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L'impact des coupes forestières et les facteurs qui menacent la qualité de pêche dans la réserve faunique Mastigouche.
Lors de mon entrevue avec M. Boulet, je l'ai avisé bien entendu que mon article allait inclure les côtés noirs de l'exploitation forestière. C'est plutôt rare, avouez-le, que des reportages fassent le tour des bons et moins bons côtés touchant une destination dans vos magazines de pêche favoris. Les publications produites par les « professionnels » se contentent la plupart du temps de faire de la promotion. Pourtant, M. Boulet a accepté d'emblée de se prêter au jeu. Et je l'avoue franchement, il m'a ouvert les yeux sur biens des sujets.
Q : Je vais parler des choses négatives... R : « Il y a toujours une façon de le dire. Un bon exemple c'est le dialogue qui se fait maintenant dans la Mastigouche sur la taille des bassins versants récoltés ou sur la façon qu'on récolte dans les zones de chasse. Nous ça eut un impact significatif et positif pour la chasse à l'orignal. » Q : (...) Les temps changent... R : « Les temps changent oui, je pense que c'est bien parce qu'on change pour le mieux. »
L'ancien directeur de la réserve faunique Mastigouche, M. Dave Boulet, était un homme optimiste. Malheureusement, le contexte difficile dans lequel se trouve l'industrie forestière en ce moment donne à réfléchir. J'ai été choqué d'apprendre dans mes recherches que la fameuse bande riveraine de 20 mètres qui doit protéger les cours d'eau n'est pas nécessairement laissée intacte par les forestiers! Selon nos lois, les bûcherons ont le droit de couper une partie des tiges se trouvant dans cette bande de protection. Je vous fais grâce des règles d'application de cette réglementation. Les normes sont complexes. Tellement complexes que les entreprises forestières n'étaient pas tellement motivées à tenter de récolter ce bois auquel elles avaient droit. Le tout nouveau forestier en chef dans un rapport publié en décembre dernier recommande au ministre « d’exiger que la récolte soit effectuée dans les différentes composantes territoriales », dont les bandes riveraines. En clair, il est probable qu'avant longtemps les compagnies forestières seront obligées par le gouvernement du Québec à récolter systématiquement tout le bois inclus dans le calcul des possibilités forestières par le forestier en chef dans les bandes riveraines. Pourtant, les écologistes et les scientifiques s'entendent sur le fait que les rives de nos plans d'eau devraient être mieux protégées! On est la logique du développement durable dans toute cette histoire? Voilà une autre preuve que notre gouvernement n'a pas très à coeur la santé de nos lacs et de nos rivières. En faisant mes recherches, j'ai tenté de mettre la main sur une étude que la FAPAQ devait faire sur l'impact des coupes forestières sur les plans d'eau de la réserve faunique des Laurentides . Les objectifs de cette étude étaient de : • « Vérifier l'hypothèse à l'effet que la coupe forestière modifie la quantité et la qualité des proies des réseaux trophiques inférieurs (utilisation de la nourriture) dont s'alimente l'omble de fontaine; • vérifier l'hypothèse à l'effet que la coupe forestière diminue le rendement de croissance de l'omble de fontaine qui s'alimenterait sur des espèces zooplanctoniques et benthiques de plus petite taille ou énergétiquement moins rentables. • Vérifier l’hypothèse à l’effet que les chemins forestiers (âge, type et superficie) contribuent de façon non négligeable à l’apport de sédiments dans les plans d’eau. » C'est du moins ce dont on se vante sur le site web de la FAPAQ. Mais l'étude en question n'a jamais été faite. Voiçi un extrait d'un courriel que j'ai reçu de M. Pierre Bérubé, le chef d'équipe pour la recherche sur la faune aquatique du Ministère des Ressources naturelles et de la Faune : « Des compressions budgétaires ont limité l'acquisition de connaissances liées à cette problématique dans ce territoire et l'interprétation des phénomènes observés. » Pourquoi le MRN ne mentionne-t-il pas que cette étude n'a jamais été faite sur son site web? Pour soigner leur image probablement... Maintenant, j'aimerais revenir à d'autres points que mes recherches m'ont fait découvrir. Les coupes et surtout les chemins forestiers situés près des cours d'eau n'avantagent pas les populations de poissons. Ce phénomène n'est pas particulier à la réserve faunique Mastigouche bien entendu et touche l'ensemble du territoire québécois où les industries forestières sont en opération. Heureusement, l'impact de l'exploitation forestière est réduit légèrement dans la réserve Mastigouche par toute une série de mesure mise en place par les autorités de la SÉPAQ. Mais l'exploitation forestière a un autre impact négatif dont aucune étude n'a traité. L'exploitation forestière permet aux bûcherons, mais aussi aux braconniers, d'accéder facilement au territoire et aux plans d'eau. Allez savoir pourquoi, lors de mes nombreuses sorties dans la réserve Mastigouche, je n'y ai jamais rencontré un agent de la faune. Lors de la saison 2005, il est arrivé une anecdote intéressante à l'un des groupes qui logeaient dans le secteur Shawinigan en même temps que nous. Deux pêcheurs, une mère et son fils sans doute, avaient eu la chance de choisir le lac Vert. C'est un petit lac où l'on peut effectuer de très belles prises, mais les ombles de fontaine de ce plan d'eau sont victimes d'un parasite. Leur peau est piquée de points noirs. On m'a dit que ce parasite n'était pas dangereux. Je ne servirais pas ces truites à des invités, mais je ne me suis pas gêné pour en manger. Donc, nos deux pêcheurs partent sur la route pour se rendre au lac Vert qui est assez éloigné du secteur d'hébergement. Une fois sur place, une grosse surprise les attendait, un braconnier s'active sur le lac Vert avec leur chaloupe! Heureusement, ce lac est relativement petit. Après avoir crié au fauteur de troubles, il finit par s'approcher. Le visiteur croyait que son droit de pêche en rivière lui permettait de pêcher partout. C'est du moins ce qu'il leur a dit. Le couple a dû convaincre ce braconnier qu'il avait tort. Ils ont enfin pu récupérer leur chaloupe et se mettre à pêcher. De retour au chalet, ils se sont plaints au gardien du territoire qui leur a répondu qu'il ne pouvait rien faire. Il aurait fallu qu'un agent de la faune prenne le braconnier sur le fait. Le couple de pêcheurs aurait pu descendre à Saint-Alexis-des-Monts pour porter plainte, en fournissant le # d'immatriculation du véhicule et une description du fautif. Mais le couple de pêcheurs aurait dû aller en cour par la suite pour que le braconnier soit reconnu coupable. Le couple n'a pas réfléchi très longtemps et ils ont rapidement laissé tomber. Il faut avoir du front tout le tour de la tête pour utiliser une embarcation sans droit dans une réserve faunique. Notre braconnier savait peut-être que les chances d'être pris sur le fait étaient pratiquement nulles... C'est triste à dire, mais je crois vraiment que nos lacs et nos rivières ne sont pas suffisamment protégés. Le personnel de la réserve faunique à ma connaissance ne détient aucun pouvoir d'intervention. On a multiplié avec le temps la facilité d'accès par la construction de chemins forestiers et l'invention des VTT, mais en contrepartie le nombre d'agents de la faune n'a jamais été adapté à ces nouvelles réalités. J'ai abordé aussi ce problème avec M. Boulet qui m'a fait découvrir la forme de braconnage la plus dévastatrice pour les plans d'eau de la Mastigouche. Q : Pourquoi un lac, comme le lac aux Cailloux a un rendement très intéressant en 2005... en fait pourquoi le rendement varie autant sur certains lacs de votre réserve?
Q : Par les pêcheurs? R : « Ouais, ça, c'est criminel là. (...) Ces plans d'eau fonctionnent bien depuis des milliers d'années et parce qu'un jour une personne a voulu prendre du poisson un peu plus ... Ça c'est triste et on « scrap » le plan d'eau et le bassin versant au complet. » Q: Au bout de combien de temps le rendement baisse-t-il autant? R : « Ah! ça prend cinq ou six ans. C'est très très rapide. Donc, vous me parliez du lac Cailloux. Ça, c'est un lac justement qui avait eu de l'introduction. Il a été fermé. On l'a empoisonné. Après ça on l'a fermé pendant trois ans, on l'a réensemencé pendant trois ans, on l'a ensuite laissé reposer. Je crois qu'il a ouvert l'année dernière. » On peut voir que le braconnage a un impact majeur sur les plans d'eau de la réserve Mastigouche. Quant à moi, je suis d'avis que l'usage de mené vivant devrait carrément être interdit sur l'ensemble du territoire québécois. De plus, les contrevenants devraient avoir des amendes beaucoup plus salées. Dans ma série de reportages sur la réserve Mastigouche, je vous ai très peu parlé de pêche en rivière. Je n'ai jamais exploré les rivières de la Mastigouche. Le printemps dernier un pêcheur qui séjournait dans un des chalets du secteur Shawinigan à l'ouverture se trouvait là-bas uniquement pour pêcher en rivière. Il a d'ailleurs attrapé une des plus belles truites mouchetées de son groupe lors de ce week-end. Certaines rivières semblent offrir un bon potentiel pour les amateurs de ce type de pêche, particulièrement au printemps. Un ami à moi a fait toute une pêche en 2006 à la sortie d'un lac de la réserve Mastigouche avec sa petite famille. La portion de rivière où ils ont pêché est accessible uniquement en embarcation. L'accès plus difficile semble être la cause de cette pêche miraculeuse... Beau dilemme, la difficulté d'accès rend la pêche plus intéressante pour les aventuriers. En contrepartie, la présence de chemins forestiers permet à la population vieillissante de continuer à pratiquer la chasse et la pêche, mais cela permet aussi aux braconniers de sévir plus aisément...
J'espère que vous avez apprécié ma série de reportages sur l'historique, les modes d'accès, le fonctionnement et l'impact écologique des coupes forestières dans la réserve faunique Mastigouche. Je vous invite à me faire part de vos questions et de vos commentaires à l'adresse de courriel suivante : david.lefrancois@peche-reportage.com Au plaisir de vous lire
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