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Gros efforts, petits poissons
Une dizaine d’années plus tard, la qualité de pêche avait diminué. Certains pêcheurs avaient abusé de la ressource et la petite truite n’était plus aussi abondante. Les pêcheurs n’ont pourtant pas l’habitude de se comporter de cette façon! J’aurais aimé visiter ses coins secrets dans ma jeunesse, mais la situation avait changé. Les ruisseaux qui se trouvaient sur des terres jadis presque sauvages n’étaient plus aussi accessibles. D’abord, les habitations avaient poussé rapidement sans compter les citadins qui avaient commencé à ériger leur petit domaine. Ajouter à ce contexte tous les terrains sous bail, ça faisait beaucoup d’obstacles à franchir avant de mouiller sa ligne. J’y reviendrai.
Pour la première fois de ma vie, j’ai marché dans un ruisseau à faire des lancers ici et là. Je me fiais surtout à mon instinct et un peu à ce qu’on m’avait raconté sur cette pêche. Nous avons eu beaucoup de plaisir, mais je ne me souviens pas d’avoir pris une truite durant ce week-end. J’étais jeune certes, mais je pense qu’on était un peu tôt en saison. Je me rappel qu’il y avait encore de la neige à plusieurs endroits. Quelques semaines plus tard, nous sommes retournés chez l’oncle en question et nous avons pris une petite quantité de truites. Rien à voir avec les années ’50, mais assez pour prendre goût à cette pêche. La portion de ruisseau sur le terrain de l’oncle n’était pas très productive, mais nous avons fini par trouver des zones plus poissonneuses. Nous nous sentions un peu comme des chercheurs d’or : nous ratissions chaque pied carré d’eau à la recherche de ces petits poissons aux points rouges et au ventre orangé. Même si les captures étaient rarissimes, j’ai vraiment eu la piqûre pour cette pêche. Marcher en forêt assouvissait mon goût pour la liberté. J’avais l’impression de m’évader. Découvrir au virage de nouvelles chutes m’exaltait. Je voyais du poisson partout. Au début des années ’80, j’avais acquis un peu plus d’expérience comme pêcheur et j’étais capable de lire une carte topographique. Ma soif de l’aventure m’a amené dans la région du Mont Mégantic. Avec des amis, nous avons fait du camping sauvage à plusieurs reprises afin d’être plus près des zones de pêche. Je suis tombé en amour avec ce coin de pays très peu développé à l’époque. Et franchement, la qualité de pêche était supérieure à la région de Sutton. Le premier ruisseau dont je me souviens était situé dans le petit village de La Patrie. Si ma mémoire m’est fidèle, ce large ruisseau s’appelait le « Petit Canada ». C’était plus une rivière qu’un ruisseau. La truite était assez abondante, mais il fallait vivre avec d’autres pêcheurs car ce cour d’eau était connu et facile d’accès. Dans le Petit Canada, nous avons pris des truites indigènes de 12 pouces. Pour ceux qui connaissent la truite de ruisseau, un poisson de cette longueur équivaut à un trophée.
Dans un élan de nostalgie, j’ai voulu revoir ce ruisseau un jour que je passais par la région. J’ai débuté ma marche et à mi-chemin, je suis revenu sur mes pas car je n’étais plus certain d’être au bon endroit. Notre véhicule avait attiré les agents de conservation. Ils nous attendaient! Heureusement, nous n’avions pas de canne à pêche car j’ai appris ce jour-là que nous avions foulé le sol du parc national du Mont Mégantic! Eh oui! le ruisseau que je pêchais jadis se situait maintenant dans un sanctuaire. Les agents ont été fort sympathiques et ont vite remarqué que n’avions rien de braconniers! Nous avons même jasé un bon quart d’heure avec eux. Ils m’ont dit que je ne m’étais pas trompé, que j’étais bien en direction de mon ruisseau. Ils nous ont raconté qu’ils devaient être vigilants car des braconniers erraient souvent dans le secteur. Le Parc existe depuis le 16 juin 1996. http://www.sepaq.com/pq/mme/fr/ La truite de ruisseau en 2007:
Chaque année, je fais mon pèlerinage au mois de mai. Vous comprendrez que, compte tenu de la fragilité de ces petits cours d’eau, je ne vous dévoilerai pas mes coins secrets. Toutefois, je vous assure qu’il est possible, même en 2007, de pêcher des ruisseaux encore peu fréquentés. Je sais qu’il y a des possibilités de pêche dans les réserves fauniques, les Z.e.c. et certaines pourvoiries, mais je ne peux vous en parler davantage car je n’ai jamais fait de démarches à ces endroits pour ce genre de pêche. Dans le Nord du Québec, là où tout le monde se concentre sur le doré, je suis convaincu qu’on peut prendre de la petite truite de ruisseau indigène. Alors, informez-vous, il y a sûrement des truites qui vous attendent quelque part! Une fois que vous aurez trouvé votre ruisseau, dites-vous bien qu’il est possible qu’il y ait des secteurs plus productifs que d’autres. Par expérience, je sais que plus une portion de ruisseau est inaccessible, plus il y a de chance qu’elle vous réserve de belles surprises. Voyez-vous, sans vouloir juger personne, le pêcheur type est un être foncièrement paresseux. Lorsque la forêt qui borde le cour d’eau est composée d’aulnes ou de framboisiers et que cela créé une barrière difficile à franchir, vous risquez de ne pas rencontrer beaucoup de pêcheurs. Voilà une première bonne nouvelle! Et si en plus votre ruisseau est loin d’une route, vous doublez vos chances de prendre du poisson. L’équipement: La technique Idéalement, c’est plus facile de présenter l’appât en descendant le ruisseau car la force du courant transporte naturellement le ver là où les truites se terrent derrière les roches. Ainsi, il n’y a pas de mou dans le monofilament. Si par contre, vous montez le ruisseau, je vous suggère de marcher dans la forêt, de faire des percées ici et là et d’exécuter vos lancers en aval. La pêche est plus agréable et vous aurez plus de contrôle pour atteindre la cible. Pêcher un ruisseau demande beaucoup d’adresse. C’est souvent un travail chirurgical car vous vous retrouvez fréquemment au milieu de branches, d’arbustes, de roches…etc. Les arbres qui se trouvent de chaque côté du ruisseau vous créeront aussi toutes sortes d’ennuis car ils forment ni plus ni moins un plafond au-dessus de votre tête. Vous aurez avantage à lancer de côté ou par en dessous si vous ne voulez pas vous accrocher! Et encore! Il est rare qu’on ne fasse pas au moins une mauvaise manœuvre durant une sortie. Dans ce temps-là, celui qui pêche avec vous, observe la scène en riant et continue de pêcher malgré votre embarras!! Je vous dirais que plus le ruisseau est enchevêtré, plus il y a de poissons! Que voulez-vous? Tous ces obstacles créent des remous dans l’eau et sont de véritables abris naturels pour l’omble de fontaine. On peut prendre des truites un peu partout dans le ruisseau, mais il y a assurément des endroits plus « payants » que d’autres. Tous les billots et les arbres immergés dans l’eau cachent habituellement des truites. Il faut parfois plus d’un lancer pour attirer leur attention, mais lorsque vous aurez un poisson intéressé, il sortira de sa cachette pour attaquer sa proie. Chaque grosse roche dans le ruisseau retient le courant et crée de la turbulence, c’est une zone de confort qui abritent souvent des poissons. Il faut absolument lancer pour vérifier. Si vous apercevez de l’écume accumulée près du bord, lancez car c’est encore un signe que l’eau tourbillonne et ces endroits regorgent de truites. Vous prendrez également des truites simplement dans le courant en laissant traîner votre ver. Tous les virages brusques du cour d’eau sont des environnements très prolifiques. Le pied des chutes est un emplacement incontournable, mais on est parfois déçu de rien prendre car on pense que le « pool » de 5-6 pieds de profondeur renferme un trophée! Ce n’est pas souvent le cas. Il m’est arrivé une seule fois de prendre une belle truite de 12 pouces au pied d’une chute de 3 mètres. Le paysage était à couper le souffle. J’étais en haut et j’ai dû remorquer la truite. J’avais hâte de la tenir dans mes mains! Je me suis d’ailleurs toujours demandé pourquoi il n’y avait pas plus de poissons de belle taille dans ces piscines ultra oxygénées. Les conditions semblent pourtant excellentes, pour ne pas dire parfaites. Je m’y arrête toujours pour faire des lancers, mais je n’ai plus autant d’espoir qu’auparavant. De toute façon, dans un ruisseau, on ne laisse rien au hasard. On doit ratisser le moindre recoin. Par contre, on ne doit pas s’acharner. Si après 3-4 lancers, vous ne sentez pas de touche, poursuivez votre route. Quand pêcher? Conclusion La pêche de ruisseau est un beau prétexte pour aller marcher, faire de l’hébertisme et profiter du grand air. C’est un centre d’entraînement sophistiqué qui mettra à l’épreuve vos capacités cardio-vasculaires, certes, mais qui vous apportera beaucoup de satisfaction personnelle, surtout après une longue randonnée. Il n’est pas rare de parcourir quatre ou cinq kilomètres et parfois plus sans ressentir la fatigue. C’est que notre attention est dirigée uniquement sur la pêche et on en oublie les distances parcourues. Essayez tout de même de calculer le temps car il vous faudra un jour revenir à votre point de départ. Pensez vous apporter des denrées et des breuvages car vous dépenserez beaucoup d’énergie. Même si vous ne prenez pas de poisson à chaque sortie, je vous assure que la beauté du paysage, l’odeur de la forêt et la tranquillité compensent largement pour vos journées bredouilles. Si vous avez des commentaires, n’hésitez pas à m’en faire part. Bonne pêche! |