Mastigouche de sa création à 2010
Bonjour à tous

Je vais ouvrir ma saison de pêche 2010 en eau libre de nouveau dans la réserve faunique Mastigouche, cette fois dans le secteur Houde-Patoulet. Eh oui je suis fidèle à ma réserve faunique favorite où je vais pêcher chaque année depuis 1999. Mais je me demande en regardant les résultats de pêche descendre sur une base historique si j’irai encore là-bas dans 20 ans. Le total des captures par année en kilos dans la réserve Mastigouche sont en chute libre depuis sa création en 1971. Et j’ai des chiffres pour le prouver.
Prenons le cas bien précis des 13 lacs offerts à l’ouverture en 2010 dans le secteur Houde-Patoulet. Si on compare les quotas annuels du MRNF les plus récents au plus anciens, on constate le désastre. Le total des quotas annuels de ces 13 lacs est passé de 2715 kilos à 935,5 kg. Une baisse dramatique de 65,54 %.

Avec la même hypothèse de travail, mais en prenant le total des captures annuelles par les pêcheurs, ces 13 lacs ont donné 2984,5 kg à leur première année d’ouverture versus 828 kilos lors de leur saison la plus récente. Une baisse de 2156,6 kilos ou si vous préférez, une diminution de rendement de 72,26 %!

Qu’est-ce qui explique historiquement cette baisse majeure de la qualité de pêche dans les lacs offerts à l’ouverture dans le secteur Houde-Patoulet cette année? J’aimerais bien vous l’expliquer en détail, mais le MRNF refuse de m’accorder la chance d’interviewer le biologiste responsable de la mise en place du plan de pêche de cette réserve. Le MRNF refuse d’offrir une entrevue à un blogueur.
Qu’est-ce que mes propres recherches m’ont permis d’apprendre? Suite à une dizaine de demandes d’accès à l’information faites depuis 18 mois auprès de la SÉPAQ et du MRNF j’ai mis la main sur de nombreux documents et statistiques que j’ai étudiés longuement. Je dois aussi souligner l’aide de mon webmestre Claude Lessard qui m’a fourni une compilation des résultats de pêche depuis 1980.
Primo, j’ai constaté que la SÉPAQ se permet d’ignorer les quotas annuels compilés par le MRNF. En 1971, l’année d’ouverture de la Mastigouche qui était soit dit en passant un parc à l’époque, les captures annuelles ont surpassé les quotas sur plusieurs plans d’eau. Le quota annuel du lac Houde était de 774 kilos en 1971, les captures ont été de 1015,20 kg! Au lac Orignac le quota était de 479 kilos en 1971, mais les captures ont été de 910,80 kg! C’est pratiquement deux fois le quota annuel! Le dépassement des quotas annuels existe encore de nos jours. Un bel exemple, en 2009 le MRNF avait déterminé que le lac Écartant devait être fermé, la SÉPAQ l’a tout de même offert sur demande à sa clientèle. Les prises de 2009 sur le lac Écartant ont été pratiquement trois fois plus grandes que le quota annuel de 2008. 21,7 kg versus 7,5 kg. On dépasse depuis des années le quota d’ombles de fontaine sur le lac Sorcier. En fait, on laisse ce lac ouvert tant et aussi longtemps que le quota de ouananiches n’est pas atteint. Les quotas annuels sur tous les lacs ensemencés aux deux ans ne veulent pratiquement rien dire. Ces lacs sont pêchés aussi longtemps que la qualité de pêche est satisfaisante pour les pêcheurs.
L’autre grand problème de la réserve faunique Mastigouche est l’introduction d’espèce compétitrice comme le meunier noir. Les écosystèmes des lacs Houde, Jimmy et Orignac ont vu le meunier noir s’y implanter et venir y faire compétition à l’omble de fontaine. Le meunier est mieux adapté que l’omble de fontaine pour se nourrir des insectes benthiques. Ces insectes qui se trouvent au fond des lacs sont une importante source de nourritures pour les truites. La présence de Meunier dans un lac où il y avait uniquement des truites diminue énormément l’accès à la faune benthique pour les ombles de fontaine.
Autre point important à considérer, les lacs contenants de la mouchetée indigène sont de plus en plus rares. Pour pallier à la baisse dramatique des captures, la réserve faunique Mastigouche doit faire de l’ensemencement. Sur 13 lacs offerts à l’ouverture dans le secteur Houde en 2010, 7 lacs ont été ensemencés, dont 6 avec de la truite mouchetée de souche non-indigènes : Écartant, Grignon, Miscou, Montour, Petit Ours et Scorpion.
Et dans le cas du lac Grignon par exemple, on l’a ensemencé au printemps 2009 pour l’offrir la même année. C’est ce qu’on appelle dans le milieu du « Put and take ». Une pratique que je n’apprécie pas tellement. Les truites ensemencées dans ces conditions n’ont pas le temps d’adopter un comportement naturel. Elles se déplacent en banc comme à la pisciculture. Si vous tombez dans un endroit où elles se cachent, vous allez rapidement faire votre quota, mais vous vous demanderez souvent en explorant le lac pourquoi aucune truite n’est cachée dernière un arbre immergé ou pourquoi une belle fosse ne donne pas de résultats. Les ombles de fontaine ensemencés trop récemment n’ont pas eu le temps de s’acclimater et d’acquérir le comportement usuel des ombles de fontaine sauvages.
On peut aussi se poser de sérieuses questions sur l’impact des coupes forestières sur les écosystèmes contenant de l’omble de fontaine. Les routes forestières dégradent souvent les frayères. Ensablement, hausse des eaux de ruissellement et du choc printanier, érosion, diminution de la qualité des bandes riveraines, voilà toute une série de nuisances causées par l’industrie forestière sur nos lacs et nos rivières. J’oubliais de mentionner que la multiplication des chemins forestiers favorise aussi l’accès pour les braconniers.

N’allez pas croire que je n’apprécie pas pêcher dans la réserve Mastigouche. Si je retourne là-bas si souvent, et à mes frais contrairement aux chroniqueurs professionnels qui sont invités la plupart du temps sur le bras de la SÉPAQ, c’est parce que j’aime cette réserve. Mais j’ai la liberté d’aborder des sujets que la SÉPAQ préfère ne pas mentionner dans ses plans de communication… J’estime avoir le devoir de vous révéler ces faits qui devraient nous donner à réfléchir sérieusement sur l’avenir de la pêche sportive dans nos réserves fauniques. Dans une perspective historique, on doit se demander si le mode de gestion des ressources des réserves fauniques comme la Mastigouche est efficace.
J’aime le secteur Houde-Patoulet. C’est un secteur que j’ai pêché quelques fois, mais toujours en août. Généralement, je faisais ma première sortie annuelle dans le secteur Shawinigan, mais cette année pour différentes raisons, dont la baisse marquée de productivité du lac aux Chantiers, j’ai décidé de changer de destination.
Qu’est-ce qui m’amène au Houde-Patoulet? Primo, des collègues qui ont fréquenté ce secteur y ont fait de belles pêches en mai ces dernières années. Ils ont aussi eu la chance d’avoir une chaloupe offerte chaque jour par chalet sur le lac Houde et une autre sur le lac Patoulet. Deux lacs qui offrent peu de capture, autour de 2 prises par jour, mais d’un poids moyen de près d’une livre. Et ces deux lacs n’ont jamais été ensemencés depuis la création de la Mastigouche. Les chalets de ce secteur sont situés sur la rive du lac Patoulet. Le lac Houde est tout près. Quatre pêcheurs de notre groupe de huit pourront donc pêcher sur un lac à proximité si cette façon de faire est de nouveau mise en place cette année.
L’année dernière, les gardiens de territoire du secteur Shawinigan offraient le même genre de service avec une chaloupe par chalet sur le lac Shawinigan. Cette nouvelle façon de faire diminue l’importance du facteur chance au tirage au sort. C’est une procédure que j’apprécie.
Comme je ne suis jamais allé dans le secteur Houde au printemps, j’ai fait de longues recherches dans mes bases de données pour évaluer les lacs offerts à l’ouverture là-bas en 2010. Mes prochains textes porteront sur chacun d’eux.
David Lefrançois
www.peche-reportage.com
n.b. Je n'ai pas à ma disposition l'ensemble des données compilées par la SÉPAQ. C'est particuièrement vrai pour les captures annuelles. Voilà pourquoi certaines données pour ce champ sont plus récentes.





