Préférez-vous pêcher de l’omble de fontaine indigène ou ensemencé?

En 2010 j’ai fait avec mon copain Dan une très belle pêche au lac Miscou dans le secteur Houde-Patoulet de la Mastigouche. Une si belle pêche que j’espérais bien y ouvrir ma saison en 2011. Mais le lac Miscou n’était plus dans l’offre de pêche à l’ouverture en 2011. En plus, mon séjour prévu là-bas a été carrément annulé à cause de l’état des chemins. Le lac Miscou est un lac ensemencé et pas nécessairement avec de la mouchetée d’une lignée indigène. Personnellement, je préfère capturer des truites indigènes, mais je n’ai aucun problème si l’on m’offre l’occasion de pêche un bon lac contenant de la truite ensemencée depuis quelque temps.
Entre vous et moi, je ne peux pas faire la différence entre une truite ensemencée depuis plus de six mois et une truite indigène. Regardez la photo qui illustre ce carnet. Il s’agit d’une magnifique truite mouchetée capturée sur un lac de la Côte-Nord. Ne comptez pas sur moi pour vous dire le nom de ce lac. Je l’ai découvert par hasard au bout de trois portages. Les chances que les ombles qui habitent ce plan d’eau ne soient pas indigènes sont très minces. Mais je n’en ai pas l’assurance.

Prenons un autre exemple, j’ai toujours adoré pêcher sur le lac Brodeur dans le secteur Shawinigan de la réserve faunique Mastigouche. La mouchetée avec un devon dans la gueule provient du lac Brodeur. Regardez-la bien, elle a été capturée en mai 2007. Elle faisait près de deux livres et demi. Est-elle de souche indigène selon vous? Saviez-vous que l’on avait ensemencé ce lac 5 fois entre 1975 et 1980? Parmi ces opérations d’ensemencement, seulement deux ont été faits avec une lignée indigène uniquement.
J’ai déjà vu un pourvoyeur ensemencé un lac à partir du quai du chalet où j’étais hébergé. J’avais le droit de pêcher juste après son départ. Des dizaines de truites étaient cachées sous le quai. C’est ce que l’on appelle du « put and take ». Et pour l’instant, je préfère passer à la poissonnerie du coin plutôt que de pêcher des truites qui viennent tout juste d’être ensemencées. Je ne suis jamais retourné chez ce pourvoyeur.
Avez-vous remarqué dans les médias que l’on met souvent l’accent sur la présence d’omble de fontaine indigène? C’est une autre façon de vendre certaines destinations. Par exemple, avez-vous déjà lu ailleurs que sur mon blogue qu’on ensemençait de l’omble de fontaine de souche-non indigène fréquemment dans la Mastigouche? Est-ce que c’est utile de le savoir? Pourquoi pensez-vous que les « journalistes » vous le cachent? Les pêcheurs préfèrent de toute évidence capturer de la truite indigène. Alors, les chroniqueurs de pêche omettent de vous donner certains détails sur les pratiques d’ensemencement de la SÉPAQ et des pourvoyeurs.
Selon les statistiques que j’ai obtenues grâce à la Loi sur l’accès du MRNF, il y a plein de lacs qui contiennent uniquement de l’omble de fontaine indigène dans la Mastigouche. Quand on vous dit que la Mastigouche est une bonne destination pour capturer de la truite indigène ce n’est pas faux. Plusieurs lacs de ma réserve faunique favorite n’ont JAMAIS été ensemencés. Mais on vous induit en erreur, on vous passe une demi-vérité. Selon les statistiques du MRNF que j’ai obtenues, on a ensemencé 125 lacs de la Mastigouche, au moins une fois, avec une lignée non indigène uniquement entre 1971 et 2008.
Indigène c’est un mot vendeur comme vert ou HD en 2011. Alors, pourquoi vous informerait-on qu’on ensemence plusieurs lacs avec une lignée non indigène? C’est le genre de détail qui, j’imagine, n’est pas utile pour vous selon nos vénérables chroniqueurs de pêche professionnels.
Et bien pour moi, ce sont des détails que je souhaite connaître. Si une destination prend la peine d’ensemencer des ombles de fontaine indigènes, c’est un plus pour la nature. Cela confirme que les gestionnaires de ce secteur prennent soin de préserver l’intégrité génétique de leurs plans d’eau. Mais je souhaite aussi savoir quand ils ont ensemencé. Pêcher un lac trop rapidement après un ensemencement m’intéresse plus ou moins. Les truites se tiennent en bande, elles n’ont pas un comportement naturel.
La quête de profits va probablement nous amener au « put and take » plus vite qu’on pense. Jetez un coup d’œil aux statistiques de pêche et d’ensemencement de la réserve faunique Mastigouche de 2010 :
http://www.sepaq.com/dotAsset/2095744.pdf
À la page 7 de ce document, on peut voir la liste des lacs ensemencés en 2010 ainsi que la légende des symboles utilisés pour spécifier les types de poissons ensemencés. Vous pourrez voir que les lacs suivis des symboles ** ont profité de l’ensemencement d’ombles de fontaine de 20 à 23 cm au printemps 2010.
On constate que les lacs Cornu, des Écureuils et des Marais ont été ensemencés « d’ombles de fontaine de 20 à 23 cm au printemps 2010. » Toujours selon ce document le lac des Écureuils ouvrait le 21 mai 2010, le lac Cornu et le lac des Marais ouvraient eux, le 28 mai 2010.
J’ai aussi trouvé un cas d’ouverture hâtive après un ensemencement parmi les lacs offerts en hébergement. On a ensemencé le lac Grignon au printemps 2009 selon ce document. Le lac Grignon était offert à l’ouverture cette année-là selon la documentation de la SÉPAQ que j’ai archivée. Depuis combien de temps avait-on ensemencé le lac Grignon avant son ouverture en 2009 selon vous? Le printemps débute le 21 mars. Peuvent-ils ensemencer un lac alors qu’il y a de la glace dessus? Peut-être. Mais peu importe, on commence à pêcher des truites ensemencées un peu trop rapidement à mon goût dans la réserve faunique Mastigouche de nos jours…
Les statistiques de pêche et d’ensemencement de la Mastigouche ne précisent pas si les ombles de fontaine ensemencés en 2010 étaient d’une lignée indigène ou domestique. Mais les statistiques du MRNF que j’ai obtenues confirment toutefois qu’aucun lac n’a été ensemencé avec une lignée indigène uniquement en 2010 dans la réserve faunique Mastigouche. Les ombles de fontaine ensemencés au printemps 2010 étaient d’une lignée domestique, celles ensemencées à l’automne 2010 étaient du fretin d’une lignée croisée entre de l’omble de fontaine domestique et de l’indigène.
Où ai-je pêché à l’ouverture cette année? Dans la Mastigouche bien évidemment. C’est ma réserve faunique favorite pour plusieurs bonnes raisons. Mais ce n’est pas nécessairement parce que j’y pêche toujours de la truite indigène. En conclusion, je vous invite à vous poser cette question : doit-on craindre les ensemencements massifs d’ombles de fontaine de souche non indigène dans les secteurs où l’on pêche? Si cette question vous intéresse, prenez le temps de lire l’article suivant :
Les lacs du Québec génétiquement pollués
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David Lefrançois
www.peche-reportage.com