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juillet 15, 2006

Photoreportage Rupert 2006

Bonjour à tous

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Je fréquente le bassin de la rivière Rupert depuis bientôt 10 ans. La Rupert est la décharge du magnifique lac Mistassini. À sa tête, elle chemine en territoire protégé. Les cris et les clients de leurs pourvoiries sont les seuls à pouvoir y pêcher. Plus loin en aval, elle traverse une portion de la réserve faunique Mistassini pour ensuite parcourir une vaste région en territoire libre, puis le secteur Weh-Sees Indohoun, de nouveau un territoire libre et enfin des terres de catégorie II à son embouchure près de Waskaganish. C'est un véritable paradis pour les amateurs de pêche. On peut y capturer quatre espèces sportives différentes: brochet, grise, doré et parfois une belle mouchetée. Cet Eldorado pour un pêcheur n'est pas uniquement accessible aux biens nantis qui peuvent s'offrir des voyages en hydravion. On peut aussi accéder à la rivière Rupert par la route du Nord. Pour moi et mes partenaires, se rendre chaque année dans ce coin du Québec est un véritable pèlerinage, un voyage dans le temps, un retour dans la nature telle qu'elle était aux siècles passés. La rivière Rupert est très peu fréquentée, elle est demeurée vierge et sauvage pour le moment. Je vous invite à jeter un coup d'oeil sur notre coin de paradis qui sera sans doute profané par Hydro-Québec avant longtemps. Vous pouvez voir ci-haut un beau spécimen de doré capturé par mon copain Charles l'année dernière à la fin juillet.

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Après avoir fréquenté pendant trois ans le lac Mistassini, afin d'avoir plus de tranquillité, nous avons décidé d'aller beaucoup plus loin en aval sur la rivière Rupert dans un secteur difficile d'accès. Vous pouvez voir ci-dessus un magnifique coucher de soleil de notre site de campement qui donne sur le sud-est, de cette façon nous sommes protégés du vent d'ouest dominant qui peut provoquer de très grosses tempêtes parfois...

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Les bons endroits de pêche sont disséminés sur la rivière Rupert et les nombreux lacs qu'elle traverse. Lorsqu'on pêche le bassin de cette rivière, on a l'impression d'être dans un « désert aquatique » où les bonnes structures de pêche forment des « oasis ». Une grande partie du secteur est en effet constitué de hauts fonds où la pêche est médiocre en général. Les sites de pêche de premier plan sont éloignés les uns des autres. Nous utilisons un canot « freighter » pour accéder à nos secteurs de pêche. La navigation est dangereuse à cause des hauts fonds et des roches à fleurs d'eau. Ce type d'embarcation nous permet aussi de monter et descendre des rapides infranchissables pour les embarcations utilisées par les amateurs du lac Mistassini par exemple.

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Nous faisons plusieurs heures de bateau pour nous rendre à notre camp de base. Cet été nous avons eu la chance d'avoir du temps calme qui a favorisé notre déplacement. On peut voir ci-haut la vue magnifique de notre cuisine en plein air...

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Notre ami Robert pour rendre hommage aux ancêtres cris qui ont fréquenté ce secteur depuis des siècles a créé un totem. On peut distinguer une mâchoire de brochet, un devon et un crâne d'ours...

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Robert admire une belle grise que j'ai capturée lors de notre première journée de pêche à la fin juin 2006.

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Même prise sous un autre angle. Le temps était couvert la plupart du temps cette année. La température de l'eau était élevée. Nous avons utilisé surtout des devons pour pêcher la grise avec ou sans marcheur de fond. La grise pouvait être capturée en suspension à 20 ou 30 pieds ou carrément sur le fond entre 40 et 50 pieds.

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Ce devon-là a subi l'attaque d'un gros carnassier. Nous n'avions jamais vu des marques de dents aussi profondes laissées sur un poisson-nageur...


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C'est ce brochet de 14 livres qui a marqué le poisson-nageur de Charles. Celui-là ne fut pas remis à l'eau. Il nous a donné de très beaux filets...


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On peut aussi capturer de beaux dorés dans le bassin de la rivière Rupert.

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Ils sont en fait assez facile à capturer en bon nombre. C'est pourquoi nous pratiquons la remise à l'eau.

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On peut voir ci-dessus Charles aux prises avec une belle grise.

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Le touladi, tout particulièrement dans le Nord du Québec, est une espèce fragile. Nous pratiquons la remise à l'eau pour la préserver.

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Cette année nous avons fait une longue exploration d'un secteur en amont que nous ne connaissions pas. On peut voir ci-haut un des rares sites de campement qu'on a trouvé dans ce nouveau secteur. Un site de camping vraiment magnifique...


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Le secteur où nous allons sur la rivière Rupert est fréquenté depuis des siècles. Les cris et les voyageurs plus tard utilisaient la Rupert pour rejoindre la Baie d'Hudson. Les portages qu'ils ont marché avec leurs canots et leurs ballots de fourrure sur le dos sont toujours là bien visibles près des rapides. Notre territoire sur la Rupert est protégé par des rapides infranchissables pour le commun des pêcheurs. Les agents de la faune ne patrouillent jamais dans cette zone du Moyen Nord québécois. L'absence de protection justifie ma discrétion. C'est pourquoi je ne vous dévoilerai pas plus de précisions sur le secteur où nous allons sur la rivière Rupert. Vous pouvez voir ci-haut un exemple typique des rives dans ce coin de pays. Les bons sites de camping y sont très rares spécialement lorsque les eaux de la rivière Rupert sont hautes ...

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Le doré en juillet fréquente surtout les rives par 10 à 20 pieds de profondeur. Les secteurs rocheux sont particulièrement propices pour la capture de cette espèce. On peut voir ici Robert avec un doré de belle taille, une prise de près de 5 livres.

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Les devons capables de descendre à 30 pieds étaient de bons choix de leurres à la fin juin 2006 pour capturer la grise.

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Parfois les grises ont une robe plus foncée. Celle-ci a été prise dans une passe entre deux grands lacs. Les passes offrant plus de 60 pieds de profondeur à proximité sont rares, mais c'est ce type d'endroit qu'il faut rechercher pour pêcher la grise avec succès.

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De retour au campement, grâce à la glace sèche, nous avons pu varier notre menu tout au long de notre expédition de 10 jours. Des frites et du sanglier étaient au menu ce soir-là.

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Cette pointe à proximité d'une passe entre deux plans d'eau nous donne l'occasion de prendre régulièrement un très beau brochet qui monopolise cette structure propice à la chasse aux menés. Ce genre de structure mérite qu'on y revienne régulièrement.


Notre courte expédition a été un franc succès de nouveau cette année. La fin juin est un bon choix pour se rendre là-bas. La température est fraîche la nuit. L'eau de surface n'a pas encore atteint son maximum et la grise n'est pas toujours le ventre collé au fond. Les dorés commencent à être de nouveau dans leur secteur de chasse après la frai. La mouchetée est toujours difficile à prendre dans le secteur de la rivière Rupert que nous fréquentons. Il faut la pêcher en plein coeur des rapides. Vous pouvez voir ci-dessous la seule mouchetée que j'ai capturée en cinq expéditions là-bas. Elle est petite, mais elle m'a permis de prendre le grand chelem de la rivière Rupert: mouchetée, grise, brochet et doré.

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Plusieurs plantes étaient en pleine floraison.

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Nous avons droit à des soirées magnifiques à la fin juin 2006. À notre grand étonnement, le mercure a descendu jusqu'à quatre degrés celsius la nuit et il a atteint près de trente à deux reprises.

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De retour sur la route du Nord, nous avons laissé notre coin de paradis derrière nous. Mais cette année était la dernière où nous avions la certitude de nous rendre dans un secteur à l'état sauvage. Si Hydro-Québec arrive à convaincre les autorités concernées, la partie aval de la rivière Rupert, une bagatelle de 300 kilomètres, sera détournée à brève échéance pour que les gens du Sud puissent recevoir encore plus d'électricité par cette ligne à haute tension qui longe la route du Nord. La course effrénée à l'énergie de la société québécoise met en péril une des dernières rivières sauvages accessibles par la route. Je voute invite à signer une pétition en ligne pour tenter de sauver la magnifique rivière Rupert ou tout simplement pour marquer votre désaccord avec ce projet qui est malheureusement presque en chantier.


Pétition de Révérence Rupert

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Au plaisir de lire vos commentaires.

david.lefrancois@peche-reportage.com

juillet 10, 2006

Réflexions suite à mon voyage de pêche sur la rivière Rupert

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Bonjour à tous

Cette année nous avons décidé de visiter notre rivière favorite, la magnifique Rupert, à la fin juin. C’était une première pour nous. La pêche a été fructueuse, la température était fraîche et pluvieuse, ce qui nous a évité les feux de forêts de l’année dernière et certaines plantes étaient en floraison. La fin juin est beaucoup plus clémente que le début de la saison de pêche, période pendant laquelle nous avons même subi une tempête de neige de 48 heures dans le passé. Je fréquente le bassin de la rivière Rupert et le lac Mistassini depuis 1996. Nous y avons découvert un véritable coin de paradis pour un amateur de pêche et de nature à l’état sauvage. Malheureusement, Hydro-Québec a mis la rivière Rupert dans sa mire. La majeure partie du débit de la Rupert sera détourné avant longtemps vers la rivière Eastmain et la rivière La Grande où six centrales pourront augmenter le potentiel de production d’électricité d’Hydro-Québec à l’aide de l’apport des eaux de la Rupert.

Récemment j’ai lu dans un livre de l’excellent auteur américain John Gierach que l’on ne peut rien faire contre le progrès, on peut tout simplement ignorer son existence. C’est difficile à faire quand on fréquente une rivière comme la Rupert à moins de cesser de s’y rendre... Nous vouons un culte à cette rivière et à ses magnifiques rapides. La portion de 335 kilomètres entre la Baie James et le réservoir créé par le barrage d’Hydro-Québec sera perturbée à tout jamais. Des rapides seront inondés et transformés en réservoir ou en bassins. Ces rapides constituaient l’essentiel des écosystèmes qui permettaient à l’omble de fontaine de la souche Rupert de survivre et de se reproduire. C’est évident pour moi, simple amateur de pêche, que la mouchetée trophée de la Rupert est carrément en voie de disparition dans tout le secteur qui subira la baisse de débit suite aux travaux d’Hydro-Québec.

J’ai appris à vivre avec le progrès et ses impacts sur l’environnement. J’ai grandi sur les rives de la Manicouagan sur la Côte-Nord. J’ai travaillé comme guide pour Hydro-Québec. Je connais l’importance de l’énergie hydro-électrique pour notre économie. Je suis même fier qu’Hydro-Québec soit une société d’État et que ses profits servent à enrichir le peuple québécois. Mais je n’accepte pas qu’Hydro-Québec et sa formidable machine de relations publiques lave plus blanc que blanc. La rivière Rupert ne sera plus jamais la même, des écosystèmes seront détruits à jamais. Du côté d’Hydro-Québec on ne parle jamais de destruction. On utilise un vocabulaire polically correct pour faire passer la pilule plus aisément dans la population. On fait des études fleuves sur l’impact du projet de dérivation qui utilisent un vocabulaire incompréhensible et trompeur. Prenez le cas du débit écologique!

Je mange mes bas à chaque fois que je lis ces deux mots. Hydro-Québec dans sa croisade pour endormir la population veut nous faire croire qu’à la sortie du barrage qui dérivera 70% du débit de la Rupert vers le Nord, le débit restant sera suffisant pour assurer la conservation des écosystèmes en aval. Débit écologique! Pourquoi ne pas dire les vraies choses et parler d’un débit minimal pour faire taire les écologistes, les Cris et les pêcheurs?

Débit écologique! Hydro-Québec doit obtenir une autorisation selon la Loi sur les pêches pour « détériorer, perturber ou détruire l’habitat du poisson ». La loi, elle, est claire, les mots sont criants de vérité. Et concernant l’habitat de l’omble de fontaine, c’est certain qu’on parle de destruction de leurs niches écologiques. Sans rapides, comment les mouchetées pourront-elles survivre? Les mouchetées trophées étaient déjà rares dans ce secteur; sans rapides elles vont disparaître au profit des brochets, des grises et des dorés qui sont plus performants dans les réservoirs et les cours d’eau à petits débits.

J’aimerais bien entendre un jour un relationniste d’Hydro-Québec dire que son employeur détruit des écosystèmes. Pourquoi ne pas le dire publiquement alors que c’est bel et bien ce qu’ils font? C’est ça qui me tue le plus avec les campagnes de communication d’Hydro-Québec. Ils font tout pour que le public croie que leur énergie est TOTALEMENT Verte. L’hydro-électricité à moins d’impact sur l’environnement que le nucléaire, le gaz ou le charbon mais ne venez pas me dire que les mouchetées pourront survivre dans les réservoirs et les bassins créés par le projet de dérivation de la rivière Rupert!

Parlons en donc un peu des réservoirs. Dernièrement j’ai vu un publireportage diffusé à la télé qui vantait la qualité des paysages qu’offre le territoire d’une pourvoirie installée sur les rives du réservoir Manicouagan. Ce réservoir est immense, il a été formé dans les années 60 par la construction du barrage de Manic V. Il s’agit d’un réservoir de tête qui contrôle la majeure partie du débit de la rivière Manicouagan. Les rives d’un tel réservoir sont affreusement saccagées par le marnage. La différence de niveau d’eau, qui varie selon les saisons, la demande en énergie, le turbinage, etc., détruit année après année les rives d’un réservoir. Et notre animateur de télévision nous montrait des paysages d’une laideur inimaginable en nous disant dans sa narration exagérée comment la vue offerte aux pêcheurs était magnifique. Je me suis dit tout de suite que cet individu disait n’importe quoi pour garder sa commandite d’Hydro-Québec.

Mais je crois aussi qu’il pouvait aussi être en partie sincère. C’est incroyable, mais pour bien des pêcheurs les rives détruites d’un réservoir sont belles malgré tout! Les pêcheurs ne voient plus les centaines de milliers d’arbres morts qui jonchent les rives. Ils ne voient plus les rives ensablées ou boueuses où rien ne peut pousser à cause du marnage, ils ne pensent plus aux frayères qui ont été détruites à jamais... Et si ce n’était des leurres qu’ils perdent en plus grand nombre, les pêcheurs ne seraient même pas conscients que des milliers de kilomètres carrés de forêts ont été inondés par la création du réservoir.

Je ne veux pas entrer dans les détails, mais une forêt submergée par les eaux d’un réservoir cause un sacré problème de libération de mercure de l’environnement. Insidieusement le mercure se retrouve dans la chaîne alimentaire. La consommation des poissons, particulièrement celle des carnassiers comme le brochet, la grise et le doré devient de plus en plus dangereuse. Hydro-Québec ne met évidemment pas le focus sur ce problème de mercure dans les pages de publicité qu’elle achète dans nos revues de pêche pour vanter son énergie verte…

C’est triste, mais l’année prochaine les travaux d’Hydro-Québec risquent d’être amorcés pour de bon sur ma rivière favorite. La rivière Rupert ne sera plus jamais la même. Et le pire c’est que tout le monde s’en fout. Tout ce qui compte vraiment, c’est que la facture d’Hydro-Québec demeure la moins élevée possible!
Et ça, l’armée de relationnistes d’Hydro-Québec nous le rentre dans le crâne avec une efficacité redoutable.

Hydro-Québec va dériver la Rupert et je vais vivre avec ce foutu projet. Mais de grâce, vous qui travaillez au service des relations publiques de notre société d’État, ne tentez pas de me faire croire que votre projet de dérivation n’aura pas d’impacts majeurs sur mon secteur de pêche favori. Arrêtez de nous prendre pour des cons.

J'invite tous ceux qui sont d'avis que ce projet d'Hydro-Québec ne devrait jamais avoir lieu à signer la pétition en ligne sur le site web suivant:

Pétition de Révérence Rupert


Au plaisir de vous lire

David.lefrancois@peche-reportage.com