L'annuel du pêcheur québécois 2008: publicité versus information

Les rares lecteurs de mon blogue auront remarqué que ma dernière note a été retirée de ce site pendant quelques jours. La raison est simple, un huissier est à mes trousses. Le fils de mon ancien propriétaire qui habite l'appartement où je demeurais l'année dernière a eu la visite d'un huissier qui me cherchait lundi dernier. J'imagine que ma dernière note qui portait sur la confusion entre la publicité et l'information a dû déranger quelqu'un quelques parts! Par prudence, mais aussi par manque de courage, j'ai enlevé mon texte du web dès que j'ai su qu'un huissier voulait me signifier une mise en demeure. J'écris ce blogue par passion et l'idée que quelqu'un puisse me poursuivre pour diffamation ne me plaît guère.
Je vous prie de considérer que je n'estime pas avoir diffamé qui que ce soit. Mais je n'ai ni le temps, ni l'argent, ni l'énergie pour défendre mes opinions devant un juge. Sans savoir qui voulait me poursuivre, comme ce n'est pas une première, j'ai décidé d'agir comme si le même chroniqueur de pêche me menaçait de poursuite une deuxième fois. J'ai modifié mon texte et j'ai enlevé toute référence à ce monsieur sur mon blogue. J'espère que cet arrangement lui conviendra et qu'il demandera à son huissier de m'oublier... Certain jour, j'aimerais vraiment être indépendant de fortune et avoir les moyens de défendre mes opinions, mais ce n'est pas le cas et la paix d'esprit n'a pas de prix. Alors, voici donc une nouvelle version de mon dernier texte.
À mon départ du bureau aujourd'hui un collègue me faisait remarquer que nous vivions un hiver exceptionnel. Je lui ai dit que j'espérais que l'on aura aussi un printemps exceptionnel afin de faire fondre toute cette neige... Il m'a trouvé très optimiste. Mais pour un pêcheur en eau libre, en ce moment, le fait de rêver à des températures plus clémentes est pratiquement une question de survie. Les pêcheurs se meurent de passé un peu de bon temps sur leur lac favori. Ils ont besoin de rêver pour oublier l'hiver. Les professionnels du milieu de la pêche, ceux qui gagnent leur vie en exploitant notre passion, le savent bien eux aussi. Ce n'est pas pour rien que les différents annuels de pêche sortent en février-mars.
Cette année alors que la saison de pêche semblait ne jamais vouloir se pointer le nez, à la suite de la dernière tempête qui a enseveli Montréal, je n'ai pas pu résister et j'ai acheté l'Annuel du pêcheur québécois 2008 produit par l'équipe de Sentier Chasse-Pêche (SCP). Un peu de lecture sur mon activité favorite me fera le plus grand bien, me suis-je dit.
Arriver à la maison, j'ai laissé ce magazine sur ma table de travail pour y jeter un coup d'oeil à temps perdu. J'ai voulu faire durer « le plaisir » afin d'oublier pendant de courts instants tout au long du mois de mars que l'hiver nous rentre dedans à fond la caisse cette année. Au fil des jours, je me suis mis à voir la page une de l'Annuel 2008 d'une autre façon. Cette une nous présente en gros plan la tête d'une grise capturée par un pêcheur avec un devon. En fait, après avoir observé la page couverture quelques fois, je me suis demandé ce que la une de l'Annuel de pêche 2008 nous présentait avant tout: une capture ou le poisson-nageur? Je déteste la publicité déguisée. Pourquoi? Probablement parce que je ne peux pas supporter que l'on me prenne pour un imbécile à qui l'on peut vendre n'importe quoi sans qu'il s'en rendre compte.
Retour à cette page couverture. Qu'est-ce qui attire mon attention en premier lieu dans une photo de pêche? La taille de la prise. Plus une capture est impressionnante, plus la photo m'attire et m'incite à acheter le magazine. Cette photo nous montre juste la tête de cet omble gris. On peut difficilement estimer sa taille. Mais le Rapala, lui, on le voit très très bien. Tellement bien que je me suis demandé si Rapala n'avait pas payé SCP pour publier cette photographie à la une de leur annuel de pêche? D'ailleurs, par un heureux hasard, la page deux est occupée par une publicité pleine page des produits Storm qui appartiennent maintenant à Rapala... Et la page 17 nous présente le nouveau Rapala X-Rap Shad. Alors qu'en pensez-vous maintenant que j'en parle? La présence de ce Rapala bien en vue sur la première page est-elle seulement le fruit du hasard selon vous?
Le gros titre de cette première page nous mentionne 135 nouveaux produits. Un « article » d'une trentaine de pages nous présente le tout. Autre question de ma part, l'annuel de pêche 2008 nous montre-t-il ces produits pour nous informer ou les détaillants derrière ces nouveautés, dont on ne saurait se passer selon les textes, ont-ils payé l'éditeur de Sentier Chasse-Pêche pour nous les faire connaître?
Quand un magazine permet à l'un de ses chroniqueur de mentionner les produits de ses commanditaires dans ses articles, on peut se poser des questions sur le contenu de la une et sur le fait que les nouveautés qu'on nous présente sur 30 pages sont possiblement une source de revenus pour le magazine SCP...
Je suis vraiment masochiste. Moi qui déteste la publicité déguisée, je continue toujours de lire les magazines produits par l'équipe de Sentier Chasse et Pêche même si je déplore le fait que dans ce magazine, trop souvent, la promotion et la publicité font maintenant partie prenante du contenu rédactionnel. Que voulez-vous je suis un maniaque de pêche et dans ce milieu les amateurs semblent ne pas avoir de problème à se faire vendre n'importe quoi par n'importe qui dans le contenu et les photos des « reportages » des magazines. C'est triste, mais c'est comme ça. Je dois faire avec.
Je me pose des questions sur la promotion et la publicité déguisée dans le contenu rédactionnel de nos magazines de pêche favoris depuis des années. Je n'ai pas écrit à l'équipe de Sentier Chasse-Pêche pour obtenir leur version parce que je sais très bien qu'ils ne m'auraient jamais répondu. Disons que nos relations n'ont jamais été bonnes. Depuis que j'écris sur ce blogue, je n'ai jamais obtenu un accusé de réception de l'équipe de SCP à l'un de mes courriels. En plus, j'ai gagné une cause contre eux devant le Conseil de Presse concernant la promotion déguisée dans le contenu rédactionnel.
Mais qu'est-ce que ma plainte à changer dans leur pratique? Absolument rien. Toutefois cela à changer des choses dans ma façon de dépenser mon budget alloué à la pêche depuis que je me suis mis à m'intéresser au manque d'éthique journalistique des chroniqueurs de pêche. Maintenant avant d'acheter un nouveau produit, j'attends toujours qu'un ami me le recommande après l'avoir lui-même testé. De plus, je consulte de plus en plus souvent le magazine SCP à la bibliothèque...
Gord Ellis est l'auteur de la photographie publiée à la une de l'Annuel de pêche 2008. On peut voir sur le site web de ce monsieur une liste intitulée : Fishing industry friend. Seriez-vous surpris d'apprendre que Rapala en fait partie?
Je ne saurai jamais si la une de l'annuel de pêche 2008 est une publicité payée en tout ou en partie par Rapala, c'est peut-être aussi un retour d'ascenseur pour donner un coup de pouce à un commanditaire qui offre une série de prix important dans le cadre d'une promotion ce printemps, mais j'ai décidé de ne pas acheter de devons de cette compagnie cette année. Si de plus en plus de pêcheurs réagissent de cette façon à ces formes de publicités cachées, les éditeurs des magazines finiront peut-être un jour par comprendre le message!
david.lefrancois@peche-reportage.com