Laisse-t-on vraiment de bons lacs se reposer dans la Mastigouche?

Bonjour à tous
Combien de fois avez-vous lu ce genre de phrase dans un article vous présentant une réserve faunique :
« Même si on dénombre 417 lacs dans la réserve faunique Mastigouche, un territoire de 1535 km2, la Société des établissements de plein air du Québec a décidé d'en exploiter seulement 230 en 2009 pour laisser les autres se “reposer”. Ce mode de gestion permet la récolte de superbes truites mouchetées indigènes dans cette réserve faunique située près des grands centres. »
Est-il exact que les gestionnaires de la réserve faunique Mastigouche appliquent un plan de gestion qui a permis de faire reposer 187 lacs en 2009? Est-ce que ce chiffre est erroné? Est-ce que c’est plutôt un mythe, un vœu pieux que certains chroniqueurs de pêche professionnels tentent de nous faire « gober »?
En fait, selon les données que j’ai obtenues, il y aurait deux « mythes » et une erreur de faits dans ce lead que j’ai adapté de l’introduction d’un article publié dans un quotidien en juillet 2009. Premièrement, réglons le cas de l’erreur de fait. Le plan de pêche du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), disponible au début 2009, précisait que 301 lacs de la réserve Mastigouche seraient offerts aux pêcheurs. Est-il possible que la réserve faunique Mastigouche ait décidé d’ouvrir seulement 230 lacs alors que le MRNF lui offrait la possibilité d’en exploiter 301? Le site web de la SÉPAQ signalait de son côté en janvier 2009 les dates d’ouverture et de fermeture de 121 lacs proposés à la pêche à la journée. Un document de la SÉPAQ sur les prévisions d’ouverture des plans d’eau lors de la saison 2009 mentionnait que 164 lacs seraient offerts en hébergement. En additionnant 121 lacs proposés à la pêche à la journée aux 164 lacs disponibles en hébergement, on obtient un total de 285 lacs. Au moment d’écrire son article, ce chroniqueur professionnel avait accès à ces données depuis des mois.
Depuis que je travaille sur ce reportage, la SÉPAQ a publié les statistiques de pêche de la saison 2009 sur son site web. Une compilation de ces informations dans ma base de données m’a permis de confirmer qu’au moins 287 lacs de la réserve faunique Mastigouche ont été pêchés en 2009. Ce nombre est passablement loin des « 230 lacs d’ouverts » comme ce chroniqueur professionnel le laissait entendre dans son article l’été dernier. S’agit-il d’une erreur de bonne foi ou d’une grossière exagération pour présenter sous un bon jour la réserve faunique qui a invité sans frais l’auteur de ce « reportage »?
Est-il vrai que la réserve faunique Mastigouche est une excellente destination pour capturer de la truite indigène? Malheureusement, je crois qu’il s’agit en partie d’un mythe. Il n’y a pas que de l’omble de fontaine indigène dans cette réserve faunique. Le site www.peche-reportage.com a obtenu du MRNF les données d’ensemencement de la réserve Mastigouche depuis sa création en 1971 jusqu’à 2008 inclusivement grâce à la Loi d'accès à l'information. Près de 155 lacs de ce territoire ont été ensemencés entre 1971 et 2008. Et pas moins de 141 de ces 155 plans d’eau l’ont déjà été avec des souches d’ombles de fontaine non-indigènes. Pour vous donner un exemple concret, en 2008 la réserve Mastigouche a ensemencé 34 lacs. Seulement 2 d’entre eux l’ont été avec une lignée indigène uniquement. Pourtant, année après année, des chroniqueurs de pêche nous invitent à aller pêcher dans la réserve faunique Mastigouche, un paradis de la pêche à la truite indigène selon eux! Sont-ils mal informés ou mettent-ils l’accent sur le mot INDIGÈNE parce qu’il est vendeur afin de faire plaisir à leur hôte?
Maintenant, revenons aux « lacs qui se reposent ». Une petite vérification des faits s’impose. Selon l’auteur de cet article publié en juillet dernier, on laisserait reposer près de 190 lacs pour assurer une excellente qualité de pêche dans la réserve faunique Mastigouche. Nous l’avons vu, ce chiffre est grossièrement exagéré. Combien de lacs a-t-on vraiment laissés se « reposer »? Est-il possible que cette pratique soit un mythe? Pourquoi certains plans d’eau ne sont-ils pas pêchés année après année?
Voici maintenant d’autres données de la SÉPAQ et du MRNF obtenues via la loi d’accès à l’information. Saviez-vous que le MRNF a produit une liste intitulée : « RÉSERVE FAUNIQUE MASTIGOUCHE : lacs peu ou pas productifs »? J’ai mis la main sur ce document l’hiver dernier. Cette liste compte 103 lacs. Plusieurs d’entre eux sont fermés année après année tout simplement parce qu’ils ne peuvent pas soutenir une pression de pêche sportive. Le MRNF dans sa réponse à ma demande d’accès à l’information apportait les précisions suivantes :
« Il existe effectivement des plans d’eau dans la réserve faunique Mastigouche qui ne sont pas capables de soutenir une pression de pêche sportive pour diverses raisons (absence d’espèces sportives, faible volume d’eau, mauvaise physico-chimie, etc. »
(…)
Il est à noter que nous ne possédons pas de données pour certains plans d’eau de la réserve, et que certaines données peuvent être disponibles sans qu’elles ne soient compilées dans ce tableau. »
J’interprète avec ma façon de voir la vie sans lunette rose, qu’il y a peut-être plus que 103 lacs dont la productivité est faible dans cette réserve faunique. J’aimerais bien vérifier le tout en faisant une interview avec le biologiste responsable du plan de pêche de la réserve faunique Mastigouche, mais le MRNF refuse d’offrir une entrevue à un blogueur!
Maintenant nous allons faire un peu de mathématique. La Mastigouche compte 417 lacs selon le site web de la SÉPAQ. La carte générale & Information de la réserve faunique Mastigouche publiée par la SÉPAQ mentionne aussi ce chiffre.
« Nombre de lacs : 417 ainsi que 22 rivières et ruisseaux »

Est-ce que les 103 lacs réputés « peu ou pas productifs » par le MRNF font partie des 417 lacs officiellement dénombrés par la SÉPAQ dans la réserve faunique Mastigouche?
Avec du temps et de la patience, on vient à bout de tout dit un dicton. J’ai donc compilé la liste des 103 lacs « peu ou pas productifs » dans ma base de données personnelle. Ensuite j’ai produit une liste de tous les lacs ayant un quota annuel supérieur à zéro en 2009 selon le plan de pêche du MRNF. J’ai comparé les données et bingo, le MRNF a autorisé la SÉPAQ à ouvrir 13 lacs considérés « peu ou pas productifs » en 2009!
Personne n’a besoin d’un bac en mathématique pour comprendre qu’un total de 417 lacs dans la réserve Mastigouche moins 301 lacs offerts aux pêcheurs dans le plan de pêche du MRNF en 2009 moins 90 « lacs peu ou pas productifs » qui étaient fermés faute de pouvoir soutenir une pression de pêche fait qu’il restait environ 26 lacs « intéressants » qui se reposaient.
Revenons aux 13 lacs considérés par le MRNF comme « peu ou pas productifs » qui ont été offerts dans le plan de pêche du ministère en 2009. J’avais très hâte de voir les statistiques de pêche sur ces plans d’eau. Les quotas du tableau suivant sont en kilos pour l’année.

Une fois les statistiques de pêche disponible sur le web de la SÉPAQ au début novembre 2009, j’ai été surpris de voir que seulement 2 de ces lacs ont été pêchés dans la Mastigouche: le lac Asticot et le lac des Marais! Le premier n’a donné aucune capture, le second 5,4 prises par pêcheur d’un poids moyen de 138 grammes suite à un ensemencement de 400 ombles de fontaine de 20 à 23 cm au printemps 2009.
Pourquoi la Mastigouche n’a-t-elle pas jugé bon d’offrir les autres lacs à sa clientèle? Je ne sais pas exactement, mais voici des pistes de réponses obtenues dans un document du MRNF que j’ai obtenu via la loi d’accès à l’information :
Lac Beaumier : « Aucune donnée physico-chimique ou biologique ».
Dans le cas du lac de la Balance le MRNF stipulait la même chose et ajoutait:
« Jamais exploité.»
Tous les plans d’eau de ce tableau qui n’ont pas de date de dernière ouverture n’avaient jamais été offerts au public depuis la création de la réserve faunique en 1971 selon les statistiques que j’ai obtenues du MRNF! Ont-ils attendu près de 40 ans à se reposer pour offrir une excellente qualité de pêche aux pêcheurs québécois? Je miserais plutôt sur le fait que ces lacs ne contiennent en quantité aucune espèce qui intéresse les pêcheurs sportifs.
Parmi ces 13 lacs, outre le lac des Marais en 2009, un seul a été ensemencé: le lac au Persil et c’était en 1980! Eh non, la lignée n’était pas indigène uniquement. Deux jours-pêche ont été faits en 2007 sur le lac de la Cigogne, mais les pêcheurs n’y avaient rien pris. Bonne raison de ne pas l’ouvrir de nouveau. Dans cette liste, un seul lac était ouvert aussi en 2008, 5 jrs pêche ont été enregistrés sur le lac Asticot, mais ces pêcheurs n’ont capturé que 5,6 kilos du quota annuel de 10 kilos avec un total de 15 captures, ou si vous préférez 3 prises par pêcheur qui faisaient quand même osciller la balance à 373 grammes en moyenne. Combien de pêcheurs ont eu la « chance » de ne rien prendre sur le lac Asticot en 2009 : 3. J’ai eu ces données lors de ma dernière demande d’accès à l’information. Et je devrai en faire une autre parce que je n’ai toujours pas reçu le plan de pêche 2010 du MRNF pour la Mastigouche!
Je n’ai jamais pu obtenir de l’information aisément du MRNF et de la SÉPAQ, mais j’ai de l’imagination à revendre pour chercher de bonnes questions. En voici quelques-unes.
Quelles sont les raisons qui poussent le MRNF et la SÉPAQ à faire reposer un lac?
Afin d’avoir une piste de réponse pourquoi ne pas vérifier quels lacs étaient ouverts en 2008 et fermés en 2009 selon le plan de pêche du MRNF?
Résultats : Écartant, Eugène, Marineau, des Maubèches, Noir, du Pimbina, de la Sauterelle et du Voleur. Dans ce lot, la SÉPAQ a tout de même offert au public le lac Écartant sur demande dans le secteur Houde-Patoulet et le lac du Voleur, qui avait été ensemencé en 2008, a été offert, lui, en pêche Aventure en 2009. Les six autres lacs étaient bel et bien fermés. Bien peu des lacs ouverts en 2008 ont donc été mis au repos en 2009 : 6 sur 281!
Maintenant, prenons l’hypothèse inverse, combien de lacs étaient fermés en 2008, mais ouverts en 2009 toujours selon le plan de pêche du MRNF?
Réponse : 28.
Combien de ces lacs ont été vraiment pêchés selon les données de la SÉPAQ? 12! Pourquoi la SÉPAQ a-t-elle décidé de laisser fermés 16 lacs déterminés ouverts par le MRNF en 2009? 11 d’entre eux font partie de la liste des lacs « peu ou pas productifs » du MFNF! J’imagine que la SÉPAQ démontre avec cette décision un minimum de respect pour sa clientèle.
On l’a vu, la SÉPAQ décide de fermer certains lacs que le MRNF lui avait suggéré d’ouvrir. Voici une autre liste de lacs ouverts en 2008, mais fermés en 2009 par la SÉPAQ malgré qu’un quota annuel avait été déterminé par le MRNF : du Balai, Bécasseau, de la Buse, Cornelia, Dindon, French, Petit lac à l’Ours, et Rat musqué.

Pourquoi la SÉPAQ a-t-elle décidé de les fermer? Voici des pistes de solution.
Lac du Balai : Ce lac a été ouvert de 1997 à 2008 chaque année. En 2008 un total de 5,70 kilos a été pris sur le quota annuel de 9 kilos. Le poids moyen des captures est passé de 178 grammes à 110 grammes de 2007 à 2008. Cette baisse explique-t-elle sa fermeture par la SÉPAQ en 2009?
Lac du Bécasseau : J’ai très peu de statistique sur ce lac qui est rarement ouvert. En 2008, 6 kilos ont été capturés sur le quota annuel de 18 kilos en 5 jrs-pêche. On l’a fermé en 2009 malgré une moyenne de capture de 7 prises de 171 grammes en moyenne pendant la saison 2008!
Lac de la Buse : Seulement 1,30 kilo du quota de 9 kilos a été capturé en 13 jrs pêche en 2008. Le poids moyen des captures est passé de 147 grammes en 2007 à 87 grammes en 2008. Cela n’avait pas empêché le MRFN de conserver le quota annuel toujours à 9 kilos sur ce lac!
Lac Cornelia : Il a été fermé en 2009 par la SÉPAQ malgré un succès moyen de 5 prises de 180 grammes en 2008. Ce lac n’est généralement jamais ouvert deux années de fil.
Lac du Dindon : la moyenne de prise était de 3 en 2008 versus 5,5 en 2007, le poids moyen était de seulement 117 grammes en 2008 versus 209 grammes en 2007.
Lac French : le poids moyen des prises était de 110 grammes en 2008. Seulement 5,3 kilos du quota annuel de 10 kilos ont été capturés en 14 jrs pêche en 2008.
Petit lac à l’Ours : Seulement 13,6 kilos du quota annuel de 28 kilos ont été capturés en 22 jrs pêche en 2008. La moyenne des prises est passée de 5,29 en 2007 à 1,86 en 2008. Fait important, il a été ensemencé en 2008 avec 700 fretins de souche non indigène. Voilà probablement pourquoi on l’a fait reposer…
Lac du Rat musqué : En 2008 la moyenne de prise était de 3,47 et le poids moyen était de 120 grammes. 21,20 kilos des 22 kilos du quota annuel ont été capturés. J’ignore pourquoi ce lac a été fermé en 2009. Rien ne me saute aux yeux…

Dans la réserve faunique Mastigouche, on laisse souvent reposer un lac pendant un an ou deux après l’avoir ensemencé. On laisse ainsi le temps aux truites ensemencées d’acquérir un comportement plus proche de celui des truites indigènes et surtout cela leur permet de prendre du poids...
Voici une brève description de quelques lacs qui étaient fermés en 2008, mais ouverts en 2009 :
Le lac Aimé n’avait jamais été ouvert, il a été ensemencé en 2006 et 2007 avec des lignées indigènes uniquement. Il a été offert en remplacement en 2009 dans le secteur d’hébergement Shawinigan avec d’excellents résultats : 7 prises de 182 grammes. Le quota étant de 7 prises dans cette réserve, on parle donc d’un taux de succès de 100 %!
Plusieurs lacs de la réserve Mastigouche contiennent des espèces compétitrices à l’omble de fontaine, on parle principalement du Meunier noir et du mulet à cornes. Le lac Chahoun est l’un d’entre eux. Afin de maximiser son potentiel de pêche sportive, le lac Chahoun a été traité à la roténone en 2005. Ce traitement tue théoriquement tous les organismes respirant par des branchies. Ensuite on réintroduit une espèce sportive comme l’omble de fontaine. Le lac Chahoun était fermé depuis 2006. Il avait été ensemencé en 2003 et 2004 sans trop de succès, puis, suite à une restauration de la biodiversité d’origine en 2005, on l’a de nouveau ensemencé en 2006 et 2007. Voyez-vous, on peut bien traiter un lac à la roténone, mais si un lac en amont contient lui aussi des espèces compétitrices, elles pourront redescendre dans le lac traité. On doit donc approcher ce problème dans tout le bassin versant. Voilà pourquoi la restauration vise en général des lacs de tête. Et cela explique aussi pourquoi on construit généralement des obstacles à la migration des poissons (OMP) à la décharge des lacs « traités » ou « restaurés ». Les pêcheurs utilisent sans complexe le mot « empoisonnés », mais ce n’est pas très bon sur le plan du marketing…
La restauration de la biodiversité d’origine est complexe et coûteuse. Des investissements de près de 100 000 $ ont été faits récemment dans la phase 2 du projet de restauration du bassin du lac Pimbina (Lacs Chahoun, Provision, Pimbina et Étourneau). Le lac Chahoun a été offert à des journalistes de La Presse avant le grand public à des fins de promotion l’été dernier. La pêche avait été bonne pour ces messieurs. Mais leurs reportages ne mentionnaient aucun des problèmes du lac Chahoun et du bassin du lac Pimbina. Les résultats de pêche du lac Chahoun ont été très bons pour la clientèle de la Mastigouche en 2009 : 5,68 prises par pêcheur de 332 grammes en moyenne. Espérons que le lac Chahoun aura de bons résultats pendant les prochaines années. Ainsi, la SÉPAQ pourra concentrer ses efforts sur des lacs en aval du lac Chahoun situé dans ce bassin versant. En passant, la SÉPAQ devrait ouvrir le Pimbina cette année…
Le lac des Écureuils a été fermé entre 1996 et 2006 inclusivement. En 2007, ce lac n’avait offert aucune prise en 2 jours pêche. Ce lac a été ensemencé pendant l’été 2008 avec 750 truites de 20 à 23 cm. 24 pêcheurs y ont capturé 4,63 prises d’une moyenne de 137 grammes en 2008. On l’a de nouveau ensemencé avec 400 ombles de fontaine de 20 à 23 cm au printemps 2009. On l’a ensuite pêché dès l’ouverture dans le secteur Ouabiti. En 2009 il était offert dans les secteurs d’hébergements Ouabiti, Aubry et du Cap avec des résultats d’environ 3,15 prises par pêcheur de 190 grammes.
Le lac Michelin était fermé depuis 2006. Il a été ensemencé en 2003, 2004 et 2007. Il était offert en pêche aventure et les pêcheurs n’y ont RIEN capturé en 2009!
Le lac Morage était fermé depuis 2005, on l’avait ensemencé en 2001 et 2003. Ensuite, il a subi une restauration du milieu d’origine en 2004. On l’a de nouveau ensemencé en 2006 et 2007. Le lac Morage était offert à la pêche à la journée via l’accueil Catherine en 2009. Très bons résultats : 6,51 prises par pêcheur de 268 grammes en moyenne.
Le lac de la Pyrole a été victime d’une introduction d’espèces compétitrices. Des imbéciles y ont sans doute pêché illégalement avec des menés de Meunier noirs ou d’une espèce du genre. À la fin de la journée, des menés ont sans doute été jetés à l’eau. Ils ont tellement prospéré que la pêche sportive en a souffert. Des travaux forestiers peuvent aussi être responsables d’une introduction d’espèce compétitrice. Le lac de la Pyrole était fermé depuis 2008. En 2007, ce lac n’a donné aucune prise en 12 jours pêche. Il a été ensemencé à l’automne 2007 avec 2000 fretins d’une lignée indigène uniquement. Pourtant, ce lac aussi avait subi une restauration du milieu d’origine en 1997. En plus d’un traitement à la roténone, on avait aussi aménagé une chute dynamitée pour faire obstacle à la migration des poissons indésirables. Selon le site web de la Fondation de la faune, le coût total admissible du projet était de 56 000 $. L’ensemencement de 2007 a permis d’obtenir en 2009 de bons résultats : 5,46 prises par pêcheur d’un poids de 246 grammes en moyenne.
Le lac Jane était fermé depuis 2006. Fait intéressant, ce lac n’a jamais été ensemencé depuis la création de la réserve Mastigouche en 1971. La SÉPAQ avait prévu d’ouvrir ce lac du 23 au 27 mai 2009 à la pêche à la journée. Le 23 mai il a été offert en compensation à des clients qui avaient été victime d’un problème avec le système de réservation de la SÉPAQ. Plusieurs internautes étaient outragés par cette façon de faire de la SÉPAQ. Les forums de discussion ont chauffé, des plaintes ont été faites, suite à cette volée de bois mort, la SÉPAQ a modifié ses règles de compensation. Ce lac illustre bien le fait qu’on ferme parfois des lacs pour assurer une bonne qualité de pêche. Il est un des rares à faire partie des lacs fermés pendant plusieurs années qui ne fait pas partie soit des lacs « peu ou pas productifs », soit des lacs ou l’ensemencement est nécessaire pour assurer la capacité du plan d’eau à soutenir une pression de pêche sportive. Mais les résultats du lac Jane en 2009 ont été minces, 1,5 prise par pêcheur, la moyenne de poids était tout de même de 403 grammes.
Est-il vrai que de nombreux lacs sont fermés pendant toute une saison pour assurer une qualité de pêche à long terme dans la réserve faunique Mastigouche? De toute évidence, il s’agit d’un mythe! Les lacs qui sont fermés le sont principalement parce qu’ils sont « peu ou pas productifs ». Plusieurs d’entre eux sont fermés parce qu’ils ont été ensemencés et pour y arriver, récemment, on utilise la plupart du temps des souches non indigènes. Certains lacs ont été traités à la roténone, puis ensemencé, ceux-là sont fermés pendant quelques années et à leur ouverture, ils offrent en général de très bons résultats.
Est-ce un hasard si plusieurs chroniqueurs de pêche tentent de nous faire croire que la réserve Mastigouche offre principalement des lacs contenant de l’ombre de fontaine indigène? Pourquoi laisse-t-on entendre que plusieurs lacs se reposent? Est-il possible qu’un plan de marketing soit derrière tout ça? Ne l’oubliez pas, les pêcheurs québécois veulent pêcher de la truite INDIGÈNE. Nous sommes prêts à payer pour avoir ce privilège, alors on nous fait croire qu’on nous offre de l’omble de fontaine indigène dans des lacs qui ne sont pas pêchés année après année. Avez-vous déjà vu un reportage qui mentionnait que les journalistes avaient fait leur magnifique pêche sur un lac ayant été « empoisonné » deux ans auparavant? Je ne dis pas qu’il s’agit nécessairement d’une commande de la SÉPAQ. Je n’ai aucune preuve de cela, soyons clair. Je me demande tout simplement si trop souvent les journalistes font un portrait très positif de leur séjour faute d’avoir posé les bonnes questions à leur hôte…
Entre vous et moi, j’ai pêché avec énormément de plaisirs pendant des années sur le lac aux Chantiers sans savoir qu’il avait « restauré » puis ensemencé. J’ai fait sur ce lac des pêches fantastiques. J’ignorais qu’il avait été traité à la roténone, en 1977, puis qu’on y avait ensemencé des ombles de fontaine de souche indigène en 1978 et 1979 et non-indigène en 1980.
J’ai écrit plusieurs textes sur le lac aux Chantiers. Les statistiques de ce lac où l’on pouvait faire des pêches fabuleuses il y a moins de 5 ans sont en forte baisse. Pourtant, le quota annuel n’a pratiquement pas bougé depuis 2006! Et on a gardé ce lac ouvert pendant toute la saison de pêche en 2008 et 2009 parce que « le quota en kilo n’était pas atteint », m’a-t-on expliqué! Pourquoi ne le fait-on pas reposer celui-là puisque ses statistiques sont sur une pente descendante depuis bientôt cinq ans?
Remarquez dans ce deuxième tableau la baisse des captures annuelles pour sensiblement le même effort de pêche…

Maintenant, faisons un petit calcul rapide : le lac aux Chantiers est disponible en hébergement. En 2008 une journée de pêche en chalet rapportait environ 76 $ à la SÉPAQ. Multipliez le tout par 91 jours-pêche sur le lac aux Chantiers et on peut voir « qu’il a rapporté » indirectement 6916 $ à la SÉPAQ. En 2006 la pêche y était sensiblement meilleure, le quota annuel a été capturé en seulement 51 jours-pêche. Le lac aux Chantiers a donc rapporté indirectement à la SÉPAQ nettement moins d’argent cette année-là! L’idée qu’un lac où la qualité de pêche diminue rapporte l’année suivante plus de revenus à la SÉPAQ me donne froid dans le dos.
Est-ce que mes bons souvenirs de pêche fantastiques sur le lac aux Chantiers sont altérés parce que ce lac contenait de l’omble de fontaine non indigène? Pas vraiment. La pêche est nettement moins bonne sur ce lac. Que font exactement la SÉPAQ et le MRNF pour que ça change? Le lac aux Chantiers pourrait être victime d’un cycle naturel croyait le directeur de la réserve faunique Mastigouche en début 2009. Malheureusement, des pêches expérimentales réalisées par le MRNF le printemps dernier ont confirmé que des espèces compétitrices ont envahi de nouveau le lac aux Chantiers!
Pensez-vous que la SÉPAQ a intérêt sur le plan économique à faire reposer un lac « vedette » en perte de vitesse? En 2009, la réputation passée du lac aux Chantiers a continué de convaincre des pêcheurs de se rendre dans le secteur d’hébergement Shawinigan. Un chroniqueur professionnel spécialisé dans la pêche à la mouche vous a même recommandé de choisir le lac aux Chantiers si vous alliez pêcher dans le secteur Shawinigan en 2009 dans son magazine! Ce type faisait-il du journalisme ou de la publicité selon vous? Cette recommandation était-elle « pistonnée » par la SÉPAQ? J’ai demandé via courriel à l’éditeur de ce magazine « pourquoi vous avez recommandé le lac aux Chantiers? Un lac probablement victime d'un retour des meuniers noirs. » Mais je n’ai jamais obtenu de réponse de sa part…
Parlant de ce sujet sur lequel je reviens régulièrement, le manque d’éthique journalistique des chroniqueurs professionnels de chasse et pêche, j’éprouve le besoin de vous faire part d’une de mes découvertes. En faisant des recherches pour un dossier sur lequel je travaille depuis la fin 2007, j’ai mis la main sur un article qui mentionne un voyage de chasse à l’orignal en plan américain dans la réserve faunique Matane fait par deux chroniqueurs de l’écrit : le premier travaille pour un quotidien, le second pour un mensuel. J’ai lu le papier du collaborateur du quotidien qui était évidemment enchanté de son voyage. Les deux scribes étaient hébergés à l'Auberge de montagne des Chic-Chocs. Savez-vous combien vaut un voyage de chasse à l’orignal là-bas? Autour de 3 627 $ par personne pour un séjour de 4 jours pour un groupe de 3 personnes en 2010! Pensez vous avoir la chance d’être bien informé par des « journalistes » qui profitent d’un séjour tous frais payés par la SÉPAQ d’une aussi grande valeur!
C’est probablement pour ces raisons qu’en 2010 vous pourrez sans doute lire de nouveau que la réserve faunique Mastigouche fait reposer de nombreux lacs, qu’on peut y prendre de la très belle truite indigène comme à l’époque des clubs privés, qu’on peut y faire une pêche « printanière » à longueur d'année, qu’on peut y prendre des truites d’une livre en moyenne, etc. Évidemment, on oubliera de vous mentionner que vous devrez participer à un tirage au sort qui déterminera le lac où vous pourrez pêcher, on ne vous dira pas que vous aurez moins de 10% de chance de mettre la main sur un lac « vedette » lors de ces tirages, on ne vous mentionnera pas non plus le fait que la plupart des bons lacs en hébergement sont offerts en remplacement et que c’est impossible de savoir quand ils seront disponibles…
Au plaisir de vous lire
David Lefrançois
www.peche-reportage.com