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Impacts du progrès économique sur la pêche sportive

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Bonjour à tous

Je viens de découvrir sur le site de la Fédération des pourvoiries du Québec une étude très intéressante qui traite de l’impact de l’industrie forestière sur les pourvoiries accessibles par hydravion. Imaginez-vous à la place d’éventuels clients du pourvoyeur dont on voit le camp en bas à gauche sur la photo. Une coupe forestière majeure a été faite à moins de 500 mètres de votre chalet accessible par hydravion! Comment faire autrement que de se sentir trahi par le pourvoyeur si vous aviez ce paysage devant vos yeux alors que vous rêviez d’accéder en hydravion à un territoire de pêche encore vierge en pleine nature!

Je vous invite à jeter un coup d’œil à cette étude accessible par Internet qui porte le titre : Transport de brousse en pourvoirie et développement forestier : État de situation et bilan des connaissances. Ce document a été publié en 2006, mais je crois que les problèmes identifiés par la Fédération des pourvoiries du Québec sont loin d’être réglés! « De façon générale, les pourvoyeurs qui opèrent par hydravion croient que les opérations forestières, telles que pratiquées actuellement sur le territoire public, détruisent purement et simplement le potentiel de mise en valeur par hydravion. » On peut lire plus loin : « Ainsi, l’apparence négative de grandes coupes de type CPRS (note 1) sur le territoire, l’accessibilité qui occasionne du braconnage, du vol, du vandalisme et du dérangement de la clientèle, font en sorte que les pourvoyeurs cessent simplement d’utiliser les secteurs touchés pour ne pas perdre d’autres clients. » Un peu plus loin en page 12 on peut lire : « Les pourvoyeurs qui opèrent par hydravion affirment tous que leurs opérations ne sont actuellement plus que l’ombre de ce qu’elles étaient et ils craignent de devoir fermer leurs portes. (…) « Il n’est pas rare que ces entrepreneurs vendent simplement la pourvoirie lorsque les coupes arrivent.»

La lecture de cette étude a de quoi faire réfléchir. Les propriétaires des pourvoiries accessibles par hydravion se trouvent souvent dans des situations inacceptables. Et bien nous aussi comme clients de ces pourvoiries ou comme pêcheurs sportifs amateurs de grands espaces, nous vivons les mêmes problèmes. Je suis estomaqué de constater que bien des pêcheurs n’accordent pas plus d’importance à la beauté des sites de pêche, à la splendeur du paysage et à la quiétude des lieux qu’ils fréquentent. Un exemple : comment pouvons-nous supporter que des génératrices et des VTT soient encore tolérés dans plusieurs réserves fauniques du Québec? Quel intérêt a-t-on de camper près d'un réservoir dont les rives sont détruites par le marnage? Pourquoi choisit-on de pêcher au-dessus d'une vieille forêt inondée? Enfin, je n’ai rien contre les pêcheurs qui pratiquent leur activité favorite dans le port de Montréal, mais de mon côté j’aime pouvoir pêcher en pleine nature dans un environnement de qualité. Malheureusement, ce genre de destination est toujours plus difficile à trouver. On doit s’éloigner de plus en plus du sud du Québec pour avoir la sainte paix dans un beau territoire de pêche. Et avec l’essence à 1.51 $ et peut-être éventuellement à 2 $ le litre, je ne vois pas comment la pêche en territoire vierge ne pourrait pas être une activité en régression dans les années à venir! Nos industriels seront heureux. Ils auront de moins en moins de témoins de leurs activités destructrices à gérer!

Évidemment, les coupes forestières ne sont pas les seules responsables de la dégradation de nos destinations pêche. Hydro-Québec est aussi une source de destruction massive de nos lacs et de nos rivières. C’est avec une certaine tristesse que je suis à préparer un nouveau voyage de pêche sur la magnifique rivière Rupert. Cette rivière sera détournée avant longtemps par Hydro-Québec pour augmenter les revenus tirés de ses installations sur la rivière La Grande. Près de 70% du débit de la Rupert sera détourné vers le Nord. La rivière Rupert sera dénaturée à tous jamais à partir du pont situé aux environs de la borne kilométrique 236 sur la route du Nord jusqu’à la Baie James. Pour moi, pêcher sur la rivière Rupert à l’état sauvage constituait un véritable pèlerinage, un voyage dans un coin de pays laissé intact par le progrès. Mais d’ici quelques années, grâce aux bons soins d’Hydro-Québec, l’une des dernières grandes rivières nordiques accessibles par la route ne sera plus jamais ce qu’elle a déjà été. Cet écosystème sera détruit à tout jamais en grande partie. Des forêts seront de nouveau inondées... Belle énergie verte! Et malheureusement pour nous pêcheurs, Hydro-Québec et de nombreuses entreprises qui construisent des minicentrales ont l’œil sur plusieurs autres rivières où l’on pratique la pêche sportive. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il y a même des projets de développement aussi loin dans le Nord que sur la rivière George qui se jette dans la Baie d’Ungava!

Où s’arrêtera la destruction de notre patrimoine faunique? Nos enfants auront-ils la chance de pêcher dans des secteurs encore vierges dans le sud du Québec? Est-ce que l’industrie de la pourvoirie accessible par hydravion pourra survivre à moins de huit heures de route des grands centres? Voilà le genre de questions que nos politiciens ne se posent pas de toute évidence…

Au plaisir de vous lire

david.lefrancois@peche-reportage.com

NOTE 1: CPRS - coupe avec protection de la régénération et des sols

Commentaires

Les pourvoyeurs payent très cher notre façon de gérer les forêts. Mais ceux qui ont des territoires exclusifs peuvent avoir un poids plus important dans l'exploitation du CAAF.

Depuis le rapport de la commission Coulombe, les autres acteurs du milieu seraient supposés jouer un rôle dans la gestion du territoire.
Bizarrement, les ZECs semblent toujours en accord avec l’industrie forestière. Pourquoi ? L’industrie, avec le financement du MRNF (volet 2 du PMVRMF), permet une meilleure accessibilité au territoire avec la construction et l’entretien des chemins forestiers.

Les réserves fauniques ? Elles protègent de quoi ? D’une surexploitation de la part des pêcheurs/chasseurs ? En tout cas, sûrement pas des coupes forestières.

Les forestières ont tellement bûché que le rapport de la commission Coulombe demande une réduction de 20% des coupes sur le territoire. Loin de réduire les coupes pendant la crise du bois d’œuvre, voilà que les américains ont le droit d’imposer des taxes à l’importation car les forestières ont dépassé les quotas prévus.
L’industrie forestière est maintenant prise à la gorge, elle a tellement étiré la fibre de l’épinette que maintenant elle brise. Les travailleurs et les contribuables payent le gros prix.
Il reste des chemins aux pêcheurs, mais un paysage appauvri.

En Mauricie, plusieurs institutions locales font la promotion d’une région de nature, de plein air, de pêche et de chasse.
En voyant les vidéos ou les pamphlets montrant de grands paysages vierges, je constate que la plupart des paysages montrés viennent du Parc National de la Mauricie : 600km² qui sont loin de représenter les 40000km² de la région.

La Mauricie ainsi que d'autres régions du Québec resteront des régions forestières, mais espérons qu'elles ne deviendront pas que des parkings pour arbres!

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