Un clou de plus dans le cercueil de la rivière Rupert

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs annonçait vendredi dernier qu’il autorise de son côté la dérivation de la Rupert. Dans un communiqué de presse, le ministre Claude Béchard déclare que son ministère a délivré un certificat d’autorisation permettant à Hydro-Québec de détourner la rivière Rupert. Toutefois, ce projet qui menace toute la portion aval de la magnifique rivière Rupert sur plus de 300 kilomètres n’est pas encore confirmé par l’ensemble des intervenants concernés. « Par ailleurs, la pleine réalisation de ce projet sera possible à la suite des autorisations délivrées par Pêches et Océans Canada et Transports Canada subséquentes au dépôt du rapport final de la Commission fédérale d’examen, a souligné le ministre Claude Béchard. »
Pour plus de détails vous pouvez consulter le communiqué de presse du ministre Claude Béchard via le lien suivant: Québec délivre le certificat d'autorisation
Le 31 octobre 2006, le Comité provincial d’examen, le COMEX, a recommandé au gouvernement du Québec la réalisation du projet de dérivation de la portion aval de la rivière Rupert. Le COMEX tient le rôle du BAPE pour tous les projets touchant le territoire de la Baie James. Le COMEX inclut dans son rapport 97 recommandations et réclame des modifications aux projets initiaux d’Hydro-Québec. Ce rapport précise que « Les audiences publiques, tenues sur le projet et ses impacts, ont révélé que la société crie, (…) est divisée sur le projet. » Aux dernières nouvelles, un référendum est toujours prévu avant la fin 2006 dans trois communautés cries qui seront touchées par ce projet : Chisasibi, Nemaska et Waskaganish.
Hydro-Québec souhaite turbiner une large part du débit de la rivière Rupert. Pour se faire, Hydro-Québec souhaite construire de nombreux ouvrages qui détourneront plus de la moitié du débit de la rivière Rupert vers la Grande Rivière. Le rapport du COMEX est riche en information, on peut y lire que : « Cette réduction de débit oscillera entre 71 % au point de dérivation et 51 % à l’embouchure dans la baie de Rupert par rapport au débit moyen annuel. Malgré le maintien d’un régime de débits réservés, la restitution d’un débit correspondant à l’hydrogramme moyen naturel dans les rivières Lemare et Nemiscau et la construction de 9 ouvrages de contrôle le long du tronçon à débit réduit, il est indéniable que l’aspect de la rivière changera et que ces modifications anticipées suscitent des questions et des inquiétudes de la part des utilisateurs. » Le rapport du COMEX mentionne aussi que « la diminution du débit dans 314 km de la rivière Rupert aura des impacts indéniables sur un ensemble de facteurs, dont la faune piscicole, le paysage, la navigation et la pratique des activités traditionnelles. »
Je fréquente le bassin de la rivière Rupert depuis des années. Pour ma part, je me demande si les routes d’accès à tous ces barrages, ces digues et ces ouvrages de contrôle ne favoriseront pas une augmentation trop grande de l’accès à la rivière Rupert. (voir carte en format .pdf) Les cours d’eau du Nord du Québec sont fragiles même à l’état naturel. Si ces routes sont à accès libre, il est clair et certain que de nombreux pêcheurs sportifs, des cris et des braconniers vont pouvoir les utiliser pour accéder à des secteurs déjà fragilisés par le détournement de la Rupert. Je ne vois dans ce projet rien de bon pour assurer la continuité de la qualité de pêche dans la rivière Rupert.
Au plaisir de vous lire
David Lefrançois
david.lefrancois@peche-reportage.com