Réflexions suite à mon voyage de pêche sur la rivière Rupert

Bonjour à tous
Cette année nous avons décidé de visiter notre rivière favorite, la magnifique Rupert, à la fin juin. C’était une première pour nous. La pêche a été fructueuse, la température était fraîche et pluvieuse, ce qui nous a évité les feux de forêts de l’année dernière et certaines plantes étaient en floraison. La fin juin est beaucoup plus clémente que le début de la saison de pêche, période pendant laquelle nous avons même subi une tempête de neige de 48 heures dans le passé. Je fréquente le bassin de la rivière Rupert et le lac Mistassini depuis 1996. Nous y avons découvert un véritable coin de paradis pour un amateur de pêche et de nature à l’état sauvage. Malheureusement, Hydro-Québec a mis la rivière Rupert dans sa mire. La majeure partie du débit de la Rupert sera détourné avant longtemps vers la rivière Eastmain et la rivière La Grande où six centrales pourront augmenter le potentiel de production d’électricité d’Hydro-Québec à l’aide de l’apport des eaux de la Rupert.
Récemment j’ai lu dans un livre de l’excellent auteur américain John Gierach que l’on ne peut rien faire contre le progrès, on peut tout simplement ignorer son existence. C’est difficile à faire quand on fréquente une rivière comme la Rupert à moins de cesser de s’y rendre... Nous vouons un culte à cette rivière et à ses magnifiques rapides. La portion de 335 kilomètres entre la Baie James et le réservoir créé par le barrage d’Hydro-Québec sera perturbée à tout jamais. Des rapides seront inondés et transformés en réservoir ou en bassins. Ces rapides constituaient l’essentiel des écosystèmes qui permettaient à l’omble de fontaine de la souche Rupert de survivre et de se reproduire. C’est évident pour moi, simple amateur de pêche, que la mouchetée trophée de la Rupert est carrément en voie de disparition dans tout le secteur qui subira la baisse de débit suite aux travaux d’Hydro-Québec.
J’ai appris à vivre avec le progrès et ses impacts sur l’environnement. J’ai grandi sur les rives de la Manicouagan sur la Côte-Nord. J’ai travaillé comme guide pour Hydro-Québec. Je connais l’importance de l’énergie hydro-électrique pour notre économie. Je suis même fier qu’Hydro-Québec soit une société d’État et que ses profits servent à enrichir le peuple québécois. Mais je n’accepte pas qu’Hydro-Québec et sa formidable machine de relations publiques lave plus blanc que blanc. La rivière Rupert ne sera plus jamais la même, des écosystèmes seront détruits à jamais. Du côté d’Hydro-Québec on ne parle jamais de destruction. On utilise un vocabulaire polically correct pour faire passer la pilule plus aisément dans la population. On fait des études fleuves sur l’impact du projet de dérivation qui utilisent un vocabulaire incompréhensible et trompeur. Prenez le cas du débit écologique!
Je mange mes bas à chaque fois que je lis ces deux mots. Hydro-Québec dans sa croisade pour endormir la population veut nous faire croire qu’à la sortie du barrage qui dérivera 70% du débit de la Rupert vers le Nord, le débit restant sera suffisant pour assurer la conservation des écosystèmes en aval. Débit écologique! Pourquoi ne pas dire les vraies choses et parler d’un débit minimal pour faire taire les écologistes, les Cris et les pêcheurs?
Débit écologique! Hydro-Québec doit obtenir une autorisation selon la Loi sur les pêches pour « détériorer, perturber ou détruire l’habitat du poisson ». La loi, elle, est claire, les mots sont criants de vérité. Et concernant l’habitat de l’omble de fontaine, c’est certain qu’on parle de destruction de leurs niches écologiques. Sans rapides, comment les mouchetées pourront-elles survivre? Les mouchetées trophées étaient déjà rares dans ce secteur; sans rapides elles vont disparaître au profit des brochets, des grises et des dorés qui sont plus performants dans les réservoirs et les cours d’eau à petits débits.
J’aimerais bien entendre un jour un relationniste d’Hydro-Québec dire que son employeur détruit des écosystèmes. Pourquoi ne pas le dire publiquement alors que c’est bel et bien ce qu’ils font? C’est ça qui me tue le plus avec les campagnes de communication d’Hydro-Québec. Ils font tout pour que le public croie que leur énergie est TOTALEMENT Verte. L’hydro-électricité à moins d’impact sur l’environnement que le nucléaire, le gaz ou le charbon mais ne venez pas me dire que les mouchetées pourront survivre dans les réservoirs et les bassins créés par le projet de dérivation de la rivière Rupert!
Parlons en donc un peu des réservoirs. Dernièrement j’ai vu un publireportage diffusé à la télé qui vantait la qualité des paysages qu’offre le territoire d’une pourvoirie installée sur les rives du réservoir Manicouagan. Ce réservoir est immense, il a été formé dans les années 60 par la construction du barrage de Manic V. Il s’agit d’un réservoir de tête qui contrôle la majeure partie du débit de la rivière Manicouagan. Les rives d’un tel réservoir sont affreusement saccagées par le marnage. La différence de niveau d’eau, qui varie selon les saisons, la demande en énergie, le turbinage, etc., détruit année après année les rives d’un réservoir. Et notre animateur de télévision nous montrait des paysages d’une laideur inimaginable en nous disant dans sa narration exagérée comment la vue offerte aux pêcheurs était magnifique. Je me suis dit tout de suite que cet individu disait n’importe quoi pour garder sa commandite d’Hydro-Québec.
Mais je crois aussi qu’il pouvait aussi être en partie sincère. C’est incroyable, mais pour bien des pêcheurs les rives détruites d’un réservoir sont belles malgré tout! Les pêcheurs ne voient plus les centaines de milliers d’arbres morts qui jonchent les rives. Ils ne voient plus les rives ensablées ou boueuses où rien ne peut pousser à cause du marnage, ils ne pensent plus aux frayères qui ont été détruites à jamais... Et si ce n’était des leurres qu’ils perdent en plus grand nombre, les pêcheurs ne seraient même pas conscients que des milliers de kilomètres carrés de forêts ont été inondés par la création du réservoir.
Je ne veux pas entrer dans les détails, mais une forêt submergée par les eaux d’un réservoir cause un sacré problème de libération de mercure de l’environnement. Insidieusement le mercure se retrouve dans la chaîne alimentaire. La consommation des poissons, particulièrement celle des carnassiers comme le brochet, la grise et le doré devient de plus en plus dangereuse. Hydro-Québec ne met évidemment pas le focus sur ce problème de mercure dans les pages de publicité qu’elle achète dans nos revues de pêche pour vanter son énergie verte…
C’est triste, mais l’année prochaine les travaux d’Hydro-Québec risquent d’être amorcés pour de bon sur ma rivière favorite. La rivière Rupert ne sera plus jamais la même. Et le pire c’est que tout le monde s’en fout. Tout ce qui compte vraiment, c’est que la facture d’Hydro-Québec demeure la moins élevée possible!
Et ça, l’armée de relationnistes d’Hydro-Québec nous le rentre dans le crâne avec une efficacité redoutable.
Hydro-Québec va dériver la Rupert et je vais vivre avec ce foutu projet. Mais de grâce, vous qui travaillez au service des relations publiques de notre société d’État, ne tentez pas de me faire croire que votre projet de dérivation n’aura pas d’impacts majeurs sur mon secteur de pêche favori. Arrêtez de nous prendre pour des cons.
J'invite tous ceux qui sont d'avis que ce projet d'Hydro-Québec ne devrait jamais avoir lieu à signer la pétition en ligne sur le site web suivant:
Au plaisir de vous lire
David.lefrancois@peche-reportage.com
Commentaires
Bonjour Mr. Lefrançois,
Très belle réflexion. Je comprends votre frustration et j'appuie vos écrits à ce sujet.
Je suis hors Province depuis plus de 18 ans maintenant. Je visite régulièrement le Québec et d'année en année je ne peux m'empêcher de discerner les changements écologiques causés par les grosses compagnies forestières; à titre d'exemple, les coupes à blanc à n'en plus finir.
Chaque Province ont leurs ressources naturelles, le Québec c'est l'hydro-électrique, le bois d'oeuvre et jusqu'à un certain point, les mines. La convoitise de ces ressource ont tous un impact sur l'environnement et c'est dommage. Chez nous c'est l'huile, vous pouvez donc vous imaginer le genre de cochonnerie que ça laisse une fois que la totalité de l'huile est extirpée du sol.
Je vous souhaite bonne chance avec votre pétition.
Dominic Imbeau.
Alberta
Postée le: Dominic Imbeau | juillet 11, 2006 04:43 PM