
Un après-midi de la fin mars alors que l'hiver ne voulait pas laissé sa place au printemps je suis passé à un kiosque de revues et journaux pour me procurer la revue Pêche à la mouche Destinations d’avril-mai 2007. J'avais fait le même geste en plein coeur de l'hiver en début d'année pour acheter l'édition de ce magazine de janvier 2007. C’est la première fois que cette revue compte deux éditions. Quant à moi, j’en prendrais deux fois plus... D'ailleurs, l’éditeur de ce magazine, François Boulet, a laissé entendre dans un segment de l'émission Rendez-vous chasse et pêche, qu’il songeait à augmenter en 2008 le nombre de parutions de son magazine! J’estime que cette revue est intéressante à plus d’un point de vue. La présentation graphique est jolie et épurée, les textes ne sont pas sans qualité et évidemment le contenu est ciblé sur un thème bien défini : la pêche à la mouche. Ce magazine a aussi quelques défauts qui seraient faciles à corriger pour en faire une publication dans une classe à part sur la pêche au Québec...
Comme son nom l’indique, ce magazine porte avant tout sur des destinations. Mais j’apprécie aussi la philosophie de conservation qui est sous-jacente au contenu publié dans ce magazine. L’éditeur François Boulet prône par exemple la remise à l’eau comme la plupart des collaborateurs dont il s’est entouré. Les destinations couvertes sont variées. En général, on parle de destination de moyen à haut de gamme. Cette année nous avons eu droit à des récits de voyage dans une pourvoirie située dans les monts Valin, à deux sorties dans la réserve faunique des Laurentides, à des expéditions plus exotiques dans le bassin de la rivière Caniapiscau et sur la rivière Payne... M. François Boulet préconise la pêche aux poissons indigènes et choisit avant tout des destinations où l'on pratique une gestion de l’offre de pêche plutôt que l’ensemencement à outrance.
Je pêche rarement à la mouche, en fait pour être franc, je ne pêche pratiquement jamais avec mes cannes à mouche. Pourtant, je trouve ce magazine fort intéressant. À part plusieurs rivières à saumon, c’est plutôt rare au Québec qu’une destination soit accessible exclusivement aux moucheurs. Je trouve donc beaucoup d’information dans ce magazine sur des destinations qui peuvent aussi accueillir des pêcheurs qui comme moi utilisent surtout un lancer léger.
Pour en savoir plus sur le magazine Pêche à la mouche Destinations, j'ai envoyé de nouveau une bouteille à la mer qui prenait la forme d'un courriel adressé à l'éditeur du magazine M. François Boulet. Mes questions étaient simples et directes et j'ai ciblé le sujet qui m'intéresse tout particulièrement : l'éthique journalistique. Dès le lendemain, soit le 29 janvier dernier, une réponse m'est parvenue de sa part. M. Boulet a répondu indirectement à la plupart de mes questions sans trop se défiler...
Bonjour M. Boulet
Je lis votre magazine depuis sa création. Je suis très heureux d'apprendre que vous publierez deux éditions en 2007. J'aimerais présenter votre magazine au lecteur de mon blogue. Je m'intéresse particulièrement à l'éthique journalistique et j'ai quelques questions à vous poser...
1) Comme pour la plupart des magazines spécialisés en pêche au Québec vous ne mentionnez pas si vous êtes invités par les pourvoiries que vous nous présentez. Est-ce que le magazine Pêche à la mouche finance à 100 % les frais de séjour de ses collaborateurs sur le terrain? Dans la négative, pourquoi ne précisez-vous pas à vos lecteurs que les pourvoiries participent aux frais des reportages comme le quotidien le Soleil le fait pour les articles de M. André-A Bellemare par exemple?
2) Vous parlez en p.40 de l'édition de janvier de la politique éditoriale de votre magazine, pouvez-vous me donner plus de détails sur cette politique?
R : « Les 22,000 lecteurs de ma revue désirent connaître les meilleures destinations de pêche au Québec et ailleurs, pour pratiquer leur sport préféré. Je dirige une entreprise à but lucratif, ce qui n'est pas votre cas et c'est tout à fait correct. 75 % des pourvoiries et territoires (plus de 700, au Québec seulement) ne sont même pas sollicités pour participer dans ma revue, car ils n'ont pas les critères de base que mes lecteurs exigent, à savoir : une gestion de pêche serrée orientée sur la remise à l'eau et le développement durable; des espèces indigènes, et non du “put and take” et des infrastructures de première qualité.
J'ai parcouru votre site internet (NDLR : www.peche-reportage.com) et près de la moitié des photos font “étalage” de dizaines de poissons-morts et de beaux gros quotas. C'est votre choix et c'est correct aussi. Mes lecteurs désirent une approche différente : pour eux, la pêche ce n'est surtout pas juste “pogner” du poisson. La crédibilité d'une publication est en étroite relation avec sa politique éditoriale. Relisez les éditoriaux précédents et vous verrez à quelle enseigne l'éditeur réside.
Les lecteurs me font confiance, car ils savent que les destinations et sujets présentés sont en droite ligne avec cette politique éditoriale que je défends : je reçois chaque année environ deux fois plus d'offres de reportages que j'en publie. La priorité du lecteur est d'avoir l'heure juste. Les collaborateurs sont payés au mérite et sur publication de leur texte seulement; le contrôle de la qualité de la revue l'exige.
En 5 ans, je n'ai pas encore reçu un seul courriel ou téléphone d'un seul lecteur me disant que l'information et le jugement porté sur une des destinations choisies étaient erronés ou exagérés... au contraire.
Côté éthique journalistique; je suis le seul qui est “invité” à titre d'éditeur et dans certains cas seulement : l'an passé, un endroit que j'ai visité et qui n'a pas du tout livré “la marchandise” a vu son article non publié et le coût du forfait remboursé de ma poche. L'éthique en business, c'est çà. »
Fin des citations

M. Boulet m'a invité à relire ses éditoriaux précédents pour voir à quelle enseigne il réside. Je crois qu'il ne m'en voudra pas de vous citer quelques extraits de ses éditoriaux pour vous faire comprendre l'esprit de la revue Pêche à la mouche Destinations.
Son éditorial de 2003 était intitulé : « Vous avez dit conservation? » À l'époque les mots Tradition — Innovation — Conservation apparaissaient au-dessus du nom de la revue en première page. Voiçi ce que M. Boulet écrivait au sujet de la conservation :
« Vous avez peut-être remarqué ces trois mots sur la page couverture : tradition, innovation, conservation. (...)
Le troisième, “conservation”, évoque une situation de plus en plus préoccupante. Il est connu que le Québec regorge d'eau douce, la meilleure au monde selon certains. Mais quel sort réservons-nous à ses habitants, les poissons? Depuis l'industrialisation du XIXe siècle, tout ce que l'on a réussi à faire de nos lacs et de nos rivières c'est de les exploiter “jusqu'à l'os”. Il est vrai que personne n'a jamais entendu un poisson protester. La plainte d'un bébé phoque sur une banquise attire beaucoup plus de compassions... Peut-on faire quelques choses pour contrer l'invasion et la dégradation des habitats de nos chers poissons?
Oui! La première est d'imiter tous les Mikael Rioux du Québec, qui militent pour la sauvegarde de leur rivière — dans son cas, la Trois-Pistoles — en occupant le rivage jour et nuit, et en empêchant les bulldozers des promoteurs d'en saccager les berges pour y construire une minicentrale hydroélectrique aussi inutile que destructrice. Pour les moins radicaux d'entre nous, un simple geste pourrait faire autant de bien au poisson : la remise à l'eau. Si on la pratique de façon correcte, la remise à l'eau, ou graciation, est le geste le moins spectaculaire, mais le plus efficace pour sauvegarder notre sport. Vous irez en parler à la ouananiche du lac Saint-Jean. Très abondante il y a vingt ans à peine, elle a été traquée et capturée sans relâche par les pêcheurs; tous les riverains en ont au moins six dans leur congélateur. Résultat : on a été obligé de repeupler le lac avec des ouananiches de la Côte-Nord.
Malheureusement, ce cas n'est pas isolé. Il reflète notre négligence collective face à la conservation des espèces sportives indigènes du Québec. Un autre aspect de cette négligence est notre tendance à évaluer le succès d'une excursion de pêche en kilos de poissons rapportés pour le congélateur, plutôt que du plaisir intense de photographier et de remettre à l'eau une belle truite. Je vous mets également au défi de trouver un territoire de pêche en périphérie des grands centres urbains qui met en valeur la conservation. On préfère vous garantir la capture de vos poissons, élevés en pisciculture, au lieu de vous vanter la qualité de la gestion du territoire. Il est grand temps de se demander sérieusement ce que nous souhaitons vraiment faire de la pêche sportive au Québec? Une gestion respectueuse des territoires fauniques, ou son exploitation pure et simple par le put and take? »
M. Boulet poursuit ensuite sur le cas du saumon atlantique puis il conclut :
« Ma conjointe et moi avons un faible pour le Nord québécois. Nous avons visité une dizaine de territoires au nord du 50e parallèle au cours des cinq dernières années.
Ces gens du Nord ont un tel respect pour leur territoire qu'ils ont adopté depuis plus de dix ans des politiques strictes de conservation des espèces en rendant obligatoire la remise à l'eau de poissons. Ils ont compris que la fragilité de leur écosystème nordique n'a d'égal que la distance qui les sépare de la civilisation au Sud. On appelle ça de la gestion.
(...) »
Fin de citation
Les mots Tradition — Innovation — Conservation n'apparaissaient plus à la une de l'édition de 2005, mais M. Boulet écrivait toujours dans l'éditorial de sa revue :
« Pour ceux qui me connaissent, la conservation des espèces aquatiques et la saine gestion qui en découle sont le moteur de ma passion. Les habitats fauniques sont de plus en plus envahis par l'activité humaine; il s'agit d'une constatation visible à l'oeil nu. Les pêcheurs à la mouche se doivent de souscrire à cette conservation à leur façon; en pratiquant la graciation, c'est à dire la remise à l'eau des poissons le plus souvent possible... si on veut qu'il en reste pour la prochaine génération. »
Dans l'éditorial de 2006 M. Boulet revenait à la charge:
« (...) Un fait demeure: plus on attendra longtemps pour légiférer de façon claire et précise sur une gestion très serrée de nos ressources fauniques, plus ces ressources en souffriront. Je persiste et je signe: la remise à l'eau de tous les poissons-géniteurs identifiés comme tels, le grand saumon, la mouchetée de 2 à 4 livres, le doré de plus de 40 cm et autres, que nos biologistes ont depuis longtemps ciblés, devient maintenant prioritaire.
Sortons des appareils-photo, remisons les glacières et faisons de la graciation (la remise à l'eau), le coeur de notre action! Mère Nature et les Régions en ont bien besoin.... Bonne saison!»
Maintenant vous savez un peu mieux ou l'éditeur du magazine Pêche à la mouche Destinations réside sur le plan de la conservation à tous le moins... En 2007 M. Boulet a abordé dans ses éditoriaux la création d'un musée de la pêche à la mouche à Waterloo en Estrie en convenance avec sa passion pour la tradition, mais aussi l'idée de donnez au suivant en initiant de nouveaux adeptes de pêche à la mouche.
Donner au suivant c'est le moto de mon webmaster et c'est exactement pour cette raison que notre site web existe. M. Boulet a été dur dans sa critique du contenu de notre site web en mentionnant les photos de poissons récoltés pour la consommation de nos auteurs bénévoles. J'ai d'ailleurs envoyé un second courriel à M. Boulet pour préciser que nous n'avons pas nécessairement le loisir de choisir nos auteurs en convenance avec une politique éditoriale qui prône la conservation. Les auteurs de www.peche-reportage.com sont tous des bénévoles, moi y compris. De notre côté, nous favorisons surtout la transmission d'informations sur la pêche par des passionnés, et ce, dans un esprit non commercial...
Revenons au magazine Pêche à la mouche Destinations. Une autre raison fait en sorte que j'aime bien le magazine de M. Boulet. Le ratio entre le contenu rédactionnel et la publicité penche en faveur du contenu. De plus, les publicités sont très ciblées. Les moucheurs sont des consommateurs très particuliers dans le milieu de la pêche au Québec. Je l’ai déjà mentionné sur ce blogue. Les publicitaires visant ce marché sont moins nombreux. La publicité dans le magazine est donc inévitablement plus ciblée. Les auteurs qui suggèrent une mouche en particulier dans un article, décrivent généralement son patron et sa toilette. On ne mentionne jamais les compagnies qui fabriquent une mouche ou les détaillants où elle est disponible.
Vous l’aurez deviné, je ne suis pas un adepte des publicités, et je déteste la promotion déguisée en conseil aux pêcheurs dans le contenu rédactionnel. Plusieurs moucheurs passionnés fabriquent eux-mêmes les mouches qu’ils utilisent. Ce fait à lui seul à un impact majeur sur le contenu publicitaire du magazine. Les pêcheurs à la mouche pratiquent un art. Ils aiment les choses simples et la tradition. On ne trouvera probablement jamais 15 pages de publicités cachées portant sur les « nouveautés » dans le magazine magazine Pêche à la mouche Destinations. De plus, les moucheurs sont en général plus préoccupés par la qualité de l’environnement. Ils pêchent souvent à gué en rivière. Les publicités de VTT, de SUV, de bateaux et de hors-bord sont moins attrayantes pour ce marché de niche. Un magazine qui vise les moucheurs n’a pas le choix de s’adapter aux spécificités de ce marché. Lorsque je parle de présentation épurée, je veux aussi laisser sous-entendre que les lecteurs ne sont pas agressés par une tonne de publicités dans le magazine Pêche à la mouche Destinations.
Mais, ceux qui me connaissent un peu se doutent bien que je ne prendrai pas la peine d’écrire sur ce magazine sans mentionner les bons et les mauvais côtés de ce produit de consommation. De mon côté, je pratique une forme de « journalisme citoyen » qui prône un minimum d'équilibre et d’objectivité... Je lis de nombreuses sources d’informations portant sur mes deux passions : la chasse et la pêche. Et en tant que consommateur, je me donne le droit de critiquer les produits que j’achète. Personne ne me paie pour écrire avec des lunettes roses si vous voyiez ce que je veux dire.
Certaines choses me dérangent passablement dans ce magazine. Soyons clairs, les mêmes choses me dérangent dans les autres magazines québécois qui visent le marché des amateurs de chasse et de pêche. En tout premier lieu, l’éthique journalistique dans le magazine Pêche à la mouche Destinations n’est pas sans reproche. J’aimerais bien savoir pourquoi on ne précise jamais que l'auteur a été invité à couvrir une destination lorsque c’est le cas. Les éditeurs de magazines portant sur la chasse et la pêche au Québec et les auteurs qui acceptent de publier dans ces médias se défendent souvent en disant que c’est évident pour les lecteurs qu’un reportage portant sur une pourvoirie n’est pas l’équivalent d’une enquête publiée dans le magazine Protégez-Vous par exemple. Je me dis toujours, si c’est si évident pour les lecteurs, pourquoi donc ne le précise-t-on pas clairement dans l’article ou dans la mise en page. Pourquoi cache-t-on ce fait aux lecteurs?
Je n’apprécie pas non plus qu’une forme de « contrat d’échange » semble être pratiqué dans ce magazine. Je m’explique. Trop souvent, lorsqu’un auteur nous présente une destination, une publicité sur cette destination est publiée dans une page adjacente à l’article. Cette forme de mise en page dans laquelle une publicité est juxtaposée au contenu rédactionnel est utilisée dans l'édition de janvier 2007 pour les trois « reportages» suivants : « L'omble chevalier au Nunavik — la rivière Payne », « Les réservoirs, des milieux productifs », « Les secteurs lac Croche et lac des Mâles ». La même formule est utilisée dans l'édition d'avril-mai 2007 pour les « reportages» suivants : « Réserve faunique des Laurentides — Secteur des Portes de l'Enfer » et « Les réservoirs et les gaz à effet de serre.»
Comme lecteur, je me pose alors la question suivante : l’auteur ou l’éditeur ont-ils profité d’avantages tel un séjour gratuit ou à tarif réduit contre la publication d’une page de publicité? Il y a dans cette pratique de juxtaposer une page de publicité faisant la promotion d'une destination couverte par un article une apparence de conflit d'intérêt évident à mon avis sur le plan de l'éthique journalistique. Je ne peux pas digérer les conflits d’intérêts ou les apparences de conflits d’intérêts dont nous sommes affligés dans tous les magazines portant sur la pêche au Québec, et cela malheureusement inclus aussi le magazine Pêche à la mouche Destinations.
J’ai constaté un autre problème d’éthique journalistique que j’estime encore plus grave. Dans les deux éditions publiées cette année, nous avons droit à deux "articles" dont les auteurs précisent dans leur signature qu'ils sont des employés d’Hydro-Québec.

On retrouve en effet dans l'édition de Janvier 2007 un article intitulé « Les réservoirs, des milieux productifs. » Cet article est signé par M. Benoît Vanier. On précise ainsi son titre et sa formation : biologiste, M. SC., Hydro-Québec, Direction – Environnement et développement durable. Des photos aériennes des barrages de Manic 2 et Manic 5 fournies par Hydro-Québec illustrent ce reportage publié de la page 32 à la page 34. La page 35 est occupée en entier par une publicité portant sur les efforts d'Hydro-Québec pour maintenir des conditions favorables à l'esturgeon jaune dans la rivière des Prairies.
La même configuration est utilisée dans l'édition d'avril-mai 2007. Cette fois l'article est intitulé : « Les réservoirs et les gaz à effet de serre. » L'auteur cette fois-ci est Alain Tremblay, biologiste, PH. D., Direction – Barrages et Environnement, Hydro-Québec. La totalité des photos qui illustrent ce « reportage » publié de la page 48 à la page 52 sont fournie par Hydro-Québec. La même publicité portant sur les efforts déployés par Hydro-Québec pour protéger l'esturgeon jaune est publiée en page 53.
Règlons tout de suite en premier lieu le cas de cette publicité d'Hydro-Québec sur l'esturgeon jaune, cette espèce est en difficulté au Québec selon un rapport écrit par Michèle Moisan et Hélène Laflamme de Faune et Parcs Québec publié en août 1999. Voici deux extraits de ce rapport que j'ai trouvé en faisant une courte recherche via Google :
« Depuis quelques années, la situation de l'esturgeon jaune (Acipenser fulvescens) au Québec est jugée préoccupante pour les raisons suivantes: l'espèce est sensible à l'exploitation, le nombre de frayères est limité et, de l'avis des spécialistes, l'espèce est actuellement surexploitée dans le fleuve. »
(...)
« Les principales menaces à la survie des populations d'esturgeon jaune au Québec sont la surexploitation par la pêche légale ou illégale, les obstacles aux migrations et les pertes et les perturbations de l'habitat, principalement des frayères. Ces perturbations sont dues en majeure partie à l’implantation ou à l'opération de barrages. »
Vous pouvez trouver ce rapport à l'adresse suivante :
http://recitmst.qc.ca/fapaq/parc/IMG/pdf/esturgeon_jaune_rapport.pdf
Qui est le principal opérateur de barrage au Québec selon vous? Évidemment, la publicité d'Hydro-Québec vise à rehausser l'image de cette société d'État et à nous faire oublier l'opinion de certains scientifiques... Maintenant que le cas des publicités est réglé, revenons à nos moutons et penchons-nous sur ces deux textes signés par des employés d'Hydro-Québec...
Les droits et responsabilités de la presse publiée sur le site du Conseil de presse précisent ceci en matière de conflit d'intérêts :
« Les entreprises de presse doivent veiller elles-mêmes à ce que, par leurs affectations, leurs journalistes ne se retrouvent pas en situation de conflit d'intérêts ni d'apparence de conflit d'intérêts. »
Concernant la publicité, le Conseil de presse mentionne: « Les médias doivent établir une distinction nette entre l'information et la publicité sur tous les plans : contenu, présentation, illustration. »
Dans mon premier courriel envoyé à M. Boulet, je lui ai posé une question claire et directe:
Est-ce que le texte publié dans l'édition de janvier 2007: Les réservoirs, des milieux productifs est un publireportage diffusé dans le magazine Pêche à la mouche aux frais d'Hydro-Québec? Dans la négative, pourquoi ouvrir vos pages à un employé d'Hydro-Québec qui écrit sans objectivité sur les barrages créés par son employeur?
R : « L'article sur les réservoirs a fait l'objet d'une double vérification de ma part sur le contenu. Les documents qui ont servi à le formuler sont tous du domaine public et m'ont été fournis sans problème. Dans le cas contraire, cet article n'aurait pas été publié. »
La réponse de M. Boulet ne m'a pas satisfait. Je tenais à savoir si l'éditeur avait payé les auteurs de ces textes. Si c'était le cas, les auteurs ont été de facto en position de conflit d'intérêts. Dans le cas contraire, si les textes étaient publiés parce qu'Hydro-Québec avait payé l'éditeur, pourquoi n'avait-on pas précisé qu'il s'agissait dans les deux cas d'un publireportage?
Ces deux textes font la promotion des bienfaits d'Hydro-Québec sur le plan de l'environnement. Le premier reportage portant sur les réservoirs m'a particulièrement « agressé ». J'ai été très surpris que M. Boulet, un fervent défenseur de la conservation ne l'oublions pas, autorise la publication d'un article sur les réservoirs publiés par un employé d'Hydro-Québec. Cet article ne mentionne évidemment pas les problèmes de mercure dans la chaîne alimentaire causés par la création des réservoirs, il ne dit rien sur la destruction des rives et des frayères par le marnage, sur la destruction des rapides et de nombreux écosystèmes, etc. Je ne crois pas non plus un seul instant que la clientèle cible du magazine Pêche à la mouche Destinations soit très entiché à l'idée de pêcher sur un réservoir créé au-dessus d'une forêt inondée...
Les pêcheurs à la mouche fréquentent régulièrement nos rivières. Quelle est la principale source de menace pour l'intégrité des rivières québécoises selon vous? La publication de cet article dans le contexte du détournement de la rivière Rupert démontrait selon moi le pouvoir immense des relationnistes de cette société d'État. Dans le contexte présent, j'aurais souhaité la publication d'un véritable reportage portant sur les impacts des barrages d'Hydro-Québec, un article qui fasse vraiment la part des choses et informe le public sur les bons et les mauvais côtés de l'énergie hydro-électrique.
Pourquoi donc l'éditeur a-t-il publié ces deux articles? Pourquoi précise-t-on le statut des auteurs chez Hydro-Québec et leur formation? Pour mousser leur crédibilité ou tout simplement parce qu'il s'agit de publireportage? Pourquoi donc sont-ils tous les deux dans la liste des collaborateurs du magazine s'il s'agissait vraiment de publireportages?
Plusieurs questions du genre me sont venues à l'esprit suite à la lecture de ces deux textes. J'ai donc écrit le 5 avril 2007 à Hydro-Québec pour avoir un peu plus de détails sur le contexte de la publication de ces deux articles faute d'avoir eu une réponse satisfaisante de la part de M. Boulet. Voici les questions que j'ai posées au responsable des relations avec la presse. Eh oui, j'estime que mon titre de Bachelier ès arts (B.A.) en journalisme écrit de l'Université Laval pour parodier les deux auteurs et employés d'Hydro-Québec fait de mon blogue un média officiel...
1) Est-ce que M. Alain Tremblay et M. Benoit Vanier ont publié ces deux articles suite à une commande d'Hydro-Québec? En d'autres mots, la publication de ces articles fait-elle partie d'une campagne de relation publique?
2) Plus spécifiquement, est-ce qu'il s'agit de publireportages pour lesquels Hydro-Québec a payé le magazine Pêche à la mouche Destinations afin que ces deux textes soient publiés?
3) Dans l'affirmative, pourquoi Hydro-Québec n'a-t-elle pas demandé à l'éditeur que ces textes soient identifiés clairement comme des publireportages?
4) Est-ce qu'il existe chez Hydro-Québec un code d'éthique concernant la promotion et les relations publiques?
(...)
Le lundi 16 avril 2007, j'attendais toujours une réponse officielle de la part d'Élodie Pestel : attaché de presse et responsable de la salle de presse électronique et des dossiers : efficacité énergétique, environnement, ressources humaines et urgences. Faute d'un accusé de réception, j'ai décidé de tenter une autre approche. J'ai profité d'une journée de congé pour passer un peu de temps au téléphone et miracle j'ai rejoint l'auteur de l'article « Les réservoirs, des milieux productifs », M. Benoit Vanier et ce dernier a accepté de me parler.
Bonjour M. Vanier, je collabore à un site internet qui s'appelle www.peche-reportage.com. Je tiens un blogue sur ce site dans lequel je parle de chasse, de pêche et des médias. Dans mon blogue, j'ai aussi parlé d'éthique et c'est surtout sur cela que j'aimerais vous parler M. Vanier. J'aimerais comprendre le contexte dans lequel vous avez fait ce texte pour la revue Pêche à la mouche Destinations? L'avez-vous fait à titre de collaborateur de la revue ou à titre d'employé d'Hydro-Québec qui avait une commande de son employeur pour écrire un publireportage pour le magazine en question?
R. : « C'est une entente qu'on a avec le magazine au niveau d'Hydro-Québec, ce n'est pas personnel. C'est au niveau d'Hydro-Québec. »
Q : Est-ce que je peux dire que c'est un publireportage payé par Hydro-Québec et diffusé dans le magazine Pêche à la mouche Destinations?
R. « C'est parce qu'on achète de la publicité. Nous ce qu'on l'on paye c'est la publicité plus que l'article en tant que tel. Les magazines se cherchent toujours des collaborateurs. Ils aiment bien cela quand on offre des articles avec du contenu et des références pour faire de la vulgarisation scientifique. (...) C'est plus la publicité qu'on paie que l'article et c'est sur que la revue a le libre choix d'accepter ou de refuser un article. Dans le sens qu'on ne paie pas pour dire (...) on ne les oblige pas à passer un article, on leur suggère un article et ils peuvent en changer le contenu et ils peuvent le refuser. Vous comprenez chaque revue à ses lignes éditoriales, à ses façons de faire pour accepter ou refuser l'article... »
Q : Pour être sûr que je vous comprends bien, Hydro-Québec a passé une entente avec la revue pour publier une publicité, probablement celle à la suite de votre article sur l'esturgeon jaune...
R: « et possibilité d'avoir un article en même temps ».
Q : Vous, vous avez été rémunéré non pas par le magazine...
R : « moi je ne suis pas rémunéré »
Q : Vous avez été rémunéré par votre employeur pour faire l'article
R : « Ah, oui, oui, oui. C'est un article comme, on le fait dans plusieurs revues. C'est toujours accepté. C'est très rare qu'une revue refuse de publier nos textes quand il y a des références. Cela permet de donner la contrepartie à ce qu'on l'on entend qui est souvent sans fondement. C'est un petit peu, un éclairage... je pense c'est bon d'avoir les deux côtés de la médaille si vous le permettez.
(...) Je suis vulgarisateur scientifique. Donc un vulgarisateur scientifique, c'est de vulgariser ce qu'Hydro-Québec fait, c'est quoi les résultats des études. C'est quand même, c'est au-dessus de 10 millions par année en études environnementales qui sont réalisées par Hydro-Québec. Je pense que la population a le droit de connaître les résultats de ces études-là. ».
Q: Je suis d'accord, mais pourquoi la population ne sait pas en lisant cet article-là que c'est un publireportage? Pourquoi n'est-ce pas indiqué clairement que c'est un publireportage?
« Ca ce n'est pas, effectivement, je n’aurais aucun inconvénient que la revue mette la mention publireportage. Il n'y a pas eu de demande qui a été faite pour ne pas qu'il écrive ça. Cela dépasse le mandat d'Hydro-Québec de dire écrivez publireportage, vous comprenez. Moi je n'aurais aucun problème, que l'on spécifie qu'il s'agit d'un publireportage! (...)»
Dans l'entrevue, j'ai ensuite abordé des sujets reliés à l'écologie. M. Vanier est un spécialiste des poissons, il ne nie pas que les ouvrages d'Hydro-Québec entraînent certains inconvénients, à son crédit, il l'a d'ailleurs écrit noir sur blanc dans son article. Le problème d'éthique que je soulève n'est pas nécessairement relié au contenu plus ou moins équilibré dans son « reportage », mais bien plus au fait qu'on ne mentionne nulle part qu'il s'agit d'un publireportage.
M. Vanier a ajouté plus tard: « Juste pour vous reprendre, l'article est signé Benoit Vanier, biologiste, Hydro-Québec. Les lecteurs peuvent voir que c'est écrit par quelqu'un qui travaille à Hydro-Québec ? »
Q : Oui c'est clairement indiqué que vous travaillez pour Hydro-Québec, (...) d'ailleurs pour revenir à ce que vous venez de me dire, vous m'ouvrez une porte. Parmi les collaborateurs du magazine, votre nom est mentionné parmi les collaborateurs du magazine Pêche à la mouche Destinations, dans la page éditoriale de janvier 2007.
R: « Toutes les personnes qui sont auteurs dans cette revue-là, je crois, sont considérées comme collaborateurs, c'est leur façon de fonctionner. »
Q : (...) Ça vous mets sur le même pied que n'importe quel auteur qui lui n'est pas payé par son employeur pour écrire un publireportage dans ce magazine, pour moi il y a une situation évidente d'apparence de conflit d'intérêts...
M. Vanier m'a demandé ce que je suggérais de faire dans un cas comme celui-là... Et je lui ai répondu qu'Hydro-Québec aurait simplement dû exiger que la mise en page du magazine indique clairement qu'il s'agissait d'un publireportage...
J'estime en effet qu'Hydro-Québec à titre de bon citoyen corporatif se doit de préciser aux citoyens du Québec, le contexte dans lequel ces deux « articles » ont été publiés.
Je reviens toujours au problème du financement dans les magazines de chasse et de pêche au Québec. Comme lecteur je me pose de sérieuses questions à chaque fois que je constate cette pratique de publier des publireportages déguisés en contenu journalistique ou un article auquel une publicité est juxtaposée. Je me demande toujours si l'auteur a été invité par la pourvoirie qui a payé la publicité sur la pourvoirie que l'auteur nous fait découvrir... En somme, je me demande toujours si l’éditeur favorise la vente de publicité et ses revenus aux dépens du droit du public à l’information.
Je vous ferai part du point de vue d'Hydro-Québec sur la question si jamais le département des relations avec les médias daigne me répondre un jour!
En conclusion.
Si vous êtes de ceux qui comme moi sont toujours à la recherche d'une nouvelle destination pêche intéressante, que ce soit en pourvoirie ou dans une réserve faunique; lorsque je pèse les bons et les mauvais côtés du magazine Pêche à la mouche Destinations je ne peux faire autrement que vous recommandez d'acheter ce produit. Et ce, même si vous ne pratiquez pas la pêche à la mouche. Ce magazine n'est pas parfait sur le plan de l'éthique journalistique, comme toutes les autres publications portant sur la pêche au Québec, mais il est publié par un groupe de passionnés qui ont des choses intéressantes à vous apprendre. Je souhaiterais simplement que M. Boulet dans les prochaines éditions de Pêche à la mouche Destinations applique un peu mieux les principes de base de l'éthique journalistique.
Au plaisir de lire vos commentaires
david.lefrancois@peche-reportage.com