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Réplique à André Pratte de la Presse qui estime que le détournement de la Rupert aura un impact minime sur les poissons!

Media - réplique à André Pratte - éditorialiste au quotidien La Presse

J'ai écrit une réplique à André Pratte au sujet du détournement de la Rupert. M. Pratte ne m'a même pas envoyé d'accusé de réception. J'ai décidé de faire parvenir un texte au forum des lecteurs de La Presse. Faute d'être publié jusqu'à maintenant dans le quotidien montréalais, j'ai décidé de mettre en ligne ma réplique. Je pense que ce texte donne certaines pistes de réflexion qui pourrait intéresser des amateurs de pêche:

Dans un texte publié le mercredi 13 décembre 2006, l'éditorialiste André Pratte prenait position en faveur de la réalisation du projet du détournement de la rivière Rupert. M. Pratte soulignait avec propos que le projet d'Hydro-Québec prévoit un détournement partiel de la rivière Rupert, il écrivait:

« Le débit moyen sera certes beaucoup plus faible mais différents ouvrages permettront d'en maintenir le niveau, de sorte que l 'impact sur les poissons sera minime."

M. Pratte à le droit à ses opinions mais l'emploi du mot minime m'a fait sursauté... Minime : très petit, peu important, infime ou insignifiant selon le Robert.

Pensez-vous sérieusement M. Pratte qu'une réduction de 71% du débit de la Rupert au point de dérivation aura un impact minime sur les poissons? Pensez-vous que le fait que 188 kilomètres carrés de forêts seront inondés sur pieds en amont du point de dérivation aura un impact minime pour les poissons dans le secteur des biefs. Faits que vous omettez de mentionner faute d'espace j'imagine... Des millions de dollars ont été investis dans des études d'impact qui nous informent sur les répercussions anticipées du détournement de la rivière Rupert. Avez-vous vraiment pris le temps d'en parcourir quelques unes?

J'ai tiré du rapport du COMEX quelques extraits qui nous donne le point de vue de cris de Nemaska qui ont vu de leurs propres yeux les impacts sur la rivière Eastmain des ouvrages d'Hydro-Québec:

« 3.3.1 LES COMMENTAIRES GÉNÉRAUX
C'est à la lumière des impacts et des changements découlant des aménagements hydroélectriques du complexe La Grande et, plus spécifiquement, des projets ayant touché la rivière Eastmain depuis le début des années 1980, que les résidents de cette communauté ont fait des commentaires et ont discuté de leurs préoccupations à l'égard du projet actuellement à l'étude. Dans ce contexte particulier, certains des commentaires exprimés par les personnes font un parallèle entre les impacts subis depuis la dérivation de la rivière Eastmain et les impacts anticipés pour la rivière Rupert (par exemple, les impacts ayant trait à la qualité de l'eau, à la faune, aux sentiments de perte et à la culture traditionnelle). À cet égard, deux participants cris ont exprimé les points de vue suivants, partagés par plusieurs autres résidents, concernant les changements qu'ils ont connus à la suite des travaux de dérivation de la rivière Eastmain : « Avant, les gens allaient à la pêche [sur la rivière Eastmain]. Ils mettaient leurs filets, ils allaient chercher leur eau de consommation. Les enfants se baignaient là-dedans. […] C'est quelque chose avec laquelle notre communauté voisine [Waskaganish] sera confrontée. […] Il y aura moins de pêche sur la rivière Rupert devant leur communauté, directement devant. […] J'ai vu des photos de la rivière Eastmain, la belle couleur de la rivière. Si vous venez visiter notre communauté pendant l'été ou au printemps, vous verrez que l'eau n'est pas vraiment claire. Vous voyez la couleur brunâtre de la rivière. […] Aujourd'hui les gens vont à peine voir la rivière Eastmain, même si c'est juste à côté de notre communauté. Je ne vois jamais les aînés ou les jeunes faire du canot sur la rivière, parce que c'est, bien, l'eau est sale et puis on ne peut plus y faire la pêche. En tant que jeune personne, je voulais exprimer mes sentiments en voyant la mort lente de la rivière Eastmain » (VAP9, p. 49-51).

« Je veux aussi parler de la rivière Eastmain. Maintenant les vannes ont été fermées et c'est barré. Ce que nous avons ressenti, je suis sûre que c'est ce que ressentira la communauté de Waskaganish si le projet va de l'avant. […] Maintenant, ce que nous voyons, c'est que c'est juste au milieu de la rivière qu'il y a des eaux profondes, et là où nous nous promenions en bateau, c'est sec, nous voyons des arbres où nous pagayions avant, parce que la rivière est devenue sèche avec les barrages. Elle n'est plus large et libre comme elle l'était avant et c'est exactement ce que la communauté de Waskaganish verra et ressentira. Ils verront et vivront les mêmes choses que nous avons connues, ils vont sans doute voir les eaux salées remonter en amont. Ça arrivera, car nous l'avons vécu. On ne pourra plus prendre du poisson là où on le prenait avant et la communauté de Waskaganish se sentira ainsi. Ils ne pourront plus faire la pêche où ils la faisaient autrefois, là où ils posaient leurs filets […] les gens de Waskaganish ressentiront les impacts comme nous les avons ressentis » (VAP10, p. 14-15).


Voici un deuxième commentaire d'un cri de Chisasibi qui a vu, lui, les résultats des ouvrages d'Hydro-Québec sur la Grande Rivière :

" Parmi les lieux de pêche traditionnels touchés par la phase 2 des aménagements hydroélectriques du complexe La Grande, plusieurs Cris ont parlé des Premiers Grands Rapides, qui n'existent plus depuis la construction de la centrale LG-1. Considéré comme étant un lieu de rassemblement très important par les résidents de la communauté, où ils pouvaient s'approvisionner en poissons, l'un d'entre eux a fait un parallèle entre ce lieu et le site de pêche de Smokey Hill situé sur la rivière Rupert :
« Chisasibi avait dans le temps un endroit comparable à Smokey Hill pour Waskaganish. Mais, nous, ça s'appelait les Premiers Rapides, là où il y a maintenant LG-1. Évidemment, ce lieu n'existe plus puisqu'il y a un barrage à la place. Et, on pouvait y aller et attraper du cisco en bonne santé, bon à manger, alors que maintenant on trouve des poissons qui sont porteurs de mercure » (VAP40,p. 59)."


Source : http://www.mddep.gouv.qc.ca/evaluations/eastmain-rupert/rapport-comexfr/Rapport.pdf


Pensez-vous M. Pratte pouvoir convaincre ces cris de Nemaska et de Chisasibi que l'impact des ouvrages d'Hydro-Québec sur les poissons de la rivière Rupert sera minime?

Que faites-vous de l'augmentation des taux de mercure chez les poissons et des dangers pour les cris, tout particulièrement pour les aînés, qui font souvent fi des quotas mensuels de consommation par espèce ? Avez-vous lu l'opinion divergente de Mme Jocelyne Beaudet, l'une des membres de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale, que vous omettez aussi de mentionner dans votre éditorial faute d'espace encore une fois j'imagine... M. Jocelyne Beaudet écrit en parlant de la hausse du taux de mercure dans les poissons :

« Nous sommes devant un impact qui s'achève à Chisasibi et à Wemindji, devant des restrictions qui s'ajoutent à celles déjà exigées par le projet Eastmain-1, devant des restrictions supplémentaires de consommation déjà imposées par la présence naturelle du mercure dans l'environnement et des restrictions importantes pour les sous-groupes à risque. L'impact cumulatif résiduel en ce qui a trait au mercure existe donc. Puisque les solutions proposées sont des restrictions de consommation supplémentaires sur une période de 29 ans, cet impact peut être qualifié de négatif et, en raison de son éventualité certaine, il peut être considéré comme de majeur. »

source : http://www.ceaa-acee.gc.ca/010/0001/0001/0017/opinion_f.htm

Je m'arrête ici. Je peux comprendre que les partisans de ce projet sont d'avis qu'il est nécessaire pour l'avenir économique du Québec. Mais n'essayer pas svp de me faire croire que l'impact du détournement de la rivière Rupert sera minime sur les poissons…

M. Pratte terminait ainsi son éditorial:

"Jamais Hydro-Québec n'aura fait autant d'efforts pour tenir compte des préoccupations des autochtones et des écologistes. Si en dépit de cela, l'opposition réussit à empêcher la réalisation du projet de la Rupert, le Québec devra tout simplement tirer un trait sur tout développement hydroélectrique futur."

Votre conclusion n'est-elle pas un peu trop alarmiste? Est-ce que la fin du projet Grande-Baleine nous empêche aujourd'hui de planifier le détournement de la magnifique rivière Rupert? En quoi la fin du projet Grande Baleine à empêcher Hydro-Québec d'harnacher la rivière Eastmain puis la Sainte-Marguerite sur la Côte-Nord pour ne nommer que ces deux projets récents? Les arguments des écologistes sont de plus en plus entendus, fort bien, peut-être qu'un jour vous aussi vous les entendrez et que vous aurez la décence d'exclure l'adjectif minime pour décrire les impacts sur les poissons du détournement d'une rivière vierge par Hydro-Québec.

Il y a des rivière au Québec M. Pratte qui mérite d'être protégée à tout jamais. La rivière Moisie sur la Côte-Nord a été sauvée par les écologistes des griffes d'Hydro-Québec. La rivière Rupert mérite elle-aussi pour de nombreuses raisons d'être conserver à son état naturel à tout jamais. Je conclus par un second extrait de l'opinion dissidente de Mme Jocelyne Beaudet: "Le projet de création du parc national Albanel-Témiscamie-Otish, qui est représentatif de la forêt boréale et qui comprend l'amont de la rivière Rupert, aurait dû inclure cette rivière jusqu'à son embouchure."

Souhaitons-nous pour 2007 que cette idée fantastique puisse se réaliser à l'avenir. Les cris ont sauvé la rivière Grande-Baleine. Je nous souhaite, contrairement à M. Pratte, que les nombreux cris qui sont contre le projet de détournement de la rivière Rupert arriveront à faire reculer Hydro-Québec...


David Lefrançois
Montréal

-30-

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