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Canada in the rough - éthique à revoir

Media - Chasse

Bonjour à tous

Dès le lancement de ce blogue je vous ai souligné mon intérêt pour l’éthique des chroniqueurs et des intervenants dans le milieu de la chasse et de la pêche. Le 25 décembre 2005, je suis tombé sur une émission de télévision nommée « Canada in the rough » diffusée sur le réseau Global au Canada qui vaut la peine d’être mentionnée. Et malheureusement ce n’est pas uniquement pour de bonnes raisons! Cette nouvelle émission est un très beau cas ou l’éthique de l’animateur et du réalisateur pose un très gros problème. J’irais même jusqu’à dire que « Canada in the rough » entache la réputation de tous les chasseurs canadiens pour des raisons bassement commerciales.

Le réseau Global diffuse depuis septembre 2005 cette émission qui porte uniquement sur la chasse. Ce genre d’émission n’a pas son équivalent en français au Québec. Il est très difficile de faire un montage financier pour produire une émission de chasse de ce calibre. Sur le plan technique, l’émission « Canada in the rough » est une réussite totale. La qualité des images et du montage est irréprochable. La séquence d’ouverture de cette émission est particulièrement réussie. On peut voir que l'équipe a tourné dans des territoires de chasse exceptionnels. Leur site web possède une très belle mise en page, le contenu est informatif et fort intéressant si on veut en apprendre plus sur l'émission, les artisans, les commanditaires, etc. On peut voir rapidement qu’on a affaire à une équipe de production professionnelle. Ils ont trouvé une panoplie de commanditaires pour financer leurs tournages aux quatre coins du Canada; l’un d’eux est d’ailleurs Tourisme Québec. Je trouvais même l’animateur Thomas Pigeon plutôt sympathique au départ… Mais aujourd’hui, après avoir visionné trois épisodes, j’ai déchanté considérablement.

Lors de l’épisode intitulé « Velvet Caribou » diffusé le 25 décembre 2005 sur le réseau Global j’ai atteint mon point limite et j’ai soudain eu l’envie de crier sur tous les toits mon indignation. C'est incroyable ce qu'on a pu voir dans cette émission. Je suis un chasseur convaincu mais j'ai un sens de l'éthique contrairement à Thomas Pigeon qui anime "Canada in the rough". Un véritable chasseur se doit selon moi de tirer sur une bête uniquement dans des conditions où il aura l'assurance qu'il pourra abattre son gibier sans le faire souffrir inutilement.

On a pu voir tout le contraire dans l'épisode "Velvet Caribou". L'animateur de « Canada in the rough » a manqué plusieurs tirs à la caméra alors qu’il chassait à l’arc. Seul problème, le monsieur ne tirait pas sur des cibles, mais plutôt sur des caribous d’une harde de la rivière aux Feuilles près du Kuujuaq au Québec.

Mais ce n’est malheureusement pas le pire manque de jugement qu’on a pu voir dans cet épisode. Dans une séquence ultérieure, l’animateur rigole carrément devant sa série de tirs ratés! Je le cite et je traduis ses dires: "Je n'ai jamais eu autant de difficultés à tirer de ma vie. J'ai tiré trop haut, trop bas, en avant, et même nulle part près des animaux. » Puis il ajoute: « j'ai ajusté mes mires pour la chasse au cerf de Virginie à 10, 20 et 30 verges. La plupart de mes tirs ici ont été de 30 verges, en fait je n’ai jamais eu la chance de tirer à 30 verges, j’ai dû tirer à 45, 55 et même à 70 verges"... Et c’est sur ces commentaires qui démontrent un manque flagrant d’éthique chez cet animateur que le réalisateur à eu la brillante idée de nous faire revoir un tir manqué en reprise!. La flèche a passé à plus de 2 mètres derrière un beau caribou mâle, qui s'éloignait au trot de l'animateur. On voulait nous faire sourire des difficultés de M. Thomas Pigeon. Mais comment peut-on traiter si légèrement le fait de tirer sur un animal sans se préoccuper de le blesser et de le faire souffrir? Il est clair qu'on nous a montré ces séquences de chasse à l'arc pour une seule raison: faire la promotion des arcs et des flèches de certains commanditaires de l'émission.

Je ne pratique pas la chasse à l'arc. Mais j'ai appris quelques fondements de ce sport en accompagnant un copain en tant que vidéaste. Mon partenaire de chasse au cerf de Virginie, qui chasse aussi à l'arc depuis des années, considère qu'un tir de 40 verges est vraiment à la limite de l’acceptable. Il n’a d’ailleurs jamais tiré sur un cerf à cette distance de sa vie de crainte de blesser un animal.

Je dois avouer que j’ai moi-même déjà manqué un tir sur un animal dans un passé récent. C’est arrivé cet automne alors que je chassais le cerf de Virginie avec une arme à poudre noire que j’avais empruntée. Mais contrairement à M. Thomas Pigeon, je me suis trouvé vraiment stupide, après avoir manqué mon tir sur une jeune femelle sans la blesser, de chasser avec une arme avec laquelle je n’avais pas l’assurance d’être efficace. Après avoir trouvé aucune trace de sang en traquant cette bête sur la neige, je me suis promis de ne plus jamais chasser avec une arme avec laquelle je n’avais pas eu l'occasion de m'entraîner sur cible. De son côté M. Pigeon rigolait de ses inaptitudes avec son arc aux mires mal ajustées dans une émission diffusée d’un bout à l’autre du Canada. Bel exemple pour les chasseurs et encore une fois du matériel d'une qualité fantastique pour les anti-chasseurs...

Dans un autre épisode intitulé « Muskox Madness » on a pu voir le même animateur chassé le bœuf musqué à l'arc dans l'Arctique canadien. C’est clair que M. Thomas Pigeon n’avait pas peur de blesser une autre bête si sa flèche traversait de part en part le mâle qu’il visait ou s'il manquait carrément sa cible.

Le bœuf musqué a un drôle de comportement pour se protéger en cas d'attaque et surtout pour protéger ses petits. Les adultes forment simplement un cercle autour de leurs jeunes. C'est très efficace contre une meute de loup. Mais pas du tout contre un archer qui repère son gibier à l’aide d’une motoneige et qui fait uniquement la traque finale à pied ! Allez voir la photo sur ce site pour avoir une idée de la scène :

source : Association sportive de la chasse photographique française boeufs musqués en position défensive

M. Pigeon a choisi son "trophée" qui récupérait son souffle après une longue fuite, et il a tiré sur la bête à l'arrêt. C'était tout un trophée d'ailleurs selon M. Pigeon qui ne semblait porter vraiment attention qu’à une seule chose: "it's gotta be a book class animal". Son buck avait des bois dignes de faire un livre des records…

Comment peut-on être fier de descendre un animal stationnaire sur une pleine enneigée complètement à découvert qui défend bêtement ses petits? Vous me direz qu'une bête de cette grosseur peut charger! Un bœuf musqué peut effectivement charger parfois. Mais M. Thomas Pigeon avait un partenaire près de lui avec une carabine de gros calibre, un 375 H&H, pour le protéger en cas de danger... Je suis un chasseur qui adore son sport. Et cette émission là était une disgrâce selon moi. Les anti-chasseurs pourraient faire un sacré millage avec ce genre de vidéo.

Il y a deux semaines nous avons eu droit à une chasse au morse, une autre espèce qui semble plutôt facile à approcher, une fois localisée, selon les séquences qu'on a pu voir. La chasse s’est déroulée cette fois en bateau à moteur. L’équipage a pu accoster sur un îlot de glace sans que la petite bande de morses, à courte distance, ne se sentent en danger. C’est une chasse exotique, hors de prix probablement pour le commun des mortels, tout comme celle du bœuf musqué. Ces chasses semblent passablement difficiles à tourner pour la télévision à cause de la rareté du gibier, de la neige, du vent et du froid. Mais une fois que les bêtes sont repérées, si on y mets du temps, on peut s'en approcher pour capter des images très facilement.

Les inuits tirent de bons revenus de ce type de forfaits de chasse. Pour eux, un "safari" vendu à un étranger qui veut absolument un bœuf musqué ou un morse dans sa collection de trophée est évidemment très payant. C'est le seul point positif que je trouve à ce genre de chasse.

C'est malheureux que Thomas Pigeon et son équipe mettent ce genre de séquences de chasse en ondes à mon avis. Je me demande d'ailleurs comment ils sont arrivés à financer ces tournages dans l'Arctique? Les frais de production sont inversemment proportionnel au bassin de chasseurs intéressés par ces espèces. Ils ont de l'argent pour faire de très beaux tournages à des endroits extraordinaires. La caméra est opérée par un technicien qui s'y connaît et le montage est très professionnel. Mais le contenu lui et surtout le manque flagrant d’éthique de l'animateur et du réalisateur dans l'épisode "Velvet Caribou" nous amènent à se poser de sérieuses questions.

Plusieurs d’entre vous doivent se demander pourquoi je me plains et surtout se dire que je n’ai qu’à ne pas écouter cette émission si elle ne me plaît pas… Je réagis parce que je pense sincèrement que « Canada in the rough » entache la réputation des chasseurs canadiens à des fins bêtement commerciales. On se doit de faire en sorte que cette émission démontre à l’avenir un véritable respect du gibier dans ses tournages. Et je suis certain qu’on peut arriver à faire changer les choses si on y met l’effort.

Je vous invite donc à vous plaindre officiellement en premier lieu au réseau Global qui diffuse cette émission au Canada. Ensuite je vous invite à envoyer des courriels aux principaux commanditaires de l’émission. J’ai écrit à plusieurs d’entre eux et j’ai menacé de ne pas acheter leurs produits si rien ne change la saison prochaine. On peut trouver la liste des commanditaires de cette émission sur le site web suivant : http://www.canadaintherough.com/

Vous pouvez aussi écrire aux pourvoyeurs qui ont accueilli l’équipe de « Canada in the rough ». Dans le cas de « Velvet Caribou » la pourvoirie hôte était Hign North Outfitting :


Site de High North Outfitting
Courriel : hinorth@vianet.on.ca

J'ai envoyé un courriel à ce pourvoyeur cette semaine et je lui ai demandé pourquoi le guide qui accompagnait l'équipe de tournage de "Canada in the rough" avait laissé M. Pigeon prendre des tirs de 70 verges à l'arc sur des caribous. J'attends toujours une réponse à ma question.

J'ai aussi écrit à Tourisme Québec afin de savoir pourquoi ils commanditaient ce genre d'émission ou le respect du gibier était manquant. J'attends aussi une réponse d'eux. Si jamais Dodge ou Stoeger Canada ou n'importe quels commanditaires de cette émission à qui j'ai écrit me donne un jour leur point de vue, je le publierai intégralement sur mon blogue.

Enfin, je vous invite à écrire ce que vous pensez de l’éthique de chasse démontrée dans « Canada in the rough », directement à l’animateur M. Thomas Pigeon. Il semble que ce monsieur est bilingue. Vous pouvez le rejoindre par courriel à l'adresse suivante: info@dancingbuffaloproductions.com.

Au début de la présentation Global diffuse cet avis. "The following program contains scenes wich may not be suitable for children. Viewer discretion is advised." Disons qu'on devrait plutôt écrire selon moi: L'émission suivante contient des scènes qui ne conviendront pas à tous ceux pour qui le respect du gibier passe avant la promotion des produits de nos commanditaires...

Au plaisir de vous lire

David Lefrançois
Montréal

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