« Bonne nouvelle pour la majorité des propriétaires d'armes à feu | Accueil | Commerce illégal de viande de gros gibiers vu par André-A Bellemare »

Importante opération anti-braconnage

Manchette_Gazette copy.jpg


Revue de presse

Le quotidien anglophone montréalais The Gazette, samedi le 26 novembre 2005, faisait sa manchette sur une opération contre le commerce illégal de viande de gibiers menée par le service de Protection de la Faune du Québec. The Gazette jouait en première page sur deux colonnes: 22, 000 kg of poached game (22 000kg de gibier braconné). Un dossier passablement fouillé occupait la p. A4 du journal. C'est le seul quotidien à ma connaissance à avoir fait état de cette nouvelle en première page.

Le chroniqueur André-A Bellemare du journal Le Soleil a lui aussi mentionné cette saisie. Mais sa couverture a été fort différente. Je reviendrai sur son article plus tard sur mon blogue.

Un communiqué de presse diffusé sur l'agence Telbec nous donne les faits: "L'enquête a permis de mettre à jour un commerce illégal de chair de gros gibier opéré par l'entreprise à numéro 9143-2278 Québec inc. (Georges Carbonneau et Fils inc.), qui distribuait cette viande auprès d'épiceries de produits fins ainsi que chez divers restaurateurs".

"A la suite de pourparlers avec le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, la compagnie Georges Carbonneau et Fils inc. a reconnu sa culpabilité sur 71 chefs d'accusation, dont 66 chefs concernaient la vente illégale de chair de gros gibier, pour une amende totale de 125 297 $." (note 1)

Selon Mark Cardwell, qui est journaliste à la Gazette, il s'agirait de la plus grosse amende pour braconnage dans l'histoire du Québec. M. Cardwell précise que "la plupart de la viande saisie provenait des facilités de boucherie de la compagnie Georges Carbonneau et Fils de Saint-Hubert. La viande était soit volée aux chasseurs qui y amenaient leur gibier en toute légitimité, soit échangée pour services rendus. Cette pratique est illégale au Québec.

Une filiale de cette compagnie vendait de la viande de gibier dans des emballages de qualité à des entreprises à travers le Québec. Fait intéressant le caribou étant disponible commercialement au Québec, cette viande était identifiée correctement. Mais la viande d'orignal était vendu comme étant du bison. On a saisi de la viande dans plus de 60 commerces au Québec, surtout des restaurants et des épiceries fines. Aucun de ces commerces n'a été poursuivis parce que leur propriétaire ignorait que la viande était de source illégale.

Le dossier de la Gazette est intéressant parce qu'il informe le grand public sur l'existence du braconnage, les différentes formes de ce fléau et surtout sur l'ampleur du problème. M. Cardwell stipule "que des études faites au Canada estime que le gibier obtenu par braconnage équivaut environ à la même quantité que le gibier récolté légalement. Jean-Yves Desbiens, directeur intérimaire de l'agence de Protection de la Faune, et Jean-Pierre Caron, un agent de la faune récemment retraité, décrivent les différents types de braconniers dans l'article de la Gazette. "Certains tuent pour la viande, d'autres sont à la recherche de trophées et enfin plusieurs braconnent afin de faire des profits. "

"Les plus dangereux d'entre eux sont surnommés "les Bougons des bois". Ces gens considèrent les forêts, les lacs et les rivières québécoises comme leur réserve de nourriture. Ils vendent aussi de la viande de gibiers braconnés à leur communauté. Ces gens sont souvent les "petits rois" de leur village et ils font généralement d'autres types de commerces illégaux comme la vente de cigarettes, d'alcool ou de drogues."

M. Cardwell nous apprend que puisque "les lois provinciales de la conservation de la faune ne font pas partie du code criminel, les infractions pour le braconnage sont souvent limitées à des amendes, des suspensions de permis d'une durée allant jusqu'à deux ans et la confiscation parfois permanente d'armes à feu et de véhicules ayant servis aux activités illégales. Il précise que le Québec est le seul endroit au Canada où des agents de la faune ont été tués dans leurs fonctions.

L'article de la Gazette fait le portrait de l'évolution de la lutte contre le braconnage. Les moyens mis à la disposition des agents sont beaucoup plus évolués que dans le passé. Aujourd'hui ils profitent d'une formation de 20 semaines. On leur enseigne des méthodes d'enquêtes. Ils peuvent aussi profiter d'effort conjoint avec d'autres corps de métiers comme les policiers, les techniciens de la faune, les pourvoyeurs et les trappeurs.

Mais la situation n'est pas rose selon Paul Legault, un vétéran qui est aussi président du syndicat des agents de la faune, qui a été interviewé par la Gazette. "Les coupures de postes et les gels de salaire ont sapé le moral des agents et réduit l'efficacité des opérations anti-braconnage. Les officiers supérieurs prétendent que tout va bien mais dans les faits la situation est mauvaise et elle ne cesse de se détériorer. Le principal problème, selon le président du Syndicat des agents de conservation de la faune, est la réduction de 25% du nombre d'agents de la faune à temps plein. Plus de 160 postes ont été coupé depuis 1990. Ce facteur couplé à la coupure de 45 postes saisonniers de 2003 font en sorte que le nombre d'infractions données par les agents de la faune a baissé de 17 000 à 7000 par année. Il estime que les agents réussissent à arrêter 5% des braconniers. Il conclut en disant que si vous êtes un braconnier, vous serez vraiment malchanceux si vous êtes arrêté...


Vous pouvez lire l'excellent article de la Gazette sur leur site web si vous êtes abonné.

source: site des archives The Gazette

Cet article donne à réfléchir. Récemment deux agents de la faune sont décédés leur d'une patrouille aérienne. Plusieurs articles en font état sur le web. Le président du syndicat des agents de la faune, M. Legault, dans l'un d'eux précise: "Le problème, c'est qu'on manque d'effectif et de ressources, et c'est pour ça qu'on fait des patrouilles aériennes, a ajouté M. Legault. Le ministère nous a coupé 7 millions $ en trois ans, on a perdu 160 permanents depuis 10 ans, et on n'est plus que 475 pour couvrir tout le Québec. Et on continue de nous demander de faire le même travail qu'avant. Les agents sentent qu'il y a une pression énorme sur eux. Les saisonniers et ceux qui ont un statut précaire n'osent pas refuser de participer aux opérations, même si elles sont risquées, de peur de ne pas être réengagés. Prenez Nicolas Rochette. Il venait de se faire couper 10 jours sur son contrat. Et là, il vient de perdre la vie." (note 2)

Personnellement je dis souvent, avec un brin d'ironie, que les agents de la faune sont une espèce en voie de disparition. Je pratique la chasse et la pêche depuis plus de 25 ans maintenant. Et j'ai été en contact sur le terrain avec un agent de la faune environs 6 fois. J'ai été intercepté à l'âge de 15 ans alors que je roulais à vélo sur le 138 près de Baie-Comeau avec une canne à pêche dans un sac à dos. Dans la vingtaine, un intrépide agent de la faune a débarqué à notre camp de chasse fort isolé dans le secteur de la Pourvoirie du lac des îles près de Baie-Comeau. 20 ans plus tard j'ai été intercepté sur le lac Montjoie dans la réserve Papineau-Labelle. Imaginez 20 ans plus tard. Et pourtant je passe au minimum un mois par année en forêt pour chasser et pêcher.

C'est évident que je suis du même avis que le président du syndicat des agents de la faune. Il faut être malchanceux pour se faire intercepter en forêt. Un copain à qui je mentionnais cet article m'a posé une très bonne question: combien d'argent par année touchait Georges Carbonneau et Fils inc de ce commerce illégal? Le chroniqueur de chasse et pêche du Soleil, André-A Bellermare, a répondu à cette question dans son article du 24 novembre 2005. $200 000 ! Avec un tel revenu, on peut facilement payé un amende record de $125 000.

J'aimerais bien connaître la nature des pourparlers, mentionnés dans le communiqué de Telbec, qui ont amené la compagnie à reconnaître sa culpabilité. Pourquoi aucune personne physique n'a été mentionné? Qui sont les têtes dirigeantes de ce réseau? Si des chasseurs payaient leurs bouchers illégalement avec de la viande de gibier, pourquoi aucun chasseur n'a été poursuivi? Est-ce que des "Bougons des bois" fournissaient le grossiste en grande quantité? Voilà des questions qui demeureront probablement sans réponses.

Je tiens à vous mentionnez ce genre d'article parce que je me désole de constater que nos grands magazines spécialisés et plusieurs quotidiens ne font jamais ce genre de couverture. Quand avez-vous eu l'occasion de lire un tel dossier dans Sentier Chasse-Pêche ou Aventure Chasse et Pêche? Une étude disponible sur le site du MRNF précise que 3.4 million de québécois pratiquent des activités de plein-air. Parmi ceux-ci, 815 000 personnes vont à la pêche et 410 000 pratiquent la chasse. Il me semble que c'est un nombre suffisant de personnes pour que nos quotidiens ou de nos magazines fassent un travail journalistique adéquat pour cette clientèle? Le braconnage touche tous ces adeptes. Pourquoi n'en parle-t-on presque jamais?

Je reviendrai sur ce sujet assurément à l'avenir. D'ailleurs André-A Bellemare du Soleil, lui, à encore une fois bien fait son boulot. Son article mérite à lui seul une autre revue de presse...

N'hésiter pas à me donner vos commentaires sur cette article de la Gazette ou sur vos propres impressions sur la protection de la faune au Québec.


Au plaisir de vous lire

David Lefrançois
Montréal


Note 1: source: site du Min. des Ressources et de la Faune du Québec

Note 2: source: site de Cyberpresse Le Soleil

Poster un commentaire

(Si vous n'avez pas encore écrit de commentaire ici, vous devez être approuvé par le propriétaire du site avant que votre commentaire n'apparaisse. En attendant, il n'apparaîtra pas sur le site. Merci d'attendre).