Un retour dans le passé – la pêche en ruisseau
Bonjour à tous
Mon blogue manque de nouveauté ces derniers temps. J'ai été passablement occupés les deux derniers mois par mille et une choses sauf des sorties en forêt malheureusement! Mais je suis content, je viens tout juste d'annuler mon abonnement à la Presse pour quelques jours à la fin août. En ville, des journaux laissés devant l'entrée sont une incitation au vol. Je vais enfin pouvoir quitter la grande ville pour mettre une ligne à l'eau dans la réserve faunique Papineau-Labelle. J'ignore où nous irons pêcher exactement. Je ne sais pas non plus si nous pêcherons sur un lac à mouchetées ou un lac à grises. Peu m'importe. Tout ce qui compte, c'est d'avoir la chance de passer quelques heures en forêt. Avec le temps, les pêcheurs finissent par comprendre que la grosseur ou le nombre des prises n'a pas vraiment d'importance. C'est la qualité de la « compagnie » et de l'environnement où l'on pratique notre sport favori qui finit un jour par prédominer.
En attendant d'avoir la chance d'être sur l'eau, je passe ma frustration en lisant différents auteurs. Je vous invite d'ailleurs à savourer le dernier texte de mon copain Robert Hamel publié sur le site www-peche-reportage.com. Il vient de nous offrir de nouveau un très bon papier. J'aimerais tellement pouvoir écrire aussi éloquemment que Robert. Dans mon cas, face à une page blanche tout est très ardu. Je n'arrive pas à raconter simplement des histoires et surtout à les rendre « vivantes ». Juste le choix du titre de Robert est très révélateur : « Gros efforts, petits poissons. La truite de ruisseau, une vraie passion »
La lecture de ce texte de Robert m'a rappelé de biens beaux souvenirs. J'ai grandi sur la Côte-Nord dans la ville d'Hauterive qui est maintenant fusionnée à Baie-Comeau. Dès que j'ai eu l'âge de me pousser de chez moi pendant quelques heures, je me suis mis à explorer les alentours avec mon vélo assis confortablement sur mon siège « banane ». La canne à pêche équipée d'un moulinet à bouton-poussoir était attachée avec des cordelettes sur le cadre du vélo. Nous ramassions nos vers de terre sous les cages à lapins à côté de la maison. La boîte de vers, un petit coffre rempli de cuillères tournantes, une gourde, un sandwich et une bouteille de chasse moustique étaient transportés dans un sac à dos. En bandoulière, nous avions un panier à poissons. Nous faisions des kilomètres de vélo dans l'espoir de capturer quelques truites.
Entre les deux villes, une rivière et un petit ruisseau contenaient des perchaudes. Dieu que nous détestions la perchaude. À nos débuts, nous ne pêchions que pour une seule et unique raison : prendre de la truite mouchetée. Nous avons appris beaucoup plus tard que nous pouvions pêcher, à l'entrée d'Hauterive, des beaux brochets dans la rivière Manicouagan en aval du barrage. Dans ce secteur, un chemin forestier se rendait à la « flume » : un arboriduc amenait en effet à l'époque les pitounes du réservoir de Manic 1 jusqu'à l'usine de la Quebec North Shore Paper Company à Baie-Comeau, un bon dix kilomètres plus loin… Par le chemin de la « flume », on accédait au sentier qui menait au Club de motoneigistes « les Grondeurs ». Et là, nous avons découvert quelques fosses à truites dans un petit ruisseau…
J'en parle aujourd'hui en sachant très bien, que ce ruisseau n'est plus d'aucun intérêt pour les pêcheurs de truites. Il y a longtemps que l'omble de fontaine a disparu de ce ruisseau. Surpêche, braconnage, facilité d'accès. Les ruisseaux à truites sont fragiles. La présence de cette espèce est d'ailleurs à mon avis un gage de santé pour un écosystème. Si la truite mouchetée est présente, c'est que l'environnement se porte bien pour le moment.. Nommez moi un ruisseau à truite dans la région de Montréal!
Le texte de Robert m'a ramené à l'époque de mes 10 ans! Robert écrit : « Il n'est pas rare de parcourir quatre ou cinq kilomètres et parfois plus sans ressentir la fatigue. C'est que notre attention est dirigée uniquement sur la pêche et on en oublie les distances parcourues. » De notre côté, nous faisions à cet âge seulement quelques centaines de mètres le long des ruisseaux. Nous avions tout de même l'impression d'être des explorateurs… Mais il n'était pas rare que nous nous faisions dévorés les chevilles, le cou, les mains et les poignets par les moustiques et les mouches noires sans nous en rendre compte, tellement nous étions concentrés à tenter de capturer une autre truite…
En lisant le reportage de Robert, j'ai souri en voyant sa recommandation de leurre : « J'ai déjà tenté des expériences avec de minuscules cuillères et même de mini poissons-nageurs, mais je reviens toujours inlassablement avec la bonne vieille méthode du lombric monté sur un hameçon simple et précédé d'un plomb « split shot » à 12 pouces. Le poids du plomb permet à l'offrande d'atteindre le fond, mais s'il y a une truite, je vous assure que le ver n'ira pas loin! »… Quand on y songe, la pêche peut être simple non! Un hameçon, un ver de terre, un plomb avec ou sans flotteur… Robert a pondu un article sans mentionner un seul fabricant de quoi que ce soit… Beau fait d'armes mon ami! Son texte nous ramène à l'essentiel : « Même si vous ne prenez pas de poisson à chaque sortie, je vous assure que la beauté du paysage, l'odeur de la forêt et la tranquillité compensent largement pour vos journées bredouilles. »
Les temps changent, parfois pour le mieux, parfois pour le pire. Aujourd'hui le ruisseau des « Grondeurs » n'est plus habité par l'omble de fontaine, mais la « flume » a été mise à la retraite pour des raisons écologiques. La plupart de nos chroniqueurs professionnels de pêche tentent par tous les moyens de nous vendre des choses souvent inutiles. Là-dessus, je me trompe peut-être, mais probablement que rien n'a changé à part mon regard sur leur travail.
Écrire aujourd'hui dans un article que l'utilisation d'un ver de terre précédé d'un « split shot » est la technique la plus efficace est un fait plutôt rare. Mon copain Robert Hamel écrit pour partager sa passion. Il vous brosse un portrait honnête de sa vision de la pêche en ruisseau. Dans nos magazines favoris, marketing oblige, on voit de tout. Le summum du mauvais goût? Un chroniqueur professionnel s'est fait prendre en photo avec une canne à pêche dont la poignée en liège était toujours dans son emballage de plastique pour mieux vous vendre les produits de son commanditaire! Mon « correcteur » pourrait facilement pondre des publireportages pour nos magazines de pêche s'il voulait vendre son âme. Mais il ne mange pas de ce pain là, fort heureusement pour nous.
Au plaisir de vous lire
David Lefrançois
Montréal
