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Un film à voir pour qui s'intéresse de près ou de loin à l'environnement.

Le Doigt dans l'oeil

Le cinéma Ex-Centris nous présente jusqu'au 14 février 2008 un très bon documentaire portant sur la saga de l'île René Levasseur. Cette île créée par la mise en eau du barrage de Manic V a fait couler beaucoup d'encre ces dernières années. Une compagnie souhaite y exploiter la forêt, d'autres tentent d'y trouver des filons miniers, les Innus de Betsiamites de leur côté veulent faire reconnaître leurs droits sur ce territoire ancestral où peu d'entre eux n’ont jamais mis les pieds et certains groupes écologistes espèrent quant à eux qu'on sauvegarde intégralement l'écosystème de l'île en lui octroyant le statut d'aire protégée.

L'essentiel de ce documentaire est dans le dévoilement à l'écran de ces luttes intestines entre des groupes dont les intérêts semblent au départ diamétralement opposés. Quel rapport avec la pêche me direz-vous? Et bien pour ma part je préfère pêcher dans un parc national où par exemple l'exploitation minière et forestière est interdite. Pêcher dans un territoire libre dont l'intégrité écologique n'a pas été altérée est un tour de force au Québec. Certains lacs et rivières de l'île René-Levasseur offrent encore aujourd'hui cette possibilité.

On peut voir dans le documentaire L'Oeil du Québec que l'exploitation forestière et la prospection minière ont déjà fait des dégâts majeurs. Évidemment, on peut aussi constater que les rives de ce réservoir de tête d'Hydro-Québec sont massacrées par le marnage. Quelques très « beaux » plans sous-marins nous montrent aussi à quoi ressemble une forêt submergée. Pas étonnant que les pêcheurs qui fréquentent le réservoir Manicouagan y perdent fréquemment des leurres. Ces activités industrielles y laisseront des traces que nos petits enfants pourront encore constater de leurs propres yeux.

Le documentaire un doigt dans l'Oeil nous montre que les intérêts des pêcheurs et des chasseurs du Québec ne tiennent pas lourd dans « la guerre » qui a toujours lieu sur l'île René-Levasseur. Un exemple, pour un pêcheur la création d'une aire protégée diminue son champ d'action. Ainsi, la réserve écologique Louis-Babel, située sur l'île René-Levasseur, que certains groupes environnementalistes ont réussi à faire agrandir suite à leurs revendications, n'est pas accessible pour qui que ce soit sans une autorisation spéciale du gouvernement du Québec. On ne peut pas y pêcher, y camper ou y faire un feu. En fait, on ne peut même pas y mettre les pieds à moins de vouloir y faire des recherches scientifiques! D’un autre côté, qui prend plaisirs à pêcher sur un lac dont le bassin versant vient d'être coupé à blanc? On peut voir dans le film Un doit dans l'oeil des écologistes qui mettent beaucoup d'effort à faire reconnaître certaines portions de l'île René-Levasseur comme écosystème forestier exceptionnel. Les territoires classés EFE demeurent accessibles à la population et les prélévements fauniques y sont autorisés...

D'içi quelques années, le gouvernement du Québec compte protéger 8 % de son territoire. Différentes formes de protection seront appliquées. Les pêcheurs gagneront à savoir faire la différence entre un écosystème forestier exceptionnel, un parc national et une réserve écologique. Votre vote dans les années à venir devra tenir compte des types de projets de conservation proposés par nos partis politiques. Entre la coupe de bois sauvage, l'exploitation minière et la protection intégrale du territoire, il existe bien des avenues.

On peut voir dans ce premier documentaire du réalisateur Julien Fréchette que la protection du territoire n'est pas chose facile. Les écologistes de la coalition SOS Levasseur ont réussi à se tenir debout devant les lobbys industriels afin de protéger une plus grande partie de cette île. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. On apprend dans ce documentaire que la loi sur les Mines a des dents. Les investissements en exploration des compagnies minières sont bien protégés dans notre système légal. Un retraité du Ministère de L'Environnement du Québec nous précise que la protection d'un territoire où il existe des claims miniers est pratiquement impossible. Et les claims miniers sont nombreux sur l'île René-Levasseur selon une infographie que nous présente le cinéaste.

Faire ce genre de documentaire dans le monde d'aujourd'hui est un tour de force. Le narrateur nous précise par exemple qu'en plein tournage la compagnie Kruger qui possède le contrat d'approvisionnement et d'aménagement forestier (CAAF) qui inclut une grande partie de l'île a mis fin à sa collaboration avec l'équipe de tournage. On doutait de l'objectivité de l'auteur semble-t-il.

Le réalisateur qui était sur place hier pour la première de son film m'a aussi précisé que ce n'était pas un hasard s'il avait interviewé un retraité du Ministère de l'Environnement du Québec, c'est qu'il peut parler avec les coudées franches. Il m'a aussi appris que les coupes étaient interrompues pour le moment par Kruger suite à la fermeture de ses scieries sur la Côte-Nord pour une période indéfinie. Le gouvernement du Québec pourrait même récupérer son CAAF si la fermeture d'usine persiste à cause de la crise dans l'industrie forestière. Dans le monde d'aujourd'hui ou l'information spectacle prends de plus en plus de place, la présentation de ce documentaire mérite d'être appuyée. C'est pourquoi je vous invite à passer voir ce film à l'Ex-Centris même s'il sera diffusé dans quelques semaines sur Télé-Québec.

Au plaisir de vous lire

david.lefrancois@peche-reportage.com

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