L'impact des coupes forestières et les facteurs qui menacent la qualité de pêche dans la réserve faunique Mastigouche.

camionCeux qui me lisent depuis quelques temps savent que j'adore faire des séjours de pêche dans la réserve Mastigouche. J'ai d'ailleurs publié trois reportages l'année dernière sur cette magnifique réserve. Une longue entrevue que j'ai réalisée avec le directeur de l'époque, M. Dave Boulet, m'a donné plein d'informations qui m'ont permis d'apprendre beaucoup de choses sur le fonctionnement et la gestion de la réserve Mastigouche. Dans le premier reportage, vous appreniez comment j'ai découvert ce fantastique secteur de pêche et je vous brossais un tableau de l'historique de ce territoire.Dans le second reportage je vous mettais au parfum sur le fonctionnement de la pêche en hébergement dans cette réserve faunique. J'abordais aussi le mode de gestion des plans d'eau qui permet une qualité de pêche exceptionnelle dans un territoire situé à proximité des grands centres. Dans le troisième reportage j'abordais plus en détail le fonctionnement de la pêche quotidienne. La réserve Mastigouche offre encore aujourd'hui accès à de nombreux lacs pour les pêcheurs qui préfèrent pêcher à la journée.

 

 

coupeboisMaintenant, j'aimerais porter votre attention sur les principaux dangers qui guettent l'avenir de ma destination favorite pour la pêche à l'omble de fontaine à proximité de Montréal. Le territoire de la réserve faunique Mastigouche était dans le passé géré par de nombreux clubs privés. « L'opération accessibilité » a mis fin à ces injustices. Le parc Mastigouche est né en 1971. Puis le Parc a changé de statut et il est devenu une réserve. Mes recherches ne m'ont pas permis de confirmer dans quelles circonstances on a changé le statut de la Mastigouche de parc à réserve faunique. Mais mon intuition me dit que l'accès aux ressources forestières est probablement derrière tout ça. Vous le savez sans doute, l'exploitation des ressources minières et forestières est interdite dans un parc national, mais pas dans une réserve faunique. Est-ce que les coupes de bois sont un danger pour les lacs et les rivières de la Mastigouche? C'est la grande question à laquelle je tenterai de répondre dans ce quatrième reportage sur la réserve faunique Mastigouche. Aujourd'hui, très peu de secteurs de la réserve faunique Mastigouche n'ont jamais subi les attaques des bûcherons. Je suis d'avis que c'est consternant. J'ai trouvé des chiffres fort éclairants sur les revenus engendrés par les différentes activités économiques pratiquées sur le territoire de la réserve Mastigouche en effectuant des recherches à la Grande Bibliothèque de Montréal. Les données suivantes proviennent d'une étude nommée Retombées économiques liées à l'exploitation des ressources de la réserve faunique Mastigouche 1987-1992 : « À cet égard, la matière ligneuse (...) s'accapare environ 81.5 % des retombées économiques globales. Les ressources fauniques et hydriques recueillent 18.2 % et 0,3 % des retombées économiques. En 1992 on récoltait surtout des sapins, épinettes, pin gris et mélèze pour le bois de sciage ou la pâte. »

Lorsqu'on s'inscrit au tirage au sort pour la chasse dans les réserves, on peut lire cet avertissement. « Dans toutes les réserves fauniques, il est possible que des travaux forestiers, du transport de bois ou autres interventions commerciales incluant des activités de piégeage soient en cours lors de votre séjour. Ces activités ne constituent aucunement un motif de remboursement ou de compensation. » source : www.sepaq.com Nous sommes dans l'ère des partenariats publics — privés, dans l'ère ou nos gouvernements pensent avant toute chose à des concepts comme le coût/bénéfice. Pourtant, le Québec traîne de la patte derrière l'Ontario par exemple en ce qui a trait à son pourcentage de territoire protégé. On avait un parc Mastigouche et on l'a probablement démantelé pour s'assurer de poursuivre les coupes forestières dont on voit que les retombées économiques étaient quatre fois supérieures aux revenus générés par les amateurs de plein air qui fréquentaient la réserve faunique Mastigouche entre 1987 et 1992.

ponceauEncore aujourd'hui les coupes se poursuivent sur la réserve Mastigouche et dans tout le réseau des réserves fauniques au Québec par ailleurs. Sur le plan de la grande faune, elles peuvent être avantageuses pour des activités comme la chasse à l'orignal parce que les bûchés récents offrent de jeunes pousses qui favorisent ce cervidé. Mais les coupes sont-elles avantageuses sur les plans d'eau fréquentés par les pêcheurs? Pas vraiment et j'ai trouvé des preuves dans une autre étude nommée : Analyse des données d'exploitation de l'omble de fontaine en relation avec les interventions forestières dans la réserve faunique Mastigouche. J'ai été très surpris en consultant une carte incluse dans cette étude qui présente la localisation des coupes forestières sur la réserve Mastigouche. Les endroits où la forêt n'a pas été coupée sont très rares. « La majeure partie de la réserve a été exploitée par les compagnies forestières depuis 1930. Les coupes les plus récentes (1980 à 1990) se retrouvent principalement dans le secteur nord de la réserve ». Pour les usagers de la réserve, les coupes présentent un avantage non négligeable, les chemins forestiers permettent d'accéder aisément au territoire. Mais on discute rarement au Québec des impacts de l'exploitation forestière sur nos lacs et nos rivières. Les chercheurs ont démontré que suite aux coupes forestières : « Les captures par unité d'effort ont diminué de façon significative. Les impacts négatifs sur la faune aquatique se font davantage sentir dans les plans d'eau situés dans les bassins hydrographiques où l'intensité des coupes a été plus sévère. » On peut aussi constater que les coupes ont un impact direct sur la reproduction des ombles de fontaine. « L'accroissement de la sévérité des débits de pointe peut entraîner la mortalité chez les embryons, à cause des mouvements du lit des cours d'eau. De plus, l'augmentation des sédiments dans les graviers des cours d'eau peut réduire le succès de la reproduction et l'abondance de nourriture. » Les coupes peuvent aussi avoir un impact indirect sur les frayères. Le ruissellement suite aux coupes forestières est plus important. Une forêt à l'état naturel permet de limiter l'écoulement des eaux de pluie et surtout des eaux de fonte des neiges. C'est tout le contraire qui se produit dans un secteur victime d'une coupe à blanc. L'ensoleillement accélère la fonte des neiges. Les frayères peuvent carrément, dans le pire des cas, s'élever hors de l'eau ou de son atteinte par un phénomène nommé l'exondation. « L'exondation possible des frayères créée par une hausse des débits de pointe mérite d'être examinée, tout comme l'effet des structures (ex. ponceau) dont l'implantation est jugée inadéquate pour assurer en permanence la libre circulation de poisson et la protection de son habitat. »

tracteurJe tenais à vous mentionner les résultats de cette étude portant sur l'impact des coupes forestières sur l'écologie de nos lacs et de nos rivières puisqu'on en parle très peu au Québec. Cette étude datait de 1995, une étude récente arrive à la même conclusion. En faisant des recherches sur le projet du Parc national Albanel-Témiscamie-Otish, je suis tombé sur la présentation d'un biologiste nommé Pierre-Philippe Dumont qui portait sur la nécessité de préserver des industriels plusieurs rivières qui se jettent dans le lac Mistassini dont voici les extraits les plus révélateurs : « Pourquoi on veut protéger ces rivières-là? Alors, c'est ça le but du mémoire justement, c'est, disons, d'intégrer ces rivières-là dans la protection du parc. C'est qu'une exploitation commerciale des ressources forestières et minières aux abords de ces cours d'eau modifieraient les caractéristiques et propriétés du cours d'eau. Donc, la déforestation, ce que ça peut amener, c'est un lessivage des sédiments qui modifie le substrat des frayères, ce qui peut nuire à l'oxygénation des oeufs et affecter le recrutement des poissons. Puis ça, c'est très bien documenté dans la littérature, surtout lorsqu'on parle de foresterie. La truite mouchetée, c'est l'exemple de base dans l'impact de la foresterie sur le milieu aquatique. En déforestant, en enlevant aussi les arbres, ce qu'on peut s'attendre, c'est qu'il y ait une augmentation du ruissellement des eaux de fonte et de pluie. Ça modifierait l'hydrologie de la rivière. Puis éventuellement, ça pourrait détruire les frayères et les aires d'alevinage pour ces poissons-là ainsi que toutes les espèces de poissons du lac. (...) Alors nous, ce qu'on suggère, bien, là c'est très schématisé, mais c'est de protéger les rivières Pepeshquasati et Cheno et Takwa, intégrer une certaine forme de protection, de revoir, en fait, la protection sur ces rivières. Ça peut être sous différentes formes. Mais je crois que la protection de 20 mètres qui est imposée pour les forestières ne serait peut-être pas suffisante pour avoir une protection intégrale de ces rivières-là. Il faudrait peut-être étendre ça à au moins 200 mètres pour avoir quelque chose, une protection qui est suffisante et adéquate pour le maintien de ces espèces-là. Donc, en conclusion, je crois qu'une protection intégrale des ressources aquatiques passe par la protection de ces principaux tributaires là. Donc, il faudrait donner un statut particulier aux rivières Pepeshquasati, Cheno et Takwa. »

Entre vous et moi, si c'est bon pour les tributaires du lac Mistassini, pourquoi les conclusions de ce chercheur ne pourraient-elles pas s'appliquer à l'ensemble des plans d'eau de nos réserves fauniques au Québec? J'ai aussi abordé les impacts négatifs des entreprises forestières lors de mon entrevue avec l'ancien directeur de la réserve Mastigouche, M. Dave Boulet . Heureusement puisque M. Boulet m'a donné un éclairage intéressant sur plusieurs points... Q : J'aimerais aussi aborder des sujets un peu plus controversés. (...) Quand j'arrive sur votre réserve faunique et que je vois de l'exploitation forestière, ça me sert le coeur. J'ai vu que l'exploitation forestière avait un impact sur la qualité de pêche... Est-ce que vous avez chez vous des façons de contrer l'impact de l'exploitation forestière?

R : « Bon, d'entrée de jeux je dirais qu'on voisine avec l'exploitation forestière. Je dirais qu'on voisine même bien avec l'exploitation forestière chez nous. Dans le passé, il s'est fait des erreurs. Maintenant je pense qu'on travaille de mieux en mieux parce que... le développement du réseau routier... C'est le réseau routier plus que la coupe qui fait des dommages aux ruisseaux et aux frayères à cause de l'ensablement. Le gros gros problème c'est ça avec l'exploitation forestière, le gros problème qui peut arriver c'est le réseau routier qui va détruire les frayères.»

Q : Les chemins sont souvent dans le fond des vallées, près des ruisseaux...

R : « Tous les anciens chemins sont passés là parce que c'est là où c'était le plus facile. C'était relativement plane. À votre prochaine visite je vous invite à aller vous promenez dans les nouveaux chantiers. On pourrait vous indiquer là où il y en a. C'est toujours sur les sommets de montagnes. »

Q : Il y a eu un changement d'approche...

ruisseauR: « Radical. Puis finalement cela a même été bénéfique pour l'entreprise forestière parce qu'en faisant ses chemins sur le sommet des montagnes, un elle diminuait de façon importante le risque d'érosion ou d'apport de sédiments dans le milieu naturel, dans les cours d'eau. Et aussi elle n'avait plus besoin d'installer des ponceaux, des ponts ou parce que ces ouvrages-là aussi quand il y a un coup d'eau par exemple et que les ponceaux partent et que le chemin part, là ça amène un apport de sédiments importants. Là, en passant sur les sommets de montagne, il n'y a plus de cours d'eau ou quand il y a des cours d'eau ils sont de très faible importance. Souvent, ce ne sont pas des cours d'eau où on retrouve des frayères. C'est seulement des canaux d'égouttement. Donc, ils ont diminué beaucoup leurs coûts de chemin et cela a contribué à protéger le milieu naturel. Pourquoi ce n'était pas fait anciennement? C'est qu'anciennement on travaillait avec des bulldozers et ça, ça poussait la matière et ils creusaient le chemin. Souvent le chemin se trouvait plus bas que ce qu’il y avait autour. Maintenant on fait des chemins avec des pelles mécaniques. Donc, on fait des fossés de chaque côté. On ramasse le matériel des fossés. On le met dans le chemin. Le chemin se retrouve à être plus haut. Et on égoutte l'eau. Les fossés maintenant ne sont jamais dirigés dans des lacs ou des rivières. Ils sont toujours envoyés en forêt à distance régulière dépendamment de la pente. Plus la pente est accentuée, plus souvent on va envoyer le fossé terminer sa course en pleine forêt. Donc, le sédiment va rester en forêt. »

Q : Ce sont des normes qui existent chez vous ou c'est des normes qui existent sur l'ensemble du Québec?

R : « C'est des normes qui existent au Québec. On appelle ça le RNI. Le Règlement sur les normes d'intervention dans les forêts de l'état. »

Q : J'ai vu une étude...

R : « Plamondon? »

Q : C'est possible, je ne me souviens pas du nom par coeur qui disait qu'il y avait un impact majeur, on voyait des baisses de rendement des plans d'eau suite à une coupe.

R : « Une bonne partie de cette étude-là a été réalisée dans la Mastigouche. (...) Quand on a des statistiques depuis 1970. On voit par exemple que ça été bûché par exemple en 87, à partir de 89 on voit que les rendements chutent. »

Q : Le fait que dans le passé on a pratiqué la coupe à blanc et que les forêts ont été détruites cela devait aussi j'imagine augmenter les coups d'eau?

R : « On appelle ça les débits... Ça aussi ça peut avoir un impact. C'est sûr que ça là un impact sauf que c'est des choses qui ont été peu mesurées. Ça n’a pas été souvent mesuré avant et après et il faut regarder ça sur de très grands horizons. On ne peut pas regarder seulement sur l'année avant la coupe et l'année après la coupe parce que l'importance de l'épaisseur de neige cette année-là pourrait... être variable. Il faudrait que ce soit 10 ans avant et 10 ans après. »

Q : La réserve au départ s'appelait le Parc Mastigouche, est-ce que vous savez pourquoi c'est passé de Parc à Réserve, est-ce que c'était pour permettre l'exploitation forestière?

ruisseau2R : « Même dans ce temps-là il y avait de l'exploitation forestière. La définition des parcs n'était pas... Il devait y avoir des parcs de conservation, mais il y avait d'autres parcs où on permettait l'exploitation. À un moment donné, on a fait la différence entre ce qui est un Parc aujourd'hui. Un parc national où il n'y a pas de prélèvement de ressources naturelles autres que la pêche et une réserve faunique, là où on exploite de façon rationnelle les ressources naturelles. (...) Je ne pourrais vous dire pourquoi on est passé du parc Mastigouche à la réserve Mastigouche. »

Q : Cela veut donc dire que dans le parc Mastigouche en 1971 il y avait de l'exploitation forestière?

R : « Oui, oui il y en a toujours eu même avant ça à l'époque des clubs privés. »

Q : Est-ce que vous pensez que les règles devraient être plus strictes dans les réserves fauniques?

R : « Actuellement c'est valable pour tout le Québec. (...) Les pouvoirs qui nous sont délégués, en tant que gestionnaire des réserves fauniques, c'est les pouvoirs de chasse et pêche. Donc, on cohabite avec l'industrie forestière. ... Pour le MRN la forêt de la Mastigouche c'est la même forêt qui au nord dans la ZEC, qui a au sud dans le territoire libre, qui a tout le tour là... »

Q : C'est malheureux quand même qu'il ne fasse pas de nuance?

R : « Écoute là je me mouillerai pas en disant que c'est malheureux parce que ça serait dire que notre territoire est plus important que celui qu'il y a autour. Je trouve que c'est bien que de plus en plus, on prenne conscience de la faune et de l'occupation des territoires. Chez nous... Je ne peux pas dire comment ça se fait ailleurs. Mais je peux dire que chez nous, on a beaucoup de discussions avec l'entreprise forestière. Chacun des chantiers est regardé et analysé avec nous. On doit apposer notre signature dans le bas des chantiers pour dire que oui, oui ça répond à nos normes. Chez nous tous mes lacs importants, j'en ai fait l'analyse des bassins versants. Je sais combien ils ont de kilomètres carrés. Je sais quel pourcentage a été coupé. J'accepte... on accepte jamais suite à l'étude que vous avez lue, on accepte jamais qu'il coupe plus de 50 % de bassin versant pour protégez des débits de pointe pi tout ça même s'il n'y a pas d'études exhaustives qui l'ont prouvé encore. C'est à peu près certain que ça va avoir un impact. Ça va avoir aussi un impact sur les polluants qui sont retenus dans le sol. On va loin là. Et le mercure et tout ça. Quand on coupe, quand on coupe la forêt plus de 50 % du bassin versant, on dénote rapidement une augmentation des taux de mercure dans les cours d'eau. Ce qui à long terme pourrait ne pas être très bon. »

Q : Donc, vous avez un certain pouvoir. Vous dites que vous ne permettez pas de couper plus de 50 % d'un bassin versant...

R : « Écoute, je parlerais d'un pouvoir d'influence. Je dirais qu'on est écouté, on est très écouté. Souvent, la solution selon moi, la solution c'est la répartition spatiale des coupes. Autrement dit, s'il y a un volume de bois quelconque à sortir sur la réserve, c'est juste... Anciennement on allait dans un coin, on faisait un chemin et on en sortait le maximum. Moi ce que je préconise c'est de ne plus le faire comme ça. C'est OK, il y a un volume de bois à sortir, si on peut aller chercher, je ne sais pas moi, disons 15 % de bois par année, je n’ai pas de problèmes avec ça, mais on va aller le chercher par petites pochettes un peu partout. C'est plus coûteux pour l'industrie forestière, mais dans un territoire aussi ancien que celui de Mastigouche, le réseau routier est extrêmement bien développé. C'est plus coûteux, oui, surtout l'hiver parce que cela leur demande plus d'entretien. Mais ce qu'on fait, c'est que les chantiers au sud de la réserve on les garde pour l'hiver, donc ils font moins d'entretien du réseau routier. »

Q : Avez-vous de bonnes relations avec les industries forestières? « Je dirais que j'ai de bonnes relations. (...) Chez nous il n'y a rien qui se fait tant qu'on n’a pas notre accord. S'ils vont couper sur le bord d'un lac, sur le lac Marcotte par exemple. C'est un joyau, on essaye d'y faire plus attention. Bon OK oui vous allez couper, mais au lieu d'y aller en un an, on pourrait peut-être faire la coupe sur deux ans... Déjà il y a une partie de la végétation qui va être reprise. Il y aura moins de débit de pointe. Est-ce qu'on peut le faire l'hiver pour ne pas déranger mes pêcheurs? Est-ce qu'on peut le faire l'automne pour ne pas déranger les pêcheurs? Ou si vous faites la coupe au printemps et bien, je vais ouvrir mon lac un mois plus tard cette année. Je ne serai pas dans vos jambes et vous ne serez pas dans les miennes. »

Q : Est-ce qu'il y a des mouvements écologiques qui tentent de faire changer les choses dans les réserves?

soleilR : « Non pas à ma connaissance. »

Q : On parle beaucoup du retard du Québec sur le plan de la sauvegarde de son territoire. Je ne comprends pas pourquoi on ne songe pas à faire des parcs avec des réserves. Pour quelles raisons on ne fait jamais ça selon vous?

R : « Cela changerait de façon importante la vocation du territoire. Oui si on regarde avec des yeux de pêcheurs cela n'aurait pas un impact énorme. Mais c'est les emplois qui sont reliés à la forêt. Les emplois directs et indirects c'est énorme. (...) C'est clair que c'est une question de retombées économiques. Mais c'est aussi la chasse. La chasse c'est très important dans la Mastigouche. Pas, autant que la pêche, mais c'est une grande part de nos revenus, notamment la chasse à l'orignal. Dans un parc on pourrait pu le faire. Pourquoi les populations d'orignaux sont rendues si importantes? Dans la Mastigouche on a refait l'inventaire aérien l'année dernière et la population avait augmenté de 60 %. Le cheptel ne s’est jamais si bien porté dans la réserve Mastigouche. Les coupes, les coupes ça apporte énormément de nourriture... Les pousses, mais si on prend une grande coupe d'un kilomètre carré. L'orignal mange seulement dans les bandes qui sont tout le tour. L'orignal mange rarement au milieu d'une coupe parce qu'il veut toujours être proche d'un abri. S’il y a un problème, il va se sauver en forêt. Maintenant ce que vous appelez les coupes à blanc sont de plus en plus petites et de plus en plus rares. Donc de petites coupes à blanc, cela pourrait ressembler à un jeu de dames ou à des trouées qui se retrouvent tout partout. Bien ça, l'orignal va en profiter à 100 % de la nourriture qui est là contrairement à la grande coupe ou il va seulement prendre la bande qui est tout le tour. Vous me suivez, on rend beaucoup plus de nourritures disponibles à l'orignal avec la façon dont on coupe présentement. Je vous disais que la gestion que je fais sur mon territoire on appelle ça la gestion intégrée des ressources. Donc, on a des ingénieurs forestiers maintenant à la SÉPAQ. C'est avec eux qu'on a analysé nos bassins versants du côté géomatique. Et l'ensemble de mes 70 zones de chasse est tout analysé. Je sais exactement quel type de coupe qu'il y a, quel pourcentage qui est en jeune forêt, en moyenne et en vieille. Il peut même nous arriver de suggérer des coupes aux industriels, parce que certains secteurs de chasse peuvent devenir moins bons. Ils sont difficiles à chasser parce que la forêt est très repoussée. Oui il y a présence de gibiers, mais il n'y a pas de voie de pénétration. Il n'y a plus de chemins ou...il n'y a plus de nourriture. Souvent on dit si vous êtes à veuille de venir dans ce coin-là. Vous vouliez y aller dans trois ans, mais peut-être que... pour laisser reposer mon lac Marcotte pour revenir à mon exemple de tout à l'heure, de faire une moins grande coupe. S'il y a du bois qui vous intéresse ici, cela ne nous dérangerait pas, cela nous ferait même plaisir dans ce coin-là. Un autre avantage aussi, (...) Silence. (...) On est colocataire (NDLR : avec les entreprises forestières), on a à s'entendre et nos relations sont bonnes. Moi je me dis qu'il va y avoir de la coupe de toute façon dans la réserve...

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