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Les deux côtés de la médaille : pêche dans le secteur Shawinigan de la réserve Mastigouche.

Bonjour à tous

J’ai acheté le mois dernier un magazine qui présente plusieurs destinations de pêche au Québec. Quand le thermomètre descend sous les moins 10 degrés Celsius et que l’on ne voit pas arriver la fin de l’hiver, un peu de lecture sur notre sport favori nous fait le plus grand bien. J’aimerais vous faire part de certaines idées que la lecture d’un reportage publié sur le secteur Shawinigan de la réserve Mastigouche m’a inspirées. Je préfère ne pas mentionner le nom de l’auteur ni la revue qui publie cet « article ».

Je ne serai jamais capable de travailler dans le milieu des médias qui traitent de la chasse et de la pêche de façon professionnel au Québec. Je n’ai pas la chance de pouvoir écrire avec style et efficacité. Je n’ai pas le talent pour faire passer mes émotions dans un texte. J’ai reçu parfois des commentaires qui m’accusent d’être envieux, voir frustré face aux pros qui font des voyages de pêche extraordinaires tout en étant payés pour le faire. On a raison sur un point. Je suis effectivement très frustré! Frustré de voir si souvent des facettes de la réalité passées sous silence. J’ai donc décidé de lever le voile sur certains faits que cet auteur n’a pas jugés intéressants d’aborder dans son « reportage ».

Primo, en ces temps difficiles, parlons d’argent. Lorsque je paie 8.98 $ pour acheter un magazine, j’aimerais pouvoir trouver aisément le prix d’un voyage de pêche présenté dans les destinations couvertes par les chroniqueurs. Nous nous posons tous cette question: ai-je les moyens financiers pour pêcher un jour à cet endroit? Un séjour de pêche dans la réserve Mastigouche, ce n’est pas gratuit. En 2009, un week-end de trois jours en hébergement en plan européen là-bas me coûtera 282,17 $ par personne. Ces frais incluent le chalet, les droits de pêche et une chaloupe par 2 pêcheurs. Vous devrez en plus planifier un budget pour la location d’un moteur, le transport, la nourriture, l’alcool et le matériel de pêche. Puisqu’on pêche rarement en face du chalet dans cette réserve, je vous recommande un véhicule par deux pêcheurs. Vous devrez parfois rouler une centaine de kilomètres aller-retour pour aller pêcher certains lacs.

La réserve Mastigouche compte près de 417 lacs. La plupart des chroniqueurs mentionnent ce chiffre dans leur article. Les lecteurs ont ainsi l’impression que plusieurs d’entre eux sont laissés au repos pour permettre une meilleure qualité de pêche. Rarement, un chroniqueur vous mentionnera qu’une centaine des lacs de la Mastigouche sont considérés comme « peu ou pas productifs » par le Ministère des Ressources naturelles et de la Faune. Ces lacs ne peuvent pas soutenir une pression de pêche sportive pour différentes raisons : absence d’espèces sportives, pH acide, faible profondeur, taux d’oxygène disponible trop bas, faible superficie, etc. En 2009, le plan de pêche offre 303 lacs dans cette réserve faunique, 125 d’entre eux sont disponibles pour la pêche quotidienne. La Mastigouche est une bonne destination pour taquiner la mouchetée. C’est un fait. Est-ce bien le cas pour la mouchetée indigène? Suite à plusieurs demandes d’accès à l’information auprès du MRNF, j’ai obtenu des données dignes d'intérêt.

On a ensemencé de l’omble de fontaine dans 153 lacs de la réserve faunique Mastigouche depuis sa création en 1971. Et du lot, 97 l’ont été avec des souches NON INDIGÈNES. Seulement en 2008, la réserve Mastigouche a ensemencé 34 lacs. Deux d’entre eux l’ont été avec de la mouchetée d’une lignée indigène uniquement : les lacs Provision et Pimbina. Et ces deux lacs avaient déjà été ensemencés avec des lignées non indigènes dans le passé. Alors, s.v.p. ne me parlez pas du meilleur endroit pour taquiner la mouchetée indigène à moins de 200 km de Montréal. Je mets au défi les pêcheurs qui fréquentent la Mastigouche de savoir si leurs lacs favoris ont été ensemencés ou non uniquement avec des souches indigènes... Une chose est certaine, personne ne s’est jamais vanté des données d’ensemencement d'ombles de fontaine que j’ai obtenu du MRNF. Pourquoi? Tout simplement parce que l'adjectif indigène couplé à omble de fontaine: c'est vendeur. Les pêcheurs désirent capturer des truites indigènes. Alors on leur laisse croire qu'ils en prennent partout. Vous l'avez cru, j'y croyiais aussi dur comme fer, j'Ignorais qu'autant de lacs de la Mastigouche avait été ensemencés avec des lignées non indigène avant de mettre la main sur ces statistiques.

L’auteur de l’article qui m’a inspiré ce texte cite un cadre de la SÉPAQ au sujet du système de réservation 4 mois à l’avance pour la pêche à la journée via internet mis en place en 2008 : « On a dû faire face à une explosion de demandes. Les correctifs ont été apportés et la clientèle en général est très satisfaite de cette nouvelle façon de faire. » J’imagine que ce cadre vendredi dernier devait être stupéfait de constater que les réservations par internet ont été impossibles le jour de l’ouverture du lac au Sorcier, le lac le plus populaire de la réserve faunique Mastigouche. La SÉPAQ a de toute évidence de nouveau sous-estimé l’ampleur de la popularité de la pêche à la journée. Jamais deux sans trois dit le dicton. Peut-être qu’en 2011 on pourra vraiment se fier au site internet de la SÉPAQ pour réserver un lac le jour de l’ouverture du lac au Sorcier.

Vendredi le 27 février 2009, le système de réservation via internet de la SÉPAQ a carrément planté. Les internautes ont été incapables de compléter leur demande au démarrage du système à 8 h 30. J’avais mis la main sur le lac à la Belette le 27 juin 2009. Mais ma transaction n’a pas pu être conclue en ligne. Un copain internaute a eu la chance d’obtenir l’une des cinq chaloupes du lac Sorcier par internet. Mais lui non plus n’a pas pu finaliser sa réservation. Pourtant, ces deux transactions avaient été autorisées sur nos cartes de crédit respectives. Selon une préposée du service des réservations de la SÉPAQ, personne n’a pu faire de réservation par internet ce matin-là. Je suis convaincu que de façon générale, le 27 février 2009, aucun internaute n’était satisfait de la performance du site web de la SÉPAQ… Qui aime bien châtie bien, la situation s’est grandement améliorée depuis 2008. Mais tout n’est pas parfait, loin de là!

L’auteur nous apprend dans son article qu’il a fait « une bonne pêche sans être miraculeuse » dans le secteur Shawinigan du 9 au 11 juin 2008. Pourtant, l’auteur nous mentionne avoir pêché sur le lac du Busard: un lac vedette dans ce secteur. C’est intéressant de voir éclore un peu d’esprit critique dans ce « reportage ». Les amateurs qui connaissent bien la Mastigouche voient assurément venir ma pointe de frustration. Dans cet article, fort bien écrit par ailleurs, l’auteur ne mentionne pas une seule fois que dans plusieurs secteurs de la Mastigouche, il faut participer à un tirage au sort chaque soir, qui détermine le lac où vous pêcherez le lendemain. Où avais-je la tête, l’auteur n’a pas eu à participer à ce tirage au sort. C’est probablement la raison qui explique cette omission... Il était accompagné par un cadre de la SÉPAQ. Il était en reportage pour un magazine. Ces gens-là n’ont pas le temps de participer au tirage au sort. Ils ont tout simplement fait ouvrir l’un des meilleurs lacs du secteur Shawinigan. C’est tellement plus simple et efficace pour mieux faire connaître les forfaits offerts par la SÉPAQ dans la réserve Mastigouche. Le lac du Busard n’est pas ouvert en juin. Il est disponible uniquement à la fin août pour les citoyens ordinaires comme vous et moi! Nous, si nous pêchions le lac du Busard en juin, nous serions accusés de braconnage. J’ai réservé un séjour dans le secteur Shawinigan du 22 au 25 août 2008 dans l’espoir de pêcher ce lac pour la première fois. Et lors de mon passage, le lac du Busard n’avait toujours pas été ouvert au public en 2008! Meilleure chance la prochaine fois.

Pour ceux qui ne connaissent pas le « Bingo-Sépaq » de la réserve Mastigouche, voici comment il fonctionne généralement. Dans la plupart des secteurs d’hébergement, à 21 h un représentant par chalet est invité à participer à un tirage au sort. Si votre chalet est occupé par 4 pêcheurs. Vous aurez droit à deux boules dans le boulier. Exemple : 6 A & 6 B. Le chiffre 6 représente le chalet #six. La lettre A, un équipage d’un à trois pêcheurs dont les noms sont confirmés avant le tirage par le chef de groupe. À pleine capacité le secteur Shawinigan peut accueillir 44 pêcheurs au total dans ses six chalets. Donc, un total de 22 boules peuvent se retrouver dans le boulier du gardien de territoire. Si tous les chalets sont occupés, c’est souvent le cas dans la réserve Mastigouche qui a un taux d’occupation très élevé, vous auriez donc 1 chance sur 22 d’obtenir le premier choix. Si vous préférez, vous auriez 4,5 % de chance de choisir un lac en premier…

C’est un petit détail qu’il vaut mieux connaître pour éviter des frustrations une fois sur place! Évidemment, si vous avez la chance d’être un chroniqueur de pêche professionnel, ce petit détail n’a aucune importance pour vous. Vous irez pêcher là où le cadre de la SÉPAQ qui vous accompagne jugera bon d’avoir une chaloupe à sa disposition. L’auteur nous précise que « l’important c’est de se retrouver en pleine nature… » Quant à moi, je vous dirais que l’important pour les chroniqueurs professionnels, c’est de pêcher où ils auront la chance de prendre de belles truites dodues pour illustrer avec de magnifiques photographies leur publireportage. Pardon, je suis irrespecteux: leur reportage… Un de ces jours, je vous le promets, je ferai une demande d’accès à l’information pour vérifier si les cadres de la SÉPAQ ont vraiment tous les droits en matière de relation publique et de publicité.

Lors de mon passage dans le secteur Shawinigan en 2008, le gardien du secteur pratiquait un système de lac vedette. Ça non plus ce n’est pas mentionné nulle part dans l’article publié dans ce magazine en février. Les lacs Arvisais et Bec-Scie étaient considérés comme lac vedette lors de mon séjour. Ça signifie que je n’aurais pas pu pêcher deux fois sur le lac Arvisais si j’avais été tiré deux fois au premier rang. Parfois lors de séjour avec la SÉPAQ, c’est l’ensemble des villégiateurs occupant un chalet qui ne peuvent pas pêcher deux fois sur le même lac vedette. Quand vous faites partie d’un groupe de 6 à 12 pêcheurs, c’est une nuance importante. Demandez toujours au gardien de préciser comment il applique son système de lac vedette AVANT le premier tirage…

L’auteur dans cet article recommande plusieurs lacs de la réserve Mastigouche : de la Panse, Chériore, Arvisais, Effilé, Brodeur, Bec-Scie et aux Chantiers. Du lot, seuls le lac Bec-Scie et l’Effilé n’ont jamais été ensemencés. Et parmi les lacs ensemencés, seul le lac Arvisais l’a été avec des ombles de fontaine d’une lignée indigène uniquement… Étonnamment, le chroniqueur professionnel ne recommande pas le lac du Busard! Pourtant, ses statistiques sont enviables : 5,65 prises par pêcheur, moyenne de poids par omble de fontaine de 312 grammes. Un autre oubli de sa part j’imagine. Vous avez envie de pêcher ce lac en 2009. Bonne chance. Le plan de pêche identifie deux types de lacs dans les secteurs d’hébergement. Ceux qui sont ouverts à l’ouverture et les lacs de remplacement. Une fois que le quota annuel en kilogramme d’un lac est atteint, la réserve faunique le ferme et ouvre le premier lac de remplacement dans la liste. Le lac du Busard, l’Effilé et le Bec-Scie sont des lacs de remplacement. C’est impossible de savoir exactement quand ils seront ouverts. Vous devez jouer de chance et réserver votre séjour en souhaitant que le lac que vous désirez pêcher soit ouvert pendant votre passage là-bas. Et une fois sur place, vous aurez peut-être chaque soir 1 chance sur 22 d’obtenir le lac de vos rêves si le secteur est bondé…

J’ai un gros problème avec la recommandation du lac aux Chantiers . Entre vous et moi si vous avez l’opportunité de pêcher dans le secteur Shawinigan en 2009, ne gaspillez pas votre premier choix au tirage au sort sur le lac aux Chantiers. Ce lac a des problèmes. Tellement que je prépare un long reportage centré sur ce lac pour www.peche-reportage.com. Voici quelques chiffres qui devraient me permettre de vous convaincre rapidement : le quota annuel de ce lac en 2008 était de 70 kilos. Le lac aux Chantiers a été offert dès l’ouverture, et ce, pour toute la saison 2008 puisque son quota annuel n’a pas été atteint. Au total, 51,10 kg ont été capturés en 2008 sur ce lac suite à un effort de pêche de 91 jours/pêcheur! En 2006, le quota annuel était aussi de 70 kilos, il a été dépassé en 51 jours/pêche. Je crois pouvoir me permettre d’écrire que les statistiques de ce lac sont en chute libre. Le succès moyen était de 3,52 prises en 2008, versus 5,14 en 2006. Et le poids moyen était de 160 grammes en 2008 versus 286 grammes en 2006. À votre avis, pourquoi recommande-t-on de pêcher ce lac dans cet article???

Votre hypothèse est aussi bonne que la mienne. Dans mon cas, je pense qu’on s’est malheureusement fié à la réputation passée du lac aux Chantiers. Évidemment, cela permettra à la réserve faunique Mastigouche de tirer un peu plus d’argent de la réputation surfaite de ce plan d’eau… Je souhaite vraiment me tromper. J’ai fait de magnifiques pêches sur le lac aux Chantiers. Mais mon instinct me dit que les statistiques de ce lac vont être pires en 2009 que l’année dernière…

Après la lecture de ce « reportage », j’ai senti le besoin de vous donner l’heure juste sur différents points que l’auteur n’a pas jugé intéressant d’aborder. Pour les braves qui m’ont lu jusqu’à la fin, je vais vous révéler un secret. Je vais ouvrir ma saison de pêche en eau libre justement dans le secteur Shawinigan cette année. J’adore pêcher là-bas, tout particulièrement sur le lac Bredouille, pardon le lac Brodeur où la pêche peut être très difficile, mais qui parfois offre une qualité de capture intéressante. Allez voir les statistiques de ce lac et vous comprendrez que lorsqu’on y fait son quota, on a raison d’être fier. Ça arrive très rarement. Il faut être là-bas alors que la température de l’eau est à la hausse, mais juste avant la sortie en masse des insectes piqueurs. La pêche est bonne où vous voyiez des hirondelles se nourrir à la surface du lac…

C’est ça la pêche. Rien n’est garanti. Mais je déteste les gens qui voient la vie avec des lunettes roses. Si j’ai décidé de retourner pêcher dans la Mastigouche, c’est parce que je connais bien les avantages et les inconvénients de cette destination. Vous voilà maintenant mieux informés des mauvais côtés du secteur Shawinigan! Vous connaissez maintenant vous aussi l’autre côté de la médaille…


David Lefrançois
www.peche-reportage.com

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