Que se passe-t-il au lac aux Chantiers?

J’ai pu observer sur le terrain depuis la fin des années 1990 que la qualité de pêche décroît sur plusieurs lacs de la réserve faunique Mastigouche. Fin août 2008, j’ai été choqué de constater que personne ne semblait réagir alors que la pêche était vraiment moins bonne au lac aux Chantiers. Ce plan d’eau, accessible dans le secteur d’hébergement Shawinigan, m’a offert des pêches extraordinaires pour un lac situé à deux heures de route de Montréal. Mon attachement à ce plan d’eau m’a amené à l’utiliser comme lac témoin pour essayer de comprendre les dangers qui guettent nos lacs. Lisez la suite de ce reportage si mes recherches pour tenter de comprendre ce qui est en train de se produire dans plusieurs lacs des réserves fauniques du Québec vous intéressent…
Je fréquente la réserve faunique Mastigouche depuis 1999. Je fais partie de trois groupes d’une quinzaine de pêcheurs qui participent chaque année au tirage au sort pour la pêche en villégiature. La loi du nombre m’a permis d’aller plus d’une fois dans le secteur Shawinigan en début de saison alors que la pêche à l’omble de fontaine est parfois excellente. Je fais aussi partie de deux groupes qui préfèrent pêcher dans la réserve Mastigouche en août, et à cette période de l’année, même si vous êtes non gagnants au tirage au sort, des chalets demeurent toujours disponibles.
Avant 2007, l’un de mes lacs favoris du secteur Shawinigan était le lac aux Chantiers. Généralement, lors du tirage au sort qui détermine l’allocation des lacs le lendemain, le lac aux Chantiers était réservé parmi les trois premiers. S’il ne sortait pas toujours au premier rang, c’est qu’on doit rouler une vingtaine de kilomètres pour s’y rendre et faire un court portage de 15 minutes.

Le 14 mai 2005, j’ai eu la chance d’ouvrir la saison de pêche sur ce lac avec mon copain Luc. Nous y avions capturé un quota de quatorze ombles de fontaine qui pesaient près de 5,5 kilos (douze livres). Entre 2000 et 2006, il n’était pas rare d’y capturer des truites qui dépassaient la livre, même parfois une livre et demie. Avec des possibilités de pêche aussi bonnes, le quota annuel en kilogrammes déterminé par le Ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) était atteint rapidement en juin chaque année. Le lac aux Chantiers était l’un des premiers lacs à fermer dans le secteur Shawinigan.

Mais depuis 2007, la pêche y est plus difficile. En mai 2008, malgré la patience de mon ami Réjean, après plus de 8 heures de pêche sur ce petit lac dont je connais toutes les structures, nous n’avions capturé qu’une seule truite qui dépassait la livre. Malgré nos efforts, nous n’avons pas été en mesure de faire notre quota. Le nombre et le poids moyen des prises à considérablement chuter sur ce lac depuis 2006. Tellement que l’été dernier, à mon passage le 25 août 2008, le lac aux Chantiers qui avait reçu ses premiers pêcheurs à l’ouverture était toujours ouvert! C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à me poser de sérieuses questions sur l’efficacité du plan de pêche de la réserve faunique Mastigouche. Le système mis en place pour protéger notre patrimoine faunique ne semblait pas réagir. De retour à Montréal, j’ai fait part de mes appréhensions au sujet du lac aux Chantiers par courriel le 27 août 2008 au directeur de la réserve Mastigouche, M. Mathieu-H. Brunet :
« Lors de mes premiers séjours dans votre réserve faunique, le lac aux Chantiers donnait des résultats extraordinaires. (…) Le quota annuel a été baissé, mais de toute évidence, ce quota est toujours trop élevé. Ce n'est pas normal que ce lac, un plan d'eau de petite taille, soit offert aux pêcheurs de l'ouverture jusqu'au 25 août. Pourquoi ne l'avez-vous pas fermé dès le mois de juin en analysant les statistiques de pêche? Quel est votre plan de match pour sauvegarder ce lac? » (…)
Voici un extrait de sa réponse reçue par courriel le 19 septembre 2008 :
(…) « En ce qui concerne l'ouverture et la fermeture des lacs, cela dépend juste de l'atteinte ou non du quota alloué par lac. Si le lac aux Chantiers était encore ouvert lors de votre séjour, c'est qu'il restait du quota à prendre. Nous faisons une gestion serrée de nos plans d'eau et soyez assurés qu'il n'y a aucune surpêche dans la réserve faunique. Notre technicien de la faune, en lien avec Faune-Québec, analyse le rendement de tous nos lacs de pêche et nous prenons les moyens nécessaires pour conserver une bonne qualité de pêche à travers les années, et ce, dans tous nos plans d'eau. Étant donné que nous travaillons avec du “vivant”, même en faisant la meilleure gestion du monde il se peut que le rendement d'un lac varie pour des raisons difficilement explicables ou contrôlables. »
La SÉPAQ publie depuis des années les statistiques de pêche des plans d’eau ouverts l’année précédente. La publication de ces données est une excellente forme de marketing. Ces documents précisent dans le cas de la réserve Mastigouche le poids moyen des captures en kilogramme et le nombre de prises par pêcheur pour chaque lac. Mais on ne trouve pas dans ces statistiques le poids total des captures annuelles ni le quota annuel alloué à chaque plan d’eau. Ces données sont la clé de voûte du plan de pêche.
Suite à une série de courriel, j’apprenais que les quotas annuels en kilogrammes pour chaque lac offert dans la Mastigouche étaient déterminés par une biologiste du MRNF basée à Trois-Rivières. Le 1er décembre 2008, j’ai envoyé un courriel à cette biologiste pour obtenir les quotas annuels de tous les lacs de la Mastigouche ainsi que des informations sur la méthodologie utilisée pour déterminer ces quotas. Le 9 décembre 2008, j’ai reçu un courriel d’une conseillère en communication du MRNF :
« En réponse à votre courriel du 1er décembre 2008, nous vous informons que la nature de votre demande relève de l’application de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels (L.R.Q., c.A-2.1). »
Après des démarches avec le bureau du responsable de l’accès à l’information du MRNF, j’ai reçu une autre enveloppe brune juste avant les Fêtes 2008. En fait, j’ai obtenu 185 pages de données avec les quotas annuels de tous les lacs de la réserve faunique Mastigouche depuis sa création en 1971.

Ces données m’ont permis d’apprendre bien des choses sur le lac aux Chantiers et sur la réserve faunique Mastigouche. En 1971, il y avait seulement 91 lacs d’accessibles aux pêcheurs d'ombles de fontaine selon le plan de pêche qui totalisaient un quota possible pour la réserve de 17 215 kilos. Nous aurons accès à 300 lacs à mouchetée en 2009 qui totaliseront, eux, un quota de 19 096 kilos. Si je filtre les données disponibles et que je compare uniquement les lacs offerts en 1971 et en 2009 pour cet espèce, j’arrive à une diminution du quota annuel de 7583 kilos! Soit une diminution de plus de 54,5 % de l’offre aux pêcheurs sur ces 79 lacs! Sur les 91 lacs ouverts au public en 1971, 62 ont vu leur quota diminuer en 2009. À ce rythme, si j’ai la chance d’avoir des petits-enfants, pourront-ils faire des pêches de qualité dans 40 ans dans ma réserve faunique favorite?
Le lac aux Chantiers a été offert aux clients de la réserve faunique Mastigouche pour la première fois en 1972. Son quota annuel était de 91 kilos cette année-là et il est tombé en zéro en 1977 et 1978. Au départ j’ai pensé que les biologistes avaient tout simplement fait reposer le lac aux Chantiers pendant deux ans. En 1982-1983 son quota annuel atteignait 109 kilos. Depuis lors, le quota annuel du lac aux Chantiers est en déclin : 95 kilos en 1993, 78 kilos en 2003. Depuis 2005, son quota annuel moyen est de 71,6 kg.
Fort bien, mais qu’est-ce qu’on obtient comme captures annuelles et quel est l’effort de pêche nécessaire pour y arriver? On peut faire dire n’importe quoi à des chiffres. Certains vont prétendre que les biologistes se sont tous simplement trompés sur le potentiel de pêche des lacs de la Mastigouche en 1971 et qu’avec le temps on a réajusté les quotas annuels à la baisse pour des raisons de conservation. Je devais avoir accès à d’autres données. Après une seconde demande d’accès à l’information, j’ai obtenu les captures annuelles et l’effort de pêche pour chaque lac lors de certaines années depuis 1971. Je n’étais pas au bout de mes surprises. Tous les pêcheurs doivent remplir des statistiques suite à une journée de pêche dans la réserve Mastigouche. On indique la date, le lac pêché, le nombre de pêcheurs, le nombre de prises, le poids des prises et le nombre d’heures pêchées. Ces statistiques sont compilées et elles permettent à la réserve de fermer les lacs une fois que le quota annuel est atteint. Du moins, c’est vrai pour les lacs offerts en hébergement. Avec ces statistiques on peut aussi déterminer le nombre de jours/pêche offerts sur chaque plan d’eau.

En 2006, les pêcheurs ont capturé 75 kilos d’ombles de fontaine en 51 jours/pêche sur le lac aux Chantiers. Le quota annuel a été dépassé de 5 kilos. Deux ans plus tard, malgré 91 jours/pêche d’alloués sur ce lac, à peine 51 kilos de truite ont été capturés. Ces nouvelles informations m’ont amené à envoyer ce courriel le 5 février 2009 à Mathieu-H Brunet, le directeur de la réserve faunique Mastigouche :
Pouvez-vous me dire qui dans l'organisation de la réserve Mastigouche ou du MRNF est responsable de vérifier la productivité des plans d'eau? Quelles mesures seront prises en 2009 pour conserver une bonne qualité de pêche sur le lac aux Chantiers à l'avenir?
Le 20 février 2009, j’obtenais cette réponse par courriel :
Monsieur Lefrançois,
Il me fait plaisir de pouvoir répondre aux questions que vous vous posez par rapport à la gestion de la ressource halieutique dans la réserve faunique Mastigouche. L'intérêt que vous avez pour la gestion faunique démontre bien l'attachement que vous entretenez envers la réserve faunique, tout comme beaucoup d'autres pêcheurs, chasseurs et villégiateurs qui fréquentent Mastigouche.
Je me permets tout de même de vous rappeler que la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) est le gestionnaire identifié par le gouvernement pour gérer les activités sur le territoire des réserves fauniques québécoises. Bien que nous mettions activement l'épaule à la roue dans la gestion des ressources présentes sur le territoire, il relève bel et bien du MRNF d'orienter cette dernière.
Ce processus de gestion commune se fait par le biais de maintes discussions et rencontres tout au long de l'année entre les représentants de la réserve faunique et les biologistes du MRNF et à la lumière des résultats d'études et des observations du MRNF, nous ajustons le plan de pêche d'année en année pour le bénéfice des pêcheurs actuels, mais aussi pour les générations futures. (…)
Questions :
« (…) Je n'arrive pas à comprendre pourquoi le système mis en place ne semble pas réagir à la baisse de productivité du lac aux Chantiers. (…) Est-ce que vous ou certains de vos collègues avez remarqué que les statistiques du lac aux Chantiers sont en chute libre? En 2006, moins de 51 jours/pêche ont été nécessaires pour atteindre le quota annuel de 70 kilos. En 2007, l'effort de pêche a pratiquement doublé pour atteindre le quota annuel (92 jours/pêche). En 2008, malgré un effort de pêche de 91 jours, à peine 51 kilos ont été pris sur le quota annuel de 70 kilos. Pourtant en 2009, le quota n'a pas bougé? (…) Comment expliquez-vous la baisse du succès moyen par pêcheur et la baisse du poids moyen des captures depuis 2005? Cycle naturel, braconnage, introduction d’espèce compétitrice, perte d'accès à une frayère à cause d'un barrage de castors ? À ma connaissance, aucune perturbation majeure comme des coupes forestières n'ont eu lieu depuis des années dans ce secteur? Est-ce que ce lac a déjà subi une restauration de la biodiversité d'origine? Est-ce qu'un obstacle à la migration des poissons aurait été mal entretenu? À part varier le quota annuel en kilo, quels sont les moyens à la disposition de la direction de la réserve et du MRNF pour conserver une bonne qualité de pêche sur le lac aux Chantiers?»
(…)
Réponse de Mathieu-H Brunet
Finalement, en ce qui concerne le cas du lac aux Chantiers, il n'y pas lieu de s'inquiéter non plus. Effectivement, le succès de pêche est en baisse, mais pas en chute libre comme vous le dites. Tout comme beaucoup d'autres lacs, il fait l'objet de suivi serré et sachez que des pêches expérimentales sont prévues sur ce lac en 2009 pour alimenter en information ce suivi. Le lac aux Chantiers a effectivement fait l'objet d'une restauration de la biodiversité d'origine en 1976. Le MRNF et la Sépaq font aussi un suivi périodique de tous les obstacles à la montaison du poisson des lacs restaurés. Le lac aux Chantiers est un lac qualifié de cyclique aux yeux du MRNF et a déjà fait l'objet de multiples variations dans le temps. On a déjà observé dans le passé des baisses dans le succès de pêche de ce lac et il serait imprudent de tirer des conclusions hâtives en ce qui concerne ce plan d'eau. (…)
Mathieu-H. Brunet, directeur
Réserve faunique Mastigouche

Je souhaite grandement que M. Brunet ait raison et que la baisse de productivité du lac aux Chantiers soit reliée à un cycle naturel. Quelle autre cause pourrait expliquer les résultats décevants des dernières années? À l’aide d’Internet, j’ai trouvé des documents qui m’ont permis de comprendre le déclin des quotas annuels dans certains lacs de la réserve Mastigouche. La principale raison est l’introduction d’espèces compétitrices et envahissantes. La solution choisie pour répondre à ce problème est la restauration de la biodiversité d’origine.
Débutons par tenter de comprendre l’impact de l’introduction d’une espèce dans un lac qui contenait de l’omble de fontaine? Voici ce qu’écrit à ce sujet le réputé chercheur de l’UQTR Pierre Magnan :
« L'omble de fontaine, Salvelinus fontinalis, est souvent retrouvé en présence d'une ou plusieurs espèces dans les lacs du Bouclier canadien (Catostomidae, Cyprinidae) (NDLR : meuniers noirs et mulets à cornes par exemple). Ces espèces ont été introduites par les pêcheurs utilisant des poissons-appâts ou ont colonisé les lacs du bouclier en empruntant des voies créées par les pratiques forestières du début du siècle. Depuis 1984, les travaux de mon équipe ont permis de démontrer que les introductions d'espèces diminuaient grandement la biomasse et les rendements à la pêche sportive de l'omble de fontaine, en raison d'une compétition alimentaire avec les espèces introduites. »
Source : http://www.uqtr.ca/GREA/chercheurs.php?id=5
Dans une autre étude, M. Magnan et deux chercheurs précisent que le rendement peut facilement baisser de 30 à 50 % si une espèce compétitrice est introduite dans un lac qui contenait uniquement de l’omble de fontaine. Certains poissons comme le mulet à corne sont en effet beaucoup mieux adaptés que l’omble de fontaine pour se nourrir des larves, des vers et des invertébrés riches en nutriments qui vivent au fond de nos lacs – la faune benthique.
« Creek chub is more efficient at feeding on benthic prey than brook charr (Magnan & Fitzgerald 1982, 1984), and when living in sympatry with charr, fishing yield and production of trout are lower by 30 to 50%, respectively, compared to when living in allopatry (Magnan 1988; Lacasse & Magnan 1992; Bourke et al. 1999). »
http://www.uqtr.ca/GREA/pdf/publi/2009boizardmanganangers.pdf
Le mulet à corne n’est pas la seule espèce ayant un impact majeur sur l’Omble de fontaine dans le territoire de la Mastigouche. On doit aussi mentionner le Meunier noir. Le régime alimentaire de ce poisson est semblable à celui des truites mouchetées. La compétition engendrée pour l’espace et la nourriture fait baisser rapidement la qualité de la pêche sportive. Une véritable guerre au Meunier noir est déclarée depuis des années dans la réserve Mastigouche.

photographie publiée avec le permission de Paysan (Flickr) source
On a même dynamité des chutes pour empêcher cette espèce de remonter dans certains bassins hydrographiques. L’une de ces chutes a été dynamitée sur la rivière du Loup en amont de la décharge du lac aux Chantiers. On a aussi procédé à la restauration de la biodiversité d’origine de plusieurs lacs infestés par le Meunier noir. Que veut-on dire par l’expression « restauration de la biodiversité d’origine »? En québécois, on dirait qu’on a empoisonné ces lacs afin de tuer tout ce qui y respirait par des branchies pour ensuite y ensemencer uniquement des truites mouchetées…
Vous devez vous demander comment on empoisonne les lacs. Avec l’aide de roténone liquide. Cette molécule organique, extraite de différentes plantes, est toxique pour de nombreux êtres vivants, dont les poissons. Pour l’instant, l’usage de la roténone est toujours permis au Québec et aux États-Unis dans différentes applications.
Évidemment, j’ai tenté d’obtenir plus d’information sur les raisons de la décroissance des quotas annuels de plusieurs lacs de la Mastigouche. J’ai fait une demande d’entrevue officielle au MRNF avec le biologiste responsable de la mise en place du plan de pêche de la réserve faunique Mastigouche. J’ai eu la surprise d’obtenir la réponse suivante d’une conseillère en communication du MRNF :
« En réponse à votre courriel du 5 janvier dernier, je vous informe que la politique du Ministère ne permet pas d’accorder d’entrevue dans le cadre d’un blogue. Il ne sera donc pas possible pour nous d’acquiescer à votre demande d’interview téléphonique pendant la saison hivernale concernant les quotas annuels de la réserve faunique Mastigouche.»
J’ai donc dû faire deux autres demandes d’accès à l’information, pour obtenir du MRNF diverses informations sur le lac aux Chantiers. Selon un document intitulé « Historique des aménagements dans la réserve Mastigouche », mon « ancien » lac favori a été le deuxième à subir une restauration de la biodiversité d’origine dans cette réserve faunique! Ce document stipule :
« 1977, restauration du lac Chantier, roténone + O.M.P + repeuplement. »

Un obstacle à la migration des poissons (O.M.P.) a été construit. On a tué tous les animaux respirant par des branchies en 1977 dans le lac aux Chantiers à l’aide d’un « traitement » à la roténone. Puis on l’a ensemencé en 1978, 1979 et 1980. Selon ce document, on a consolidé le barrage du lac aux Chantiers en 1993. Depuis cette date, le lac aux Chantiers n’apparaît plus dans les travaux d’aménagement. Est-ce que la réserve faunique et le MRNF avaient les ressources humaines nécessaires pour assurer le suivi et l’entretien de cet ouvrage depuis 1993? Est-ce que la durée de vie utile de l’O.M.P a été dépassée?
Aussi incroyable que cela puisse paraître, je suis allé au moins cinq ou six fois pêcher au lac aux Chantiers sans savoir que le petit ponceau qui nous servait à enjamber le ruisseau faisait partie d’un ouvrage qui empêchait les Meuniers noirs de remonter ce cours d’eau pour aller compétitionner les ombles de fontaine dans le lac en amont.
Obstacle à la migration des poissons du lac aux Chantiers
Mise en ligne par David Lefrançois
Les compétiteurs de l'omble de fontaine peuvent-ils contourner l'OMP par la droite lors des crues ou des inondations?
Ce barrage montrait d’ailleurs ces dernières années des signes de dégradation. Depuis 2006, le secteur de Saint-Alexis-des-Monts a été victime de plusieurs inondations. Est-il possible que le niveau d’eau à la suite de fortes pluies ait suffisamment augmenté pour que les Meunier noirs réussissent à contourner le barrage? Est-ce que des imbéciles ont réintroduit le Meunier noir en pêchant illégalement avec des menés dans le lac aux Chantiers? Allez savoir, mais une chose est certaine, je vous garantis que les statistiques de pêche du lac aux Chantiers en 2009 ne seront pas bonnes si la baisse de productivité de cet écosystème est reliée au retour du Meunier noir ou d’une espèce envahissante.
Devinez où j’ai ouvert ma saison de pêche en 2009. Et oui dans le secteur Shawinigan de la réserve faunique Mastigouche. Voici un extrait d’un carnet que j’ai publié sur mon blogue :
« Nous avons été chanceux au tirage au sort du vendredi 15 mai 2009, mais pas tant que ça. Nous formions 4 groupes de deux pêcheurs et certains d’entre nous sont sortis loin. J’ai sélectionné pour un de mes groupes le lac aux Chantiers. Je savais que ce lac avait des problèmes, mais comme c’était le jour de l’ouverture, j’ai pris une chance. Mes copains Raymond et Sylvain y ont capturé une dizaine d’ombles de fontaine dont le poids moyen était de 150 grammes. Le lendemain, un groupe de 3 pêcheurs a ramené 21 truites pour 3 kg. Le même poids moyen. Vous vous rappelez que dans les belles années du lac aux Chantiers, j’ai déjà pris à l’ouverture un quota de 14 truites dont le poids moyen était de 392 grammes. Un poids moyen pratiquement trois fois plus élevé!
Alors, suivez mon conseil, oubliez le lac aux Chantiers cette année si vous êtes tirés premiers dans le secteur Shawinigan. Faites comme moi, demandez au gardien de ce secteur, où il irait pêcher. Je vais même lire l’avenir, le quota annuel de 70 kg en 2009 du lac aux Chantiers est IRRÉALISTE. J’ai la conviction qu’il ne sera pas atteint et qu’on va peut-être enfin constater l’ampleur des dégâts… »
Combien de pêcheurs ont été déçus en 2008 à leur retour du lac aux Chantiers? Combien de pêcheurs cette année, après avoir lu en février 2009 que l'éditeur d'un magazine québécois recommandait le lac aux Chantiers dans le secteur Shawinigan, reviendront déçus de leur pêche sur ce lac? Est-ce qu’on va garder ouvert le lac aux Chantiers de nouveau pendant une saison complète afin de tirer le maximum de revenus de la réputation passée de ce lac?
J’imagine que les pêches expérimentales prévues en 2009 sur le lac aux Chantiers dont parlait le directeur de la réserve Mastigouche dans son courriel serviront à vérifier la présence d’espèces compétitrices. Comptez sur moi pour vous donner des nouvelles du lac aux Chantiers et pour poser des questions aux autorités compétentes. Rien ne garantit toutefois que j'aurai la chance d'obtenir des réponses. Je ne suis en effet qu'un pauvre blogueur...
Je n’ai pas de réponses claires pour expliquer la baisse de la qualité de pêche sur le lac aux Chantiers: cycle naturel, introduction d’une espèce compétitrice par un braconnier, réintroduction d’une espèce compétitrice suite à une inondation ou à cause du mauvais état de « l‘obstacle à la migration des poissons », etc. Est-ce que ce lac pouvait supporter la pression de pêche dont j’étais moi-même en partie responsable? Est-ce le quota annuel de ce lac était trop élevé? Est-ce qu’il y a eu surpêche par des braconniers? Allez savoir, j’ai appris une chose en travaillant sur ce reportage, en matière de gestion de nos lacs et de nos rivières, il n’y a pas de réponse simple à des problèmes complexes. La population d’ombles de fontaine du lac aux Chantiers de la réserve faunique Mastigouche semble être en décroissance. Pourtant, ce territoire est protégé par le système de gestion mise en place par la réserve faunique Mastigouche et le MRNF. Le lac aux Chantiers n’est assurément pas le seul à éprouver des problèmes dans la réserve faunique Mastigouche. Prenez une seconde et imaginez un instant la situation des lacs en territoire libre au Québec !
En terminant, je tiens à remercier les fonctionnaires du MRNF qui ont traité mes demandes d’accès à l’information et le directeur de la réserve faunique Mastigouche. Sans votre aide précieuse, ce reportage n’aurait pas pu prendre forme.