

Reportage sur la réserve faunique Mastigouche :
2ième partie
Pêche avec séjour dans la réserve faunique Mastigouche
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Vous n'allez quand même pas penser que je vous dirais quel lac je veux choisir en premier! En fait, vous êtes pas mal bon de continuer à me lire malgré tous mes efforts pour vous décourager avec des chiffres et des statistiques, alors je vous le dévoilerai peut-être plus tard... Je sais qu'à vue de nez ce n'est pas évident de vivre avec ce système, mais c'est démocratique. Le premier tirage au sort de la SÉPAQ pour la pêche en hébergement donne une priorité sur le choix d'un séjour en chalet. Une fois que vous êtes sur place, même si vous avez réservé un invendu, voire même réservé à la dernière minute un chalet en baisse de capacité, vous n'êtes pas défavorisé. Essentiellement, le « Bingo-SÉPAQ » est un exercice pour donner, à tous les pêcheurs séjournant dans le secteur, la chance de pêcher les meilleurs plans d'eau offerts selon le plan de pêche. Les autorités de la réserve Mastigouche suivent un plan de pêche avec lequel ils assignent les lacs à chaque secteur d'hébergement. Le plan de pêche précise aussi quand les lacs ouvriront, combien de chaloupes seront disponibles et combien de kilos de truites les pêcheurs pourront récolter pendant la saison dans chaque lac. J'ai eu la chance d'interviewer le directeur de la réserve faunique Mastigouche, M. Dave Boulet à ce sujet le 27 janvier 2006.
M. Boulet est biologiste de formation et il s'y connaît. Il a été généreux de son temps et je tiens à le remercier de sa collaboration.
Q : Depuis combien de temps un plan de pêche existe-t-il dans la réserve faunique Mastigouche?
R : « On a des statistiques de pêche depuis les années 74 ou 75, je crois. Chaque poisson capturé est pesé et mesuré depuis 1974, je crois. »
Q : C'est une des mesures qui ont été mises en place à la suite de l'établissement du plan de pêche?
R : « Oui. »
Q : Comment faites-vous l'inventaire des plans d'eau, utilisez-vous un système de décompte?
R : « Oui on va sur des plans d'eau pour faire différentes études, mais pas pour aller chercher la quantité de poisson qu'il y a dans un lac. Ce n'est pas un bon indicateur pour établir un quota. Ce qui est bien important c'est la structure de la population et la nourriture qu'on retrouve dans le lac. C'est sur que l'acidité et l'oxygène il faut que cela soit correct, mais ce qui est vraiment limitant c'est la nourriture et la compétition qu'il y aura s'il y a d'autres espèces ou non. Un lac pourrait avoir 10 000 truites et un autre 20 000, mais lui de 10 000 nous donnera plus de poissons à récolter par la pêche sportive. On vérifie s'il y a présence d'une autre espèce qui pourrait être compétitrice. À partir de là, nous, on sait que dans notre région un lac donne environ X kilos à l'hectare. Donc on prend la superficie du lac et on dit que ce lac-là devrait théoriquement me donner, disons, 40 kilos de poissons. Et on part avec ça. On suit la situation pendant une, deux ou trois années. Ensuite on regarde la situation évoluée. Si, toujours en prenant 40 kilos à l'hectare, si on voit que le poids moyen du poisson augmente et bien là, on dit, on peut aller un petit peu plus fort... »
Q : Et vous augmentez le quota?
R : « Là on augmente nos quotas jusqu'à la taille voulue. Vous avez déjà fréquenté la réserve Mastigouche, ce qui nous démarque c'est la qualité du poisson. Il y a du beau poisson dans la Mastigouche. De la truite d'une livre, on n’en fait pas une fête. Ce n'est pas rare. »
Q : Est-ce que votre technicien de la faune, M. Olivier Roy, doit faire des inventaires régulièrement pendant l'été?
R : « C'est variable, mais je dirais qu'on étudie environ vingt-cinq plans d'eau par été. »
Q : Vous avez environ 400 plans d'eau chez vous?
R : « On a 417 plans d'eau, mais nous en exploitons environ 280 par la pêche par saison. Il y en a qui repose et il y en a qu'on ne pêche pas. Il y a des petits lacs qu'on laisse reposer quatre ans. On les pêche une fois tous les quatre ans ou une fois tous les deux ans par exemple. Mais il y en a 280 qui sont exploités année après année. »
Q : D'où provient le poisson que vous ensemencez dans la réserve Mastigouche?
R : « La souche. Je t'explique. Normalement on va essayer de travailler avec notre plan d'eau de façon naturelle. Évidemment, c'est ce que notre clientèle préfère et c'est ce qui est le plus rentable. On laisse travailler la nature. Quand on voit qu'un lac commence à avoir des problèmes. Là on va aller l'étudier avec notre technicien de la faune. On va regarder ce qui se passe. Dans certains cas on peut intervenir. Ça peut être des castors qui ont bloqué la frayère. Peut-être qu'une nouvelle espèce de poisson a été introduite. On va peut-être voir à restaurer le lac. Le beau mot c'est la restauration de la biodiversité d'origine, mais dans la vraie vie on parle d'un empoisonnement. On va empoisonner qu'est-ce qu'il y a dans le lac parce qu'il y une mauvaise sorte de poisson qui est rentré. Exemple la barbotte ou souvent c'est le meunier noir. »
Q. J'ai vu cela il y a quelques années, si je ne me trompe pas vous aviez empoisonné une partie du lac Mastigou?
R : « Celui là n'a pas été empoisonné. On faisait une étude. Au lieu d'empoisonner le plan d'eau, on faisait du retrait massif de meuniers. Donc, on en retirait des quantités qui étaient vraiment astronomiques et on voulait voir quels effets cela aurait sur la population de mouchetées. Évidemment, la population a augmenté. Suite à cela on a arrêté de faire du retrait massif. On voulait voir comment la population allait réagir. »
Q : Est-ce que la population s'est équilibrée?
R : « Non cela ne s'est pas équilibré. Aussitôt qu'on arrête de faire du prélèvement, de donner un coup de pouce, le meunier reprend le dessus. Cela peut prendre deux ou trois ans. Donc la conclusion c'est que ce n'est pas rentable. Ce n'est pas la réserve directement qui a fait cette étude. C'est monsieur Pierre Magnan de l'Université du Québec à Trois-Rivières. »
Q : J'ai lu quelques articles sur lui, c'est un spécialiste de la mouchetée...
R : « C'est la sommité mondiale! »
Q : Vous parliez de la souche...
R : « On travaille avec la population d'origine autant que possible. La plupart des lacs où il n'y a pas de poisson, c'est les lacs de tête. Il y a certains lacs de tête qui sont trop petits. Exemple il n'y a pas assez d'oxygène l'hiver ou cela peut être carrément parce qu'il y a un obstacle qui a toujours empêché le poisson de remonter le ruisseau pour arriver au lac de tête. On a fait plusieurs tests dans ces lacs et là où les conditions semblaient favorables : oxygène, acidité, profondeur; on a introduit des populations. À ce moment-là, on essaie de travailler avec notre matériel génétique autant que possible. Chaque année à l'automne on va chercher des géniteurs mâles sur une frayère aisément accessible d'un lac de la réserve Mastigouche. Puis on ramasse la semence. On l'amène en pisciculture et on la croise avec des œufs de truites domestiques de pisciculture. Pourquoi on ne fait pas seulement avec du matériel sauvage, c'est que le taux de réussite est beaucoup plus bas et le transport des œufs est très difficile. Donc en faisant cela on conserve au moins 50 % du matériel génétique. Jamais on ne va aller ensemencer un lac de tête qui va se déverser dans un lac naturel avec du poisson domestique. »
Q : Donc vous avez ciblé des plans d'eau où il n'y avait pas de poisson commercialement exploitable auparavant.
R : « Oui. ! »
Q : Et vous vous arrangez pour que ce soit des lacs isolés du réseau hydrographique?
R : « Ce que je dis c'est que dans le cas où je ne peux pas isoler, je vais toujours utiliser du poisson avec mon matériel génétique. On a ciblé une souche qui avait un excellent tôt de croissance (…) »
Q : Sur les 417 plans d'eau de la réserve Mastigouche, combien ont été ensemencés à peu près et comment fonctionne l'ensemencement?
R : « Peut-être une soixantaine. Mais aujourd'hui on peut travailler avec 40 ou 50 parce qu'il y en a où les succès ont été mitigés. (...) On appelle ça du poisson-croisé. Ca on va en mettre tous les 2 ans dans ces lacs de tête là. Exemple à l'automne on en met toujours quelques dizaines de milliers. Exemple un 50 000 l'automne dans nos lacs. On ferme le lac jusqu'au mois d'août suivant. La truite aura déjà atteint une longueur de 9 ou 10 pouces. Et on met de la petite truite au départ. Elle mesure trois pouces. Parce qu'il y a absence de compétition, elle croît “hyperrapidement”. La deuxième année, cela donnera déjà de la truite de trois quarts à une livre. »
Résumons le processus : un technicien de la faune fixe la capacité de chaque plan d'eau sur une base saisonnière. On détermine par exemple que le lac Brodeur peut donner; disons 255 kg d'ombles de fontaine, le lac Shawinigan 587 kg, le lac Pimbina 39 kg, le lac Parker 200 kg (ref5), etc. Et selon les caractéristiques des lacs, les gestionnaires peuvent décider d'ouvrir un plan d'eau à l'ouverture parce qu'il ne mord pas au mois d'août... C'est le cas du lac Brodeur, plus la saison avance, plus il est difficile d'y prendre du poisson. On offre donc plus d'embarcations au lac Brodeur en début de saison. La Mastigouche élabore aussi une liste de lacs de remplacement (ref6). Généralement, ce sont des lacs où l'on peut capturer des ombles de fontaine de belle taille. Le but est de répartir une offre de pêche de qualité aux pêcheurs à l'aide de ces lacs productifs tout au long de l'été. Une fois qu'un lac offert à l'ouverture atteint son quota, on le ferme et on le remplace par le premier lac de la liste de remplacement. C'est possible de savoir quels lacs seront à votre disposition avec certitude uniquement à l'ouverture.
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Retour au texte -->Référence #5) Les quotas de ces plans d'eau mentionnés ici étaient valides en 2005.
Retour au texte -->Référence #6) Pour consulter cette liste: www.sepaq.com, Bienvenue , Liste des réserves, Mastigouche, Renseignements pratiques , Documentations et statistiques , Pêche avec séjour 2006, ouverture des plans d'eau (pdf : 52 ko)
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