Le Conseil de presse du Québec rend une décision qui m'implique contre SCP
Bonjour à tous
Le Conseil de presse du Québec a mis en ligne sa décision portant sur une plainte que j’ai déposée contre le magazine Sentier Chasse-Pêche (SCP). Cette histoire a débuté avec la publication d’un publireportage déguisé en article technique dans l’édition de SCP de mars 2006. L’éthique journalistique m’a toujours intéressé, la publication de ce publireportage m’a poussé à écrire une lettre ouverte au rédacteur en chef de SCP, M. Richard Monfette, que j’ai publiée sur mon blogue. Par la suite, j’ai de nouveau fait référence à ce publireportage et aux problèmes d’éthiques qu’il soulevait dans le reportage portant sur l’éthique journalistique des chroniqueurs de chasse et pêche que j’ai publié sur le site www.peche-reportage.com en septembre 2006.
Peu de temps après, le mercredi 27 septembre 2006, j’ai reçu la visite d’un huissier. Un chroniqueur spécialisé de SCP n’a pas aimé que je critique son manque d’éthique journalistique. Il a mandaté un avocat qui me menaçait d’une poursuite de 250 000,00 $! J’ai su ce soir-là qu’il y avait au moins un chroniqueur spécialisé au Québec qui lisait mon blogue et mes textes publiés sur le web. J’avais envoyé un courriel à ce chroniqueur pour obtenir son point de vue sur cette histoire. Il a préféré utiliser la voie légale plutôt que d’accepter de participer à un débat d’idée.
Vous devez vous demander pourquoi je m’intéresse tant à ces questions d’éthique. Il y a plus de 800 000 personnes au Québec qui pratiquent la pêche selon les statistiques disponibles. La plupart des médias québécois ont délaissé depuis longtemps la couverture de ce sport au Québec. Dans le secteur télévisuel, la promotion a pris carrément toute la place. Cette tendance lourde de la prépondérance de la promotion sur l’information affecte de plus en plus les médias écrits qui couvrent toujours la pêche sportive au Québec. Le public formé par les chasseurs et les pêcheurs à le droit à une information juste, équilibrée et surtout impartiale. J’espère qu’un jour les médias qui couvrent ces domaines pour lesquels je me passionne verront à monter d’un cran la qualité de l’information mise à notre disposition. Et la première chose à faire est selon moi d’exiger que ces entreprises de presse et leurs chroniqueurs respectent les règles de l’éthique journalistique. Ils devraient ainsi faire une distinction nette entre l’information et la publicité. Le droit du public à l’information serait ainsi beaucoup mieux servi.
Que me reprochait-on exactement dans cette mise en demeure? « Vos allusions et insinuations directes ou indirectes à un supposé manquement à l’éthique journalistique ou conflit d’intérêt (sic) de notre client sont mal fondées en fait et en droit et induisent clairement en erreur le lecteur et les intervenants du domaine de la pêche sportive ou récréative au Québec. Vos propos constituent des prémisses sans fondements dans un but spécifique d’atteindre la réputation de notre client ».
Voici un second extrait de cette mise en demeure : « Vous êtes également sommé de retirer sans délai sur votre blogue ou site internet toute allusion à la personne de monsieur __________. À défaut d’obtempérer à la présente, nous vous avisons que nous avons reçu mandat de procéder sans délai à la préparation de procédures judiciaires ayant pour objet la cessation immédiate de vos agissements et à l’obtention de dommages-intérêts et dommages exemplaires s’élevant à la somme de 250 000.00 $ (…)
Fin des citations.
Primo, je tiens à vous aviser que j’ai longtemps hésité à faire référence à cette affaire sur mon blogue. En fait, j’ai hésité pour 250 000 bonnes raisons même si j’avais la conviction d’être dans mes droits. C’est que voyez-vous notre société est basé sur la liberté de parole et la liberté de presse. Mais le soir même de la visite de l’huissier, j’ai retiré à regret toutes les références à ce chroniqueur dans mes textes publiés sur le web. J’ai passé une très mauvaise nuit ce soir-là. Je participe bénévolement à l’aventure de www.peche-reportage.com. Je n’ai tout simplement pas la possibilité d’assumer des frais d’avocat pour défendre mon point de vue devant un juge. De plus, mes collègues qui collaborent tous bénévolement au site www.peche-reportage.com pourraient eux aussi être touchés par une éventuelle poursuite judiciaire. Voilà pourquoi encore aujourd’hui, malgré la décision du Conseil de presse du Québec qui est favorable à mon point de vue, je marche toujours sur des œufs. Voyez-vous, cette décision du Conseil de presse n’empêche en rien ce chroniqueur de mettre un jour ses menaces à exécution.
Après avoir réfléchi à la situation et aux implications possibles de cette menace de poursuite, j’ai décidé tout de même, par principe, de porter plainte devant le Conseil de presse du Québec contre le chroniqueur spécialisé, son rédacteur en chef et le magazine SCP. Ma plainte portait essentiellement sur l’indépendance de l'information et de la publicité, et les conflits d'intérêts. Le magazine SCP, comme la quasi-totalité de ses compétiteurs je l’admets, ne mentionne jamais par exemple qu’il publie des publireportages. Mais certains chroniqueurs de SCP vont plus loin que leurs compétiteurs en étant porte-parole de compagnies qui visent le marché des chasseurs et des pêcheurs. Au moins deux chroniqueurs de ce magazine apparaissent dans des publicités. Ces pratiques contreviennent à l’éthique journalistique. La décision du Conseil de presse du Québec ne fait que confirmer mes prétentions.
Sur le plan de l’éthique, un chroniqueur ne peut pas être payé pour apparaître dans des publicités, et en même temps, écrire des articles dans lesquels il recommande à ses lecteurs les produits des compagnies avec qui il est sous contrat. Soyons clairs, il n’est pas illégal pour un journaliste de faire de la promotion et de la publicité. Il n’est pas illégal non plus de déguiser un publireportage en reportage journalistique ou en chronique. Nous ne sommes pas dans le domaine du droit. Je parle, vous l’aurez tous compris, de déontologie : des règles et des devoirs que s’imposent eux-mêmes les professionnels qui pratiquent sérieusement le journalisme. L’éthique concerne la morale. Et l’éthique journalistique au pays est très claire sur le plan des conflits d’intérêts.
Voici un extrait du guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec qui porte sur les conflits d’intérêts :
« 9 a) Relations publiques
Les journalistes doivent s'abstenir d'effectuer, en dehors du journalisme, des tâches reliées aux communications : relations publiques, publicité, promotion, cours donnés à ceux qui font l'événement sur la façon de se comporter devant les médias, simulacres de conférences de presse pour préparer des porte-parole à faire face aux journalistes, etc. Ces tâches servent des intérêts particuliers et visent à transmettre un message partisan au public. Les journalistes ne peuvent pas communiquer un jour des informations partisanes et le lendemain des informations impartiales, sans susciter la confusion dans le public et jeter un doute constant sur leur crédibilité et leur intégrité. »
Source : Site web de la FPJQ
Voici maintenant un extrait des DROITS ET RESPONSABILITÉS DE LA PRESSE publiés par le Conseil de presse du Québec :
« 2.1.3 Les conflits d'intérêts
Les entreprises de presse et les journalistes doivent éviter les conflits d'intérêts. Ils doivent, au surplus, éviter toute situation qui risque de les faire paraître en conflit d'intérêts, ou donner l'impression qu'ils ont partie liée avec des intérêts particuliers ou quelque pouvoir politique, financier ou autre. Il importe de garder à l'esprit que les gouvernements, les entreprises, les groupes de pression, divers organismes et autres instances cherchent par différents moyens à orienter et à influencer l'information en fonction de leurs propres intérêts. »
Source : Site web du Conseil de presse du Québec
Fin des citations.
Vous savez lire aussi bien que moi. Un chroniqueur qui représente des fabricants de produits qui sont destinés à l’usage de ses lecteurs est donc forcément en position de conflits d’intérêts selon le Guide de déontologie de la FPJQ et selon les DROITS ET RESPONSABILITÉS DE LA PRESSE publiés par le Conseil de presse du Québec.
Ai-je besoin de vous dire que j’aurais aimé travailler pour une entreprise de presse ayant les moyens de défrayer mes frais d’avocats en cas de poursuite? Vous pouvez être certain que j’aurais gardé chacune des lignes que j’ai écrites sur le chroniqueur en question et les pratiques de son magazine dans mes textes publiés sur le web. Ce monsieur a eu ce qu’il désirait, son nom n’est plus mentionné nulle part dans mes textes depuis le jeudi 28 septembre 2006. Mais la réalité a rattrapé ce monsieur hier, puisque la décision du Conseil de presse du Québec est du domaine public. Je vous invite d’ailleurs à prendre le temps de lire la
La décision du Conseil de Presse a confirmé mes prétentions, reste à voir maintenant si les dirigeants du magazine Sentier Chasse-Pêche, et pourquoi pas aussi leurs compétiteurs, appliqueront un jour les recommandations du Conseil de presse, qui est ne l’oublions pas un tribunal d’honneur. Malheureusement, on peut lire noir sur blanc sur le site web de cet organisme que « Le Conseil de presse ne possède aucun pouvoir judiciaire, réglementaire, législatif ou coercitif; il n'impose aucune autre sanction que morale. » Et malheureusement dans le milieu du journalisme spécialisé en chasse et pêche au Québec, il est clair à mon avis que l’argent prime sur l’éthique!
Au plaisir de lire vos commentaires