
L'accès au territoire est un sujet que j'aimerais approfondir dans ce blogue.
Essayer de remonter dans le temps avec moi. Penser à votre dernier voyage de pêche à votre lac favori. Imaginez-vous maintenant tenter d'y aller en 1905. Un petit siècle plus tôt, 3 générations seulement nous séparent de cette époque.
Premièrement en 1905 les automobiles n'étaient pas très nombreuses au pays. Les premiers Ford modèle T sont sortis des chaînes de montage en 1908. Ma destination favorite pour la pêche, le bassin de la rivière Rupert, est au nord-ouest de Chibougamau. Nous avons besoin de onze heures de route pour s'y rendre. Aussi bien vous dire qu'en 1905 il me serait carrément impossible d'y aller.
J'aime aussi me rendre dans la réserve Mastigouche. En 1905 Louiseville existait et j'aurais pu m'y rendre en train de Montréal. Par la suite un boggey avec un cheval aurait pu m'aider à m'approcher du lac Sacacomie. Ensuite j'aurais dû faire des portages et j'aurais pu atteindre le lac des Sorciers en canot! Mais je serais tombé sur un club privé!
L'accès n'est donc pas relié uniquement aux moyens de transport. A l'époque des clubs privés, très peu de canadiens avaient accès à l'arrière-pays. Et fort peu d'entre eux avaient du temps à consacrer à des loisirs comme la pêche. L'accés c'est aussi une question de revenu et de temps disponibles pour les loisirs.
Imaginez vous maintenant dans la peau de Jean Charest. Vous demandez à vos fonctionnaires de comptabiliser le nombre de kilomètres de route, de chemins forestiers et de sentiers de VTT au Québec. Et vous comparez le tout avec 1905. J'aimerais bien avoir ces chiffres à ma disposition. A votre avis quel est le rapport possible? Avons-nous 10 fois ou 100 fois plus de kilomètres de chemins et de route à notre disposition? Plus?
Pensez maintenant aux nombres de pêcheurs au Québec et au nombre d'agents de la faune en 2005 par rapport à 1905... Pensez aussi au nombre de braconniers et d'imbéciles pour qui les quota sont faits pour être défoncés.
Tous ce beaux monde et ces crottés ont un accès de plus en plus facile au territoire grâce aux voitures, aux SUV et aux 4X4. Plusieurs d'entre eux possèdent des VTT, des embarcations à moteurs, etc. On peut aller maintenant très aisément jusqu'à la Baie James à l'Ouest et jusqu'à Natasquan à l'Est par la route. Combien d'agents de la faune sont sur le terrain pour protéger nos lacs et nos rivières devant cet accès de plus en plus grand?
Si vous m'avez suivi depuis le début vous comprenez peut-être mieux maintenant pourquoi le réservoir Gouin voit sa qualité de pêche diminuer depuis des années, vous comprenez mieux pourquoi le lac St-Jean est maintenant une destination de pêche beaucoup moins populaire.
Je ne rêve pas au jour où l'on se frappait le nez sur des pancartes de clubs privés partout au Québec. Loin de là, l'opération déclubage des années 1970 pour moi est l'une de plus belles victoires des citoyens du Québec. Mais je pense sincèrement que l'augmentation de l'accès à nos ressources fauniques aurait dû aller de paire avec une augmentation du nombre des agents de la faune. C'est l'un de mes autres sujets d'intérêt sur lequel je vais revenir dans le futur... Pour moi les agents de la faune ne devrait pas être une espèce en voie de disparition!
Au plaisir de vous lire
David Lefrançois
Montréal