomètre.

Le downrigger est l’arme ultime. Il existe plusieurs modèles, manuel, électrique digital. Il sert à raser le fond comme la ligne plombée au moyen d’un chapelet, une cuillère ondulante légère ou un streamer. Il existe des cannes spécialement conçues pour la pêche au downrigger. Elles sont  longues et restent bien arquées lorsqu’elles sont dans le porte-canne. Il est entendu que ce n’est pas la canne qui ferre le poisson, contrairement à la croyance. La tricheuse est un montage qui permet de pêcher à 2 hauteurs avec une seule canne. Par exemple si l’on  pêche à 50 pieds avec le boulet, la tricheuse sera elle à environ 25 pieds, soit la moitié de la profondeur du boulet. C’est  très facile à installer. On prend un bout de monofilament de 5 ou 6 pieds et on ajoute à chaque bout un Émerillon. Sur un, on installera un streamer ou une ondulante très légère. Lorsque le boulet de downrigger sera à la hauteur souhaitée, on installera la canne dans le porte-canne. On ouvrira le deuxième Émerillon que l’on glissera dans le monofilament de la canne et on projettera le leurre en arrière pour qu’il ne s’emmêle pas avec celui de la canne. Tout ceci se fait moteur en marche, embarcation en mouvement. Lorsqu’il arrivera à une certaine hauteur, il  ne sera pas capable dépasser l’arc formé par le monofilament.  S’il y a une prise, la canne déclenche et lorsque l’Émerillon arrive en bas, il ne peut pas passer dans l’ondulante. Il ne reste plus qu’à remonter le poisson. On peut pêcher aussi dans les fosses, et la hauteur déterminée est de 30 pieds. On se promène dans la fosse sans raser le fond et on surveille les bancs de poissons appâts sur le sonar. Il y a aussi les downrigger digital qui fonctionne avec leur propre sonde. On peut alors l’ajuster disons à 1 pied du fond. Il monte et descend en suivant le fond sans que le leurre reste pris. On peut l’ajuster jusqu'à 10 pieds du fond et il fonctionne à la hauteur désirée. Il peut aussi être ajusté pour fonctionner par cycle. Je m’explique. Je suis dans la fosse et je programme mon downrigger cycle de 10 pieds à toutes les minutes entre 30 et 40 pieds. Je m’en vais à 30 pieds, au bout de 60 secondes, il descend à 40 pieds et au bout de 60 secondes, remonte à 30 pieds etc. etc. etc.  Le touladi attaquera le leurre majoritairement lorsqu’il se remettra à remonter.

Comme je l’ai dit précédemment, les méthodes pour le touladi sont les mêmes que pour le doré. En fait, c’est seulement les hauteurs qui changent. Les leurres utilisés peuvent être un peu plus gros. Mais dans l’ensemble, la pêche se ressemble puisqu’il faut constamment effleurer le fond. S’accrocher au fond en pêchant la grise fait partie des inconvénients. Je dirais que c’est une condition normale ! On recule et on recommence. C’est comme faire une omelette… on doit casser des œufs !

                                         

Bonne pêche et puiser sans épuiser !

Pierre Piché